‹ Vie de la Très Sainte Vierge Marie [microforme]Chapitre 57 sur 65 · ASSOMPTION DE LA TRÈS SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

ASSOMPTION DE LA TRÈS SAINTE VIERGE

Saint Paul, parlant de la gloire et de la félicité des Saints qui participent à la vision béatifique et à la jouissance bienheureuse, dit avec Isaïe que les yeux des mortels n'ont point vu, que leurs oreilles n'ont point entendu, et que leur esprit n’a point conçu les choses que Dieu a préparées pour ceux qui l'aiment et qui espèrent en lui. D'après cette vérité catholique, on ne doit pas être surpris de ce qu'on rapporte être arrivé à saint Augustin, bien qu'il fût une si grande lumière de l'église, Il se disposait à écrire un traité sur la gloire des Bienheureux, quand son grand ami, saint Jérôme, qui venait de mourir (à Bethléem) et d'entrer dans ln joie du Seigneur, lui apparut et lui fit comprendre qu'il ne pouvait pas exécuter le dessein qu’il avait formé, parce que jamais langue ni plume humaine ne serait capable de manifester la moindre partie des bisns dont les Saints jouissent dans la vision béatifique. Voilà ce que dit saint Jérôme, Or quand, par les témoignages de la divine Ecriture, nous saurions seulement que cette gloire sera éternelle, par ce seul endroit elle surpasse toute la portée de notre intelligence, qui ne peut atteindre à l'éternité, quelque effort qu'elle fasse : car l’objet étant infini, incommensuruble, il est par là même inépuisable et incompréhensible, quels que soient l'ardeur et l'amour avec lesquels on cherche à le connaître. Et de même que Dieu est resté infini et tout-puissan t

en créant toutes choses, sans qu'elles aient épuisé sa puissance, pas plus que ne l'épuiseraient des milliers d'autres mondes, s'il lui plaisait de les créer, parce qu'il serait toujours infini et immuable ; de même, quel que fût le nombre des Saints qui le vissent, qui en jouissent, il leur resterait toujours infiniment à connaître et à aimer, parce qu'en la création et en la gloire tous ne reçoivent su participation que dans une certaine mesure, selon la capacité de chacun ; tandis qu'en lui-même il n’a ni terme ni fin.

C'est pour cette raison que la gloire du moindre des Saints est ineffable ; que dirons-nous donc de la gloire de l’auguste Marie, puis qu'entre les Saints, elle est la très sainte, qu’elle seule est plus semblable à son adorable Fils que tous les Saints ensemble, et que par sa grâce et sa gloire elle les surpasse tous comme la Reine surpasse ses sujets ? C'est là une vérité que l'on peut’et que l'on doit croire; mais en la vie mortelle, il n'est pas possible de la comprendre ni d'en expliquer la moindre partie, parce que la faiblesse et la disproportion de nos termes sont plus propres à l'obscurcir qu'à l’élucider. Travaillons maintenant, non à la comprendre, mais à mériter qu'elle nous soit un jour manifestée dans la même gloire, où selon nos œuvres nous participerons plus ou moins à cette joie que nous espérons.

Notre Rédempteur Jésus-Christ entra dans l'Empirée avec l'âme très pure de sa Mère à sa droite. Elle seule entre tous les mortels n'eut point de cause à soumettre au jugement particulier, et n'eut aucun compte à rendre de ce qu'elle avait reçu ; aussi ne lui en fut-il pas demandé: et c'est ce qui lui avait été promis lorsqu'elle fut exemptée du commun péché, comme étaut choisie pour Reine, et affranchie par un privilège exclusif des lois des enfants d'Adam. Par la même raison, sans être

jugée comme les autres lors du jugement universel, elle viendra encore à la droite de son très saint Fils, pour juger avec lui toutes les cératures. Et si dans le premier instant de sa conception elle fut une aurore brillante, rehaussée par les rayons du soleil de la Divinité au-dessus des splendeurs des plus ardents Séraphins, si elle fut depuis élevée jusqu’à toucher à la

Divinité elle-même par l'union du Verbe avec sa très pure substance et par l'humanité de Jésus-Christ, il fallait bien, par conséquent, qu'elle fût pendant toute l'éternité sa compagne, avec la ressemblance possible entre le Fils et la Mère, lui, étant Dieu et homme, et elle, une simple créature. A cetitre, le Rédempteur la présenta lui-même devant le trône de la Divinité; et, s'adressant au Père éternel en présence de tous les Bienheureux qui étaient attentifs à cette merveille, In très sainte Humanité dit ces paroles: « Mon Père éternel, ma très chère Mère, votre bien-aimée Fille et l’Epouse chérie du Saint- Esprit, vient se mettre en possession éternelle de la couronne et de la gloire que nous lui avons préparées en récompense de ses mérites. C’est elle qui est née entre les enfants d'Adam comme une rose entre les épines, toute pure et toute belle, elle mérite que nous la recevions entre nos mains et que nous lui donnions la place à laquelle ne sauraient parvenir ceux qui ont été conçus dans le péché. C’est elle qui est notre Elue et notre unique favorite, à qui nous avons donné la grâce et la partipation de nos perfections, au-dessus de la ioi commune des autres créatures, et en qui nous avons déposé le trésor de otre Divinité incompréhensible et de ses Dons: elle l’a très fidèlement gardé; elle a fait protiter les talents qu’elle a reçus de nous; elle ne s'e: ‘mais écartée de novre volonté, et elle a trouvé grâce devai. > yeux. Mon Père, le tribunal de notre miséricorde et de notre justice est très équitable ; nous y ré- <ompensons les services de nos amis avec surabondance. Il est juste que ma Mère soit récompensée comme Mère:et si en tute sa vie et en toutes ses œuvres, elle a été semblable à mo’, autant que pouvait l'être une simple créature, elle doit l'être aussi en la gloire et s'asseoir comme moi sur le trône de notre Majesté, atin que là où est la sainteté par essence, là soit aussi la somme de la sainteté par participation. »

Le Père et le Saint-Esprit approuvèrent ce décret du Verbe incarné. Aussitôt cette âme très sainte de Marie fut élevée à la droite de son adorable Fils, et placée sur le trône même de la très sainte Trinité, ou jamais hommes, ni anges, ni séraphins n'ont pu et ne pourront monter pendant toute l'éternité. C’est

la plus haute et la plus exellente prééminence de notre Reine, que l'être sur le trône même des Personnes divines, et d'y être placée comme impératrice, pendant que les autres n'ont qu'une place de serviteurs et de ministres du souverain Roi. Et les dons de gloire, de compréhension, de vision et de jouissance correspondent, chez l'auguste Marie, à l'éminence ou supériorité de ce lieu, inaccessible à * ‘utes les autres créatures; de sorte qu'elle jouit au-dessus d: 3et plus que tous les Bienheureux ensemble de cet objet infini, dont ils jouissent à des degrés et avec des différences sans nombre. Elle connaît l'être Divin et ses attributs; elle l'aime, elle jouit de ses mystères, et pénètre ses profonds secrets plus que tout le reste des Bienheureux. Sans doute, il y a une distance infinie entre la gloire des Personnes et celle de la très pure Marie, Parce que, comme dit l'Apôtre, la lumière de la Divinité cost inaccessible, et qu'en elle seule habite l'immortalité et la gloire par essence ; sans doute encore, l'âme très sainte de Jésus-Christ surpasse sans mesure les dons de sa Mère: mais il n'en est pas moins certain que la gloire de cette grande Reine, comparée à celle de tous les Saints, s'élève au-desns de tous comme inaccessible, st, « avec celle de Jésus-Christ une ressemblance qu'on ne saurait comprendre ni exprimer en cette vie.

Il est également impossible de dépeindre la nouvelle joie que: sentirent ce jour-là les Bienheureux, chantant de nouveaux cantiques de louanges au Tout-Fuissant età la gloire de sa Fille, de sa Mère et de son Epouse, en qui il gloritiait les œuvres de sa droite. Et quoique le Seigneur lui-même ‘ne puisse avoir une nouvelle gloire intérieure, parce qu'il a eu et qu'il a de toute éternité la gloire d’une manière immuable et infinie, les démonstrations extérieures de sa complaisance en l’accomplissement de ses décrets éternels furent plus grands en ce jour ; car il sortit une voix du Trône, comme de la Personne du Père, qui disait : « En la gloire de notre bien-aimée Fille, notre sainte. volonté et nos désirs se sont accomplis avec la plénitude de notre complaisance. Nous avons donné à toutes les créatures l'être qu'elles ont, les tirant du néant afin qu'elles participassent à nos biens et à nos immenses trésors, selon l'inclination

(Fra ANGELico)

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