‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 125 sur 239 · LIVRE III, CHAP. XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. XVIII

Dieu m'avait déjà montré que la malade était à l'extrémité, et qu'elle avait besoin que je priasse pour elle. M'étant aussitôt recueillie en oraison, je vis une légion nombreuse de démons qui entraient dans l'appartement de l'abbesse. Sa pauvre âme était plongée dans une affliction profonde. A cette vue, je me troublai de peine, mais je sentis en même temps une grande confiance en Dieu. Dans cette affliction, je me tournai vers Dieu, avec l'espérance qu'il m'accorderait la grâce que je lui demandais. Et sur-le-champ je vis Jésus- Christ, tel qu'il était quand il conversait dans le monde, vêtu à la manière des pontifes, et divinement beau, entrer dans l'appartement de la mourante. Il avait une majesté merveilleuse, et il était accompagné d'un grand nombre d'anges et de saints. Soudain, comme foudroyés à son aspect, tous les esprits malins s'enfuirent, se précipitant par la première issue. Je vis en môme temps cette âme bénie sortir de sa peine, et le divin Maître l'emmener avec lui. On disait d'elle qu'elle avait été très-bonne ; qu'en tout ce qui dépendait d'elle, elle s'était montrée une très-grande religieuse, et très-charitable envers ses filles dans leurs peines.

Cette apparition de l'abbesse de Fontevrault n'est pas la seule ; j'en ai eu d'autres de personnes encore vivantes et séparées de moi par de grandes distances. Le P. Jérôme Gratien de la Mère de Dieu m'est apparu deux ou trois fois durant sa vie, lorsqu'il était sous le pressoir des souffrances et des afflictions. Il me faisait voir tout ce qu'il endurait. Il m'est encore apparu depuis, lorsque les Turcs voulaient le martyriser en Afrique. Il me montra le feu que l'on avait préparé et uù on voulait le brûler. Mais je ne vis point les autres tourments qu'on lui fit souffrir. Je ne vis que le feu qui était allumé et où on allait le jeter :

j'aperçus alors quelques femmes mauresques qui demandaient grâce pour lui. Je vis que le Père n'était point jeté dans le feu. et qu'il en éprouvait une indicible affliction, voyant que la palme du martyre lui échappait.

Voici une autre vision de ce genre que j'ai eue.

Une religieuse, Casilde de Padilla (1), après avoir fait profession dans notre maison de Yalladolid, se vit contrainte de sortir de ce monastère. Ses parents, en vertu d'un bref qu'ils obtinrent du Pape, lafirentpasser dans un autre Ordre. Il lui semblait que cet Ordre, (jui était celui de Saint François, aspirait à des austérités plus grandes que celui qu'elle quittait. Ainsi, elle pensait qu'elle y serait plus consolée, et qu'on lui témoignerait moins d'affection, car elle souffrait beaucoup de voir les marques d'estime qu'on lui donnait ; c'était la fille de radelantado de Castille. Cette épouse bénie de Jésus-Christ méritait par son caractère et par sa vertu ces marques d'estime ; et comme elle était vraiment humble, on ne pouvait s'empêcher de la chérir. Pendant que notre Sainte était à ce couvent de Yalladolid, Casilde se rendait auprès d'elle, car la Sainte l'estimait; mais quand elle ne pouvait parler à notre Mère, elle s'en venait avec moi, et restait avec moi de nuit et de jour. L'amitié que nous avions l'une pour loutre était très-grande. Lorsque Casilde sortit de ee monastère, nous n'y étions plus. Elle m'apparut à Avila, vivante comme elle l'était, très-affligée, et elle me dit : 0 ma sœur, quelle peine j'éprouve d'être a'" l'on ma mise ! J'en ressentis une très-vive peine, parce que jei'aimais beaucoup. Elle avait demandé à passer au monastère d'Avila, afin de s'éloigner de ses parents, mais elle n'a-

»1/ Nous avons donné sa biographie au Livre de? fondations de sainte Térèse: nous y fenvëyons le lecteur.

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