SŒUR JEANNE DE JÉSUS
1676. — Sœur Jeanne de Jésus se nommait Jeanne Moisy. Elle entra dans la sainte carrière encore fort jeune. Elle venait demander une place dans la communauté, lorsque sa sœur aînée qui postulait comme elle, mais à son insu, se trouvait à la porte du monastère. Alors, animée d'un saint courage, elle s'élança pour entrer avec sa sœur, disant : Ce n'est pas la peine d 'ouvrir deux fois. Plus constante que cette sœur aînée qui sortit bientôt après, Jeanne de Jésus mérita la couronne de la persévérance, et ne cessa de combattre les répugnances de sa nature, malgré la faiblesse de son tempérament. Elle avait une dévotion particulière envers le Saint-Sacrement de l'autel, et pour l'honorer davantage elle se levait deux heures avant la communauté et allait répandre son à me en la présence de Notre-Seigneur. Toujours affamée de la sainte communion, elle n'en perdait aucune, et lorsqu'elle fut chargée de la sacristie, elle s'acquitta de cet emploi avec tant de soin, de perfection et d'esprit de foi, qu'on reconnaissait en toutes choses l'amour tendre qu'elle portait à Notre-Seigneur. Elle était une règle vivante par son exactitude, son obéissance, sa parfaite mortification. Elle vivait dans une si grande retraite intérieure qu'elle ne perdait pas la présence de Dieu, et il était aisé do voir que sa conversation était dans le ciel. Elle communiquait une grâce parti-
culière à celles qui l'approchaient, surtout dans les offices de maîtresse des novices et de dépositaire, qu'elle remplit parfaitement. Toujours douce, bienfaisante et pacifique, elle ne fit jamais de peine à personne, prenant pour son partage ce qu'il y avait de pénible à faire et se condamnant elle-même en toute occasion. Sa vie était une continuelle préparation à la mort; aussi le divin Époux trouva-t-il sa lampe allumée lorsqu'il l'appela presque subitement à lui le 1er septembre 1726. Malgré son âge de soixante-onze ans, elle avait soutenu l'observance de la règle jusqu'au jour même de sa mort.