LIVRE III, CH.vr. XIX
du premier couvent. Lorsqu'elle quitta Tours, après I avoir passé trois ans, pour aller faire la fondation de Rio m, elle fut remplacée par la mère Marguerite du Saint-Sacrement , sa sous-prieure , qu'elle avait amenée de Paris. Celle-ci était la seconde fille de Madame xlcarie, et cette bienheureuse mère la regardait comme son enfant de prédilection à cause de la haute sainteté à laquelle Dieu lui avait fait connaître qu'elle parviendrait. Plusieurs fois la bienheureuse vit le berceau de la petite Marguerite entouré de flammes, et elle entendit une voix céleste lui disant que cette jh.unme était la figure de l'amour qui embraserait le cœur de sa fille. La jeune Marguerite entra au premier monastère des Carmélites le 15 septembre 1605, reçut l'habit des mains de la mère Amie de Jésus, et fit profession entre celles de la vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy, le 18 mars 1607, Elle vint comme sous-prieure au couvent de Tours en 1615, accompagnant la mère Saint-Gabriel qui venait remplacer la mère Claire du Saint-Sacrement; celle-ci était envoyée à la fondation de Dieppe. La mère Marguerite se conduisit dans cette place avec une prudence et une douceur admirables. La prieure et la sous-prieure qui sortaient de charge étaient fort regrettées de la communauté
faire partie de la petite congrégation de Sainte-Geneviève. De- \i -ii ut.' Carmélite, elle inspira beaucoup d'estime à M. de Bérulle et à la mère Magdeleine de Saint-Joseph, qui l'envoyèrent d'abord au monastère de Tours qu'elle gouverna de 1615 à 1618. Elle le quitta pour fonder le couvent de Riom où elle resta cinq ans. Elle passa dans celui de Bordeaux en 1624 pour remplacer la mère Marguerite du Saint-Sacrement qui était appelée à Paris. La mère Saint-Gabriel fit beaucoup de bien dans la maison de Bordeaux, par les soins multipliés qu'elle prit du temporel de la communauté et plus encore par le zèle qu'elle déploya pour former des sujets propres à soutenir avec ferveur l'esprit de la réforme. Elle y mourut saintement en 1644. (Notes de M. Boucher dans la vie de la Bienheureuse Marie de l'Incarnation et Chroniques de l'Ordre, fondation de Bordeaux.)
et la nouvelle prieure passait pour être sévère. La mère Marguerite consola les religieuses de la perte des deux premières et réussit à faire goûter la dernière. Elle fut élue prieure après le départ delà mère Saint-Gabriel en 1618. On aperçut bientôt en elle le talent que sa mère y avait découvert la première, celui de gouverner les âmes. Par humilité, elle tâchait de cacher ce talent, et disait que la sous-prieure avait plus de part qu'elle au bien qui se faisait dans la maison. Cette même humilité lui faisait dire que si elle avait été élevée à la charge de prieure , c'était afin qu'on vît mieux ses défauts. Elle n'avait alors que 28 ans. C'est elle qui fit consacrer solennellement l'église, le 3 mai 1619, en l'honneur de la Maternité de la sainte Vierge ; le couvent changea alors son titre de Notre-Dame-des-Anges en celui de l'Incarnation ou de la sainte Mère de Dieu, car il est dénommé de ces deux manières dans les anciens papiers. La mère Mar« guérite du Saint-Sacrement reçut à Tours les vœm des deux sœurs , Mesdemoiselles de Quatrebarbes. dont l'une, la mère Elisabeth de la Trinité, mourut er odeur de sainteté au monastère de Beaune où elle eu la gloire de former et de conduire l'angélique sœui Marguerite du Saint - Sacrement dont on vient de commencer le procès de béatification.
En 1620, la mère Marguerite passa au monastère de BordeaiLx, puis à Saintes, et revint à Paris, où elle mourut en odeur de sainteté le 24 mai 1660.
Il serait difficile de rapporter en détail toutes les admirables vertus des religieuses de cette maison, d'autant plus qu'étant mortes à toutes les choses de 11 terre, elles semblent n'avoir pris soin que d'ensevelir dans le silence les grâces et les opérations de Dieu, Cependant nous allons consigner les traits dont le souvenir a été conservé.