LIVRE III, CHAP. XIX
rut au couvent de Morlaix le 25 novembre 1645.
Nous n'avons pas d'autres détails (excepté la biographie de la mère Marie de Saint-Èlie) sur les sept premières novices de la Mère Anne de Saint-Barthélémy à Tours, mais leur sainteté se refléta sur celles qui furent formées à la religion par leurs mains et dont nous parlerons bientôt : on reconnaît l'arbre à ses fruits. Il faut d'ailleurs observer que parmi ces pierres fondamentales du Carmel de Tours , quatre furent choisies, ainsi que beaucoup d'autres du même couvent, pour contribuer à l'extension de la réforme de sainte Térèse, tant on les jugeait capables d'en bien implanter le véritable esprit. Trois seulement moururent à Tours, Catherine du saint-Esprit, Marie de Saint-Joseph et Gabrielle de Jésus.
A Tours, la Mère Anne de Saint-Barthélémy était vénérée de tous les catholiques- fervents qui s'empressaient de lui témoigner leur estime et de la défendre contre la persécution des hérétiques. Parmi ces âmes dévouées , on cite madame Éléonore de Bourbon, tante du roi Henri IV et abbesse de Fontevrault. Cette pieuse et illustre princesse estimait beaucoup la mère Anne et lui écrivait souvent. Elle était heureuse d'assister son monastère. On a vu, par le récit de la vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy, comment cette princesse en fut récompensée à ses derniers moments.
La mère Anne de Saint-Barthélémy resta pendant trois ans prieure à Tours. Elle y fut favorisée de grâces très-particulières, ainsi qu'elle le raconte ellemême dans sa vie. Notre-Seigneur la combla de lumières, de consolations, et lui dit cette parole remarquable : La gloire du juste est de faire ma volonté. Dans tous ses embarras elle s'adressait aussi à la séraphique mère sainte Térèse qui lui apparut plusieurs fois; et afin de ne point la perdre de vue, elle portait
toujours un petit tableau qui la représentait. La chronique ajoute que partout elle attachait ce petit tableau à la muraille sans plus de difficulté qu'elle l'eût fait à une tapisserie, comme si les pierres eussent été molles. En quittant le couvent de Tours, la mère Anne de Saint «Barthélémy y laissa ainsi que le prophète Élie à son disciple Elisée, son manteau, que l'on conserve encore avec la plus grande vénération. Sans doute, elle daigna joindre à ce gage de son amour une participation de son esprit, et ce qui porte à le croire, c'est que les religieuses de cette maison se sont toujours distinguées par l'éclat de leurs vertus et par le soin avec lequel elles ont conservé la ferveur primitive et le véritable esprit de leur sainte mère Térèse. Souvent les supérieurs les employaient dans la fondation et la conduite des autres maisons de l'Ordre, où elles ont. rendu d'importants services et porté bénédiction.
La mère Claire du Saint-Sacrement remplaça la mère Anne de Saint-Barthélémy dans la charge de prieure jusqu'en 1615, époque à laquelle vint à Tours la mère Magdeleine de Saint-Joseph, fille du fondateur du monastère, pour former une nouvelle prieure. Elle y resta pendant huit mois, et ses exemples y produisirent un tel avancement dans la piété qu'on pouvait regarder cette maison comme une demeure céleste. On obtint la couverture qui couvrait cette bienheureuse mère au moment de sa précieuse mort, et maintenant encore, c'est sur cette couverture que les sœurs se prosternent au jour de la profession et de la rénovation des vœux. Cette nouvelle prieure, formée par la mère Magdeleine, la troisième depuis la fondation, était la mère Marie de Saint-Gabriel (1), professe
(1) La mère Saint-Gabriel dan» le monde se nommait Lejeune et était native de Troyes, Elle entra chez. Madame Acarie pour