‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 113 sur 239 · LIVRE III, CHAP. XV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. XV

conduite. Elle parlait fréquemment de lui aux personnes qu'elle dirigeait, et faisait tous ses efforts pour les embraser du feu sacré qui la dévorait. Son amour pour Jésus-Christ éclatait surtout à l'égard du sacrement de l'Eucharistie ; et, malgré ses occupations, elle savait trouver du temps pour l'y adorer. L'adoration perpétuelle qu'elle établit au premier couvent n'a pas pu, il est vrai, s'y pratiquer pendant longtemps, parce qu'elle n'était pas compatible avec les pratiques du Carmel : néanmoins on doit applaudir au motif qui l'avait engagée à l'établir. Elle avait un grand attrait pour les pénitences corporelles : même dans ses grandes maladies, elle pratiquait des mortifications capables d'effrayer les personnes les plus courageuses.

Sa patience dans les contradictions était admirable. Elle en éprouva d'assez rudes dans son dernier priorat : on disait hautement qu'il fallait la déposer; et des personnes de la première distinction tenaient ellesmêmes ce langage. Loin de rien dire pour sa justification, elle se félicitait d'avance de ce qu'elle quitterait sa place par cette voie. Un ecclésiastique qui avait paru très-animé contre elle, étant venu la voir, la mère Magdeleine, au lieu de s'arrêter à le détromper, le pria de l'entendre en confession. Nous aurions perdu le temps à des éclaircissements inutiles, dit-elle en le quittant; j'ai cru ne pouvoir lui rien dire de plus véritable et de plus utile pour moi, que mes péchés. Elle disait ordinairement que la douceur était celle des vertus de Jésus-Christ qu'elle désirait le plus d'imiter ; et elle a avoué que, même avant son entrée en religion, elle ne s'était jamais mise en colère. Aussi ses manières douces lui gagnaient-elles le cœur de toutes ses compagnes. Sa douceur ne nuisait cependant pas à l'activité de son zèle. Lorsque des artistes, sous la direction du

célèbre Champagne, peignaient à fresque l'intérieur

de l'église des Carmélites du faubourg Saint-Jacques, elle recommanda aux religieuses qui étaient obligées de les voir, de leur parler de Dieu. Puisqu'ils travaillent dans un couvent, dit-elle, il faut qu'ils en retirent quelque profit pour leur âme. Un jour, avant appris qu'en travaillant ils avaient chanté quelque chose de pieux, elle leur fit donner [pour récompense une [pièoe de monnaie d'or.

Elle avait prédit plusieurs fois l'âge auquel elle mourrait. Plus elle approchait de cet âge, f lus elle paraissait se dégager des créatures pour se mettre en état de se réunir au Créateur. Elle tomba malade au commencement du carême de 1637: le mal de tète qu'elle avait habituellement devint alors plus violent. Vers le 15 avril, il lui prit un mal de gorge si considérable, qu'elle ne pouvait rien avaler. Ce mal cessa peu de jours après ; mais il fut remplacé par un dégoût général, nui l'empêchait de prendre aucune espèce de nourriture. L'insomnie ne tarda pas à se joindre au malaise qu'elle éprouvait déjà ; et on la voyait dépérir de jour en jour. Elle évitait néanmoins de se plaindre, afin de ne pas augmenter l'affliction des religieuse.^ dont elle savait qu'elle était tendrement aimée. Elle continuait d'assister aux exercices de la communauté; et tous les jours, jusqu'à la veille de sa mort, elle voulut communier à la messe. Elle allait souvent visiter les divers ermitages de la maison. (Chez les Carmélites, les ermitages sont de petites chapelles dédiées à quelques saints, ou à des personnes mortes en odeur de sainteté.) Souvent aussi elle allait adorer au chœur le Saint-Sacrement. Le jour dp sa mort, elle communia encore à jeun dans l'infirmerie. On lui adininistra dans la matinée le sacrement de l'Extivrae- Onetion, qu'elle reçut avec- une grande présence d'es-

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