LIVRE III, CHAP. XY
prit. On voulut alors couper quelques-uns de ses habits, pour qu'on la fatiguât moins quand on les lui ôtait : mais elle s'y opposa, en disant qu'ils pourraient servir à d'autres. Son confesseur, le père Lambert, prêtre de l'Oratoire, et la mère prieure, l'engagèrent à donner sa bénédiction à la communauté qui entourait son lit : mais elle refusa de le faire, parce qu'il fallait, disait-elle, que chacun restât à sa place. Son agonie ne dura qu'un quart d'heure, pendant lequel il parut qu'elle priait toujours : en sorte que le médecin de la reine, qui était très-religieux, lui appliqua ces paroles de l'Évangile : Jésus étant à l'agonie, priait plus longuement (Luc, ch. xxn). Elle mourut vers une heure après-midi, le 30 avril 1637.
On fut très-sensible à sa mort, tant dans le monastère que hors du monastère. Son corps fut, suivant l'usage, exposé à la grille du chœur; et le peuple accourut en foule pour le voir. Chacun voulait avoir quelque chose qui lui eût appartenu : Marie de Médicis, Anne d'Autriche et la reine d'Angleterre témoignèrent aussi le même désir. Le lendemain, on l'enterra dans un des côtés du cloître, ainsi qu'elle l'avait demandé, lorsqu'elle s'était aperçue qu'on avait le dessein de l'enterrer dans un lieu plus honorable. Je veux, avaitelle dit alors, ressusciter au milieu de mes sœurs. M. de Cospéan, évêque de Lisieux, fit la cérémonie de ses funérailles. M. de Bellegarde, archevêque de Sens, vint au couvent quelques jours après, et dit en parlant de la défunte : C'était une de ces âmes rares, telles qu'il en paraît à peine une dans un siècle. La mère Béatrix de la Conception, qui était retournée en Espagne, apprit les miracles qui s'opéraient au tombeau de la mère Magdeleine de Saint-Joseph : aussitôt elle écrivit à ce sujet qu'elle la regardait comme une autre sainte Térese, et que les Carmélites d' Espagne craignaient que celles de France,
qui étaient leurs sœurs cadettes, ne surpassassent en vertus les aînées.
On lit dans la Yie de la mère Magdeleine qu'elle apparut après sa mort à plusieurs personnes. On dit aussi que cinq jours après son décès, M. Duval fut guéri d'une maladie par son intercession. Mais voici un miracle qui est encore plus certain : c'est celui qui arriva le 30 avril 1640, jour de l'anniversaire de sa mort. La prieure du premier couvent eut la dévotion de faire distribuer ce jour-là cinquante-neuf pains à autant de pauvres, en mémoire des cinquante -neuf années que la mère Magdeleine avait passées sur la terre. Quand on fit cette distribution, il se trouva plus de deux cents pauvres, et les pains se multiplièrent de façon qu'ils en eurent chacun un. L'archevêque de Paris fit constater ce miracle par un procès-verbal : et depuis 1640 jusqu'à 1792, les Carmélites du premier monastère ont toujours fait, le 30 avril, la même aumône aux pauvres.
En 1647, on entama la procédure relative à la béatification de la mère Magdeleine ; et le procès-verbal de l'information préalable que fit l'évêque diocésain, fut envoyé à Rome. Innocent X, à la demande de Louis XIV, d'Amie d'Autriche et des reines d'Angleterre et de Pologne, permit alors d'informer en général sur la réputation de sainteté, les vertus et les miracles de la même religieuse. Le procès-verbal de cette information fut envoyé à Alexandre VII, en 1655, et en 1658 ce Pape permit d'informer en particulier sur les mêmes objets. La procédure fut ensuite suspendue jusqu'en 1718. A cette époque, Clément XI nomma de nouveaux commisssaires; mais l'année suivante, la procédure fut encore suspendue. On était sur le point de la reprendre, en 1756, lorsque Benoit XIV vint à mourir. On l'a reprise en 1119 ; et au