LIVRE III, CHAP. XIX
La révérende mère Charlotte de Jésus-Maria, professe du couvent de l'Incarnation de Paris, étant prieure en celui de Tours, vit un jour pendant son oraison Notre-Seigneur, qui lui montra son divin cœur dans lequel il tenait renfermées avec beaucoup d'amour toutes les religieuses de la communauté; et depuis cette vision, la bonne mère ressentit pour elles tant d'estime et d'attachement qu'elle eut une peine extrême à les quitter quand l'obéissance l'appela ailleurs.
Dans le temps que l'église canonisa saint Philippe de Néry, M. Odoir, vertueux ecclésiastique bien connu des maisons de l'Ordre, vint à Tours. La mère prieure le pria de dire la sainte messe pour obtenir, par l'intercession de saint Philippe , la guérison de deux sœurs malades. En sortant de l'autel, le saint prêtre dit à la mère prieure : Ma mère, une de vos sœurs est guérie. Ce qui se trouva véritable. M. Odoir ajouta : Les âmes de votre communauté sont bien agréables à Dieu, car, 'pendant que je les communiais, Notre -Seigneur se donnaità elles avec tant d'empressement, que la sainte hostie me sortait des doigts avec violence pour entrer dans leur bouche.
Un des trésors du Carmel de Tours est une vierge appelée Notre-Bame-de-Prompt-Secours. Un fait miraculeux que nous allons raconter, lui fit donner ce nom.
Depuis fort longtemps était reléguée dans un grenier de la maison une masse de pierre dure représentant l'Assomption de la sainte Vierge avec le nuage qui la portait. Cette statue était complètement dégradée, et cependant d'un tel poids que plusieurs hommes ne l'auraient enlevée qu'avec peine.
Une jeune personne, désirant ardemment se consacrer à Dieu, demanda l'entrée du monastère et l'obtint : au bout de quelque temps on décida qu'elle ne
pouvait y rester à cause de l'extrême difficulté qu'elle avait à lire le latin. La nonce désolée suppliait la mère prieure de vouloir bien avoir égard à sa bonne volonté, assurant que la sainte Vierge, qui lui avait obtenu l'entrée de sa maison, lui apprendrait à lire ; alors la mère prieure lui dit en riant, et peut-être afin de mettre un terme à ses supplications, que, pour preuve de ses désirs et de sa confiance, elle allât chercher au grenier le bloc et la statue de pierre. La novice partit aussitôt pleine de joie et d'espérance ; quel fut l'étonnement de la communauté en la voyant revenir chargée de l'énorme masse ! Il n'y eut plus de doute ni de la volonté de Dieu, ni de la vocation de la novice, qui apprit aussitôt merveilleusement à lire et demanda en reconnaissance de cette grâce que l'argent destiné à ses habits de profession fût employé à faire réparer la statue de sa chère Bienfaitrice. A partir de ce jour, cette vierge fut appelée Notre-Dame-de- Prompt-Secours, et invoquée sous ce titre.
En 1617, le couvent de Tours fonda celui de Riom, par la mère Saint-Gabriel , sa troisième prieure et l'une des douze premières Carmélites de France. Elle y établit une perfection éminente. La sous-prieure était la mère Magdeleine de Saint-Joseph, quatrième professe de Tours, fille du sénéchal de Mézlères. Deux autres sœurs de Tours furent envoyées à cette fondation : sœur Françoise du Saint-Sacrement, onzième professe, fille de M. Hardi et de Françoise de Montalembert, sieur et dame de la Belangerie; elle mourut au couvent de Riom.
En 1618, le couvent de Nantes fut fondé par celui de Tours. On y envoya la mère Marguerite de la Sainte- Trinité, professe de Paris, l'une des fondatrices de Tours, où elle fut sous-prieure sous la mère Claire du Saint-Sacrement et dépositaire sou? la mère Saint-