‹ Vie de la Très Sainte Vierge Marie [microforme]Chapitre 60 sur 65 · ESTIME ÉTONNANTE QU'EN FONT LES SAINTS · texte numérisé non relu

ESTIME ÉTONNANTE QU'EN FONT LES SAINTS

Instruction dela Reine du Ciel. — Ma fille, l'ignorance des hommes est lamentable et sans excuse, puisqu'ils oublient si volontairement la gloire éternelle que Dieu a préparée pour ceux qui se disposent à la mériter, Je veux que vous gémissiez sans cesse sur ce& oubli si pernicieux et que vous le pleuriez amèrement; car il est hors de doute que cenx qui oublient de la sorte la gloire et la félicité éternelles sont ÿort exposés à les perdre, Personne n’a aucune excuse légitime pour se justifier de cette faute, non seulement parce qu’il ne coûte guère aux mortels d'en avoir et d'en conserver le souvenir, mais surtout parce que la pl part travaillent, au contraire, de toutes leurs forces à oublier la fin pour laquelle ils ont été créés, Il est certain que cet oubli vient de ce que les hommes s’adonnent à l’orgueil de la vie, à la concupiscence des yeux et à la concupiscence de la chair; c’est Parce qu’ils y consacrent toutes leurs forces et toutes les puissances de leur âme, et tout le temps de leur vie, qu'il ne leur reste aucun moyen, où qu'ils soient, de réfléchir d’une manière sérieuse, ou mêtne autrement, au bonheur de l'éternelle béatitu.… Que les hommes disent donc, qu'ils avouent s’il leur coûterait plus de s’en souvenir,

qu'il ne leur coûte de suivre leurs passions aveugles, et de travailler À se procurer les honneurs, la fortune et des plaisirs Passagers, qui finissent avant la vie; et encore combien de fois ne parv'ennent-iis pas à se les procurer après mille efforts et, mille fatigues !

Combien il est plus facile aux mortels d'éviter ce dés rdre, et particulièrement aux enfants de l'Eglise, puisqu'ils ont la précieuse ressource de la foi et de l'espérance, qui leur enseignent cette vérité, sans qu'ils doivent s'en donner la moindre peine! Et quand il leur en coûterait autant pour mériter les biens éternels que pour acquérir les honnenrs, les richesses et, les autres plaisirs apparents, ce serait toujours une insigne folie de se donner autant de mal pour les choses fausses que pour les choses réelles, pour les peines éternelies que pour ln gloire qui n'a point de fin. Vous comprendrez, ma tille, combien il y a là de crim elle stupidité, pour la déplorer, si, vivant dans un siècle tourmenté par tant de guerres et de désordres, vous considérez le nombre des infortunés qui courent à la mort Pour un vain et fugitif honneur, pour satisfaire leur vengeance ou pour les plus vils inrérêts, ne se souvenant et ne se souciant non plus de la vie éternelle que s'ils étaient privés de raison, Assurément, ils pourraient s'estimer heureux de terminer leurs destinées, comme les animaux, par la mort temporelle ; mais comme la plupart ne commettent que l'iniquité, et que les autres vivent également dans l'oubli de leur fin; ceux-ci aussi bien que ceux-là encourent Ja mort éternel'e,

C'est là une calamité au-dessus de toutes les calamités ; c'est là un malheur sans égal et sans remède, Affigez-vous donc, et, gémissez avec une douleur inconsolable de la perte de tant d'âmes rachetées par le sang de mon divin Fils, Je vous assure, ma très chère fille, que du C Vous avez connue, je serais pr

où je suis, dans la gloire que e par ma charité, si les hommes ne s'en rendaient pas indignes, de leur faire entendre une voix qui retentirait dans tout l'univers, et je leur crierais: « Hommes mortels et abusés, que faites-vous ? A quoi pensezvous? Savez-vous bien ce que c'est que de voir Dieu face à face, et de participer à sa gioire et à sa compagnie éternelle ?

Que prétendez-vous ? Qui vous a troublé et fasciné l'esprit de la sorte ? Que cherchez ‘ous, si vous perdez ce véritable bien et ce bonheur éternel sans en pouvoir t‘auver un autre? Le travail est court, la gloire infinie, la peine éternelle ! » Pénétrée de cette douleur que je veux exciter en vous, tâchez de travailler avec zèle pour ne point tomber dans ce péril, Ma vie, qui fut une souffrance continuelle, vous fournit un vivant exemple que vous avez nou; mais quand j'arrivai aux récompenses que je reçus, tout ce que j'avais souffert me Parut comme rien, et je l'oubliai comme si je ne l'avais jamnis souffert, Résolvez-vous donc, ma chère fille, à me suivre dans le travail, et dussent vos épreuves Surpasser toutes celles des autres mortels, regardez

es comme légères de sorte que rien ne vous paraisse difficile, quand même il vous fau irait Passer par le fer et le fen,

Je veux de plus que vous vous gardiez d'une antre erreur Commune des hommes qui disent : Tâchons seulement de nous assurer le salut: un peu plus, un peu moins de gloire ne : ous importe guère ; puisqu'en nous Sauvant, nous jouirons tous de la béatitude éternelle, Avec une emblable ignorance, ma fille, on n'assure point le salut, mais, au contraire on le hasarde : Car un pareil langage ne s'explique que Par une grande folie et par un grand manque d'amour de Dieu, et ceux qui prétendent faire ces arrangements avec ln Majesté divine l'offensent et la portent à les Inisser en danger de tout perdre. La faiblesse humaine va toujours dans le bien moins loin que ses désirs; et, si ces désirs ne sont Pas grands, elle fait fort peu de chose ; que, s'ils sont tout à fait tièdes, elle court risque de ne rien avoir et de tont perdre.

Celui qui se contente d'un certain milieu ou du dernier rang dans la vertu laisse toujours quelque liberté à sa volonté et à ses inclinations, Pour admettre à dessein d'autres affections terrestres, et pour aimer les choses passagères ; ct cette disposition ne saurait durer sans s'opposer bientôt à l'amour divin : c'est pourquoi il est impossible d'empêcher qu'entre ces deux sentiments l’un ne se perde, et l’autre ne subsiste, Sans doute, lorsque la créature se détermine à aimer Dieu de tout son cœur

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et de toutes ses forces, comme il le commande, Je Seigneur tient compte de cette résolution, quand même l'âme n'arriverait point, à cause d'autres manqiements, aux plus hautes récompenses, Mais si on les méprise délibérément, ou si on en fait peu de cas, alors, loin de témoigner l'ainour d'un enfant où d'un véritable ami, on ne montre que les sentiments d'un esclave qui se contente de manger et qui passe son chemin, Tandis que si les Saints pouvaient revenir sur la terre pour mériter encore quelque nouveau degré de gloire, en souffrant tous les tourments imaginables jusqu'au jour da jugement, ils le feraient avec plaisir, parce qu'ils connaissent parfaitement la valeur de Ja récompense, et qu'ils aïment Dieu d'un véritable amour (1). 1] n'est pas convenable que cette grâce soit accordée aux Saints, mais elle m'a été accordée, à moi, comme vous l'avez écrit dans cette histoire, et mon exemple sontirme cette vérité, st condamne la folie de ceux qui, pour ne point souffrir ni embrasser la croix de Jésus-Christ, demandent une récompense bornée, contre l'inelination du Très-Hant, qui désire que les âmes aient des mérites qu'il puisse amplement récompenser dans le bonheur de la gloire éternelle.

(1) Environ un siècle auparavant, sainte Thérèse, dans sa Vie, écrite par elle même, disait ces étonnantes paroles: «.….. Depuis que Notre-Seigneur m'a fait connaître la prodigieuse inégalité qui existe dans le ciel, entre la félicité des uns et celle des autres, je vois bien que sur la terre, il n'y a pas non plus, quand il le veut, de mesure à ses dons, Aussi ne voudrais-je jamais en voir m-ttre dans le dévouement à une si haute Majesté ; mon désir serait de consumer ma vie, mes forces, ma santé à son service et de ne poiut perdre, par ma faute, le moindre degré de jouissance dans l'éternelle patrie, Je ne crains pas de le dire, si l'on me demandait lequel j'aime mieux,ou d'endurer toutes les peines de cet exil jnsqu'eu dernier jour du monde, à la condition de recevoir un degré de plus, si petit qu'il fût, de gloire dans le ciel, ou d'y entrer, dés maintenant, sans rien souffrir, mais avec un peu moins de gloire, de très grand cœur, j'achèterais, au prix de toutes les peines d'ici-bas, le bonheur de coutempler d'un peu plus près les grandeurs de mon Dieu ; car je vois que plus on le connait, plus on l'aime... » (Vie... Paris, Lecoffre 1884.)

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