LE COURONNEMENT DE LA VIERGE
de notre bonté infinie. Ceux mêmes que nous avons rendus capables de notre grâce et de notre gloire n'ont pas profité de ce bienfait. Notre seule bien-aimée et notre Fille n'a point pris part à la désobéissance et à la prévarication des autres: elle a mérité ce que les enfants de perdition ont méprisé comme indignes; notre cœur n'a été frustré en elle en aucun temps, en aucun moment. A elle reviennent les récompenses que, par notre volonté commune et conditionnelle, nous avions préparées pour les anges rebelles et pour les hommes qui les ont imités, s'ils eussent tous coopéré à notre grâce ct à notre vocation. Elle a réparé cette rébellion par sa soumission et par son, obéissance ; elle nous a été pleinement agréable en toutes ses œuvres ; elle a done mérité de s'asseoir sur le trône de notre Majesté, »
Il ÿ avait trois jours que l'âme très sainte de Marie jouissait de cette gloire pour ne la quitter jamais, lorsque le Seigneur manifesta aux Saints qu'il voulait qu'elle revint sur la terre, et qu'elle ressuscitât son Corps sacré en s'y unissant, afin d'être de nouveau élevée en corps et en Âme à lx droite de son très saint Fils, sans attendre la résurrection générale des morts. Les Saints ne pouvaient ignorer la convenance de cette faveur, ni le rapport qu'elle avait avec les autres qu'a reçues la Reine du ciel et avec sa sublime dignité, puisqu'elle paraît croyable même aux mortels, que quand même la sainte Eglise n'en aurait pas approuvé la croyance, nous regarderions comme impies et insensés ceux qui prétendratent nier le ‘ait. Mais les Bienheureux le connurent de la manière la plus nette, aussi bièn que le jour et r’heure où il devait s'accomplir, lorsque la Majesté divine leur manifesta son décret éternel, Quand vint le moment d'opérer cette merveille, notre Sauveur Jésus-Christ descendit du Ciel, emmenant à sa droite l'âme de sa bienheureuse Mère, an milieu d'innombrables légions d’Anges, et des anciens Patriarches et Prophètes. Ils arrivèrent au sépulcre en la vallée de Josaphat, et s'arrêtèrent tous devant le Temple virginal ; puis le Seigneur, s'adressant aux Saints, dit ces paroles :
« Ma mère a été conçue sans péché, afin que de sa substance toute pure et immaculée je prisse l'humanité en laquelle je
vins au monde et le rachetai du péché. Ma chair est sa chair; elle a coopéré avec moi aux œuvres de la Rédemption ; c'est pourquoi je dois la ressusciter, comme moi-même je ressuscitai d'entre les morts ; et ce doit être au même moment et à la même heure; car je veux qu'elle me ressemble en tout. » Les Saints de la nature humaine rendirent tous des actions de grâces, et firent de nouveaux cantiques de louange au Seigneur pour ce bienfait. Mais ceux qui se distinguérent le plus, ce furent nos premiers parents Adam et Eve, et après eux sainte Anne, saint Joachim et saint Joseph, comme ayant des titres Particuliers pour glorifier le Seigneur en cette merveille de sa toute-puissance. Aussitôt ; âme très pure de notre auguste Reine, sur l'ordre de son très saint Fils, entra dans son corps virginal et le ressuscita, lui donnant une nouvelle vie immortelle et glorieuse, et lui communiquant les quaire dons Jde clarté, d'impassibilité, d'agilité st de subtilité, qui correspondent à la gloire de l'âme, et d'où ils rejaillissent sur les corps,
La bienheureuse Marie, enrichie de ces dons, sortit en corps et en âme du sépulcre, sans mouvoir la pierre qui le fermait, la tunique et le suaire conservant les plis qu'ils avaient quand ils couvraient son vénérable corps. Or, comme il est impossible de manifester la beauté et la splendeur qu'elle recevait d’une si grande gloire, je ne m'y arrête point. Il me suffit de dire que, de même que la divine Mère donna à son très saint Fils la forme humaine dans son sein virginal, la lui donnant toute pure, sans tache et impeccable pour racheter le monde, de même, en récompense de ce on, le même Seigneur lui donna en cette résurrection et en cette nouvelle génération une autre gloire et une autre beauté semblable à la sienne. En ce Cconxmerce si mystérieux et si divin, chacun fit ce qu'il put; eu effet, l'auguste Marie engendra Jésus-Christ semblable à elle même en tant qu'il fut passible ; et Jésus-Christ la ressuscita, lui communiquant de sa gloire tout ce qu'elle put en recevoir dans sa capacité de simple créature !
Alors se déroula, en partant du sépulcre, une procession très solennelle, aux sons d'une musique céleste à travers les régions de l'air, qu’elle franchit pour s'élever à l'Empyrée. Cette
merveills arriva à ln mêm üsnre que notre Sauveur Jésus- Christ ressuscita, t:" dimanche immédiatement aptès minuit ; c'est pourquoi tous les Apôtres ne Furent point la remarquer alors, à l'exception de quelques-uns qui en furent témoins parce qu'ils veillaient autour du vénérable sépuler. Les Saints et les Anges entrèrent dans le Ciel, chacun selon son rauy ; après eux venait notre Rédempteur Jésus-Christ, ayant à sa droite la Reine, revêtue, comme dit David. de l'or d'Ophir, parée des plus riches ornements, et si belle, que les Courtis ins du Ciel étaient ravis d'admiration. Ils se tournérent tous vers elle pour la regarder et la bénir avec une nonvelle jubilation et avec de nouveaux cantiques de louange. C’est là où l’on entendit ces éiures mystérieux que Salomon avait écrits pour ell: : « Soitez, “Iles de Sion, pour voir votre Reine que louent ies étoiles du matin, et que fêtent les enfants du Très-Haut. Quelle est celle-ci, qui s'élève du désert comine une colonne de vapeur, exhalant toutes sortes de parfums? Quelle est celle-ci, qui s'avance comme l'aube du jour, plus belle que la lune, bi''lante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille ? Quelle est celle-ci , qui monte du désert s’appuyant «4 son bien-aimé, et re oandant des délices avec abondance ? Quelle est celle-ci, en qui la Divinité même s'est plu et complu bien autrement qu'en toutes les créatures et qu'il élève au-dessus de toutes jusqu'au trône de son inaccessible luuière et de sa mujesté ? O merveille dont les Cicux n'ont jamais été témoins ! O prodige digne de la Sagesse infinie ! O miracle de la toute-puissunce, qui la glorifie et l'exalte de la sorte.
La bienheureuse Marie arriva avec tontes ces gloires,en corps et en âme, au pied dn trône de la très sainte Trinité. Les trois Personnes divines l'accv ‘llirent avec un embrassement éternel et indissoluble, et le Père éternel lui dit: « Montez plus haut que toutes les créatures, ma Bien-Aimée, ma Fille et ma Colombe» Le Verbe incarné lui dit: « Ma Mère de qui j'ai reçu l'être hrrain, et le retour de mes œuvres par votre parfaite imitatic, recevez de ma main la récompense que tovs avez méritée. » Le Saint-Esprit lui dit: « Ma très chère Epouse, entrez dans
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la joie éternelle qui correspond à votre très fllèle amour; aimez et jouissez sans inquiétude, car l'hiver des souffrances est passé, et vous êtes arrivée à la possession éternelle de nos embrassements. » Dans cet heureux état l'auguste Marie fut absorbée entre les Personnes, ct comme submergée dans cet océan infini et dans l'abime de la Divinité, tandis que les Saints étaient pénétrés d'une admiration ineffable et d'une nouvelle joie accidentelle. Or, comme cette œuvre de la Toute- Puissance renferme d'autres merveilles, je tâcherai d'en dire quelque chose daos le chapitre suivant.