LIVRE IV, CHAP. IV
petites maisons, avec un jardin suffisant pour y bâtir un pauvre cloître ; et, sans délai, notre vénérable Mère s'y transporta avec toutes ses filles. La divine providence ne lui fut pas moins favorable en cette rencontre que dans tout lé reste; car, au même temps, elle Inspira à mademoiselle de Yertain, dame de l'infante Isabelle et fille de M. le comte de Yertain, de demander l'habit de pauvre Carmélite, sous la direction de notre vénérable Mère, dont la sainteté était en si haute réputation dans toute la cour. Dès qu'elle eut obtenu la grâce qu'elle prétendait, leurs Altesses sérénlssimes , l'archiduc Albert et l'infante Isabelle, qui avaient coutume d'honorer leurs dames d'une bonté paternelle, daignèrent bien faire un voyage exprès en cette ville, pour assister à la prise d'habit de celle-ci, qiûse fit au commencement de septembre de Tan 1615. Et, pour donner plus de preuves de leur piété et de leur dévotion envers notre vénérable Mère et notre saint Ordre qu'elle tâchait d'établir, ils voulurent en même temps poser la première pierre de son couvent : sous cette pierre ils mirent deux médailles d'argent qu'on trouva quelque temps après, lorsque, pour donner une meilleure forme à l'édifice, on fut obligé de détruire ce que l'on avait commencé. La plus grande de ces médailles porte une inscription latine, dont voici le français :
a Albert et Isabelle, par la grâce de Lieu, infants d'Espagne, archiducs d'Autriche, ducs de Bourgogne, de Brabant, comtes de Flandres et Hollande ; de leurs mains propres, ces pieux et heureux princjs ont posé la première pierre de cette église l'an 1615. »
De l'autre côté de la même médaille, il va un frontispice d'église gravé, et cette inscription :
<( Dédiée à la bienheureuse Térèse , mère des Carmélites. »
Dans l'autre médaille qui est plus petite, il y a, d'un côté, l'image de l'archiduc Albert, et de l'autre côté, l'image de l'infante Isabelle.
Ces deux médailles se gardent pour une mémoire perpétuelle, dans les archives de ce couvent. Nous apprenons de la première, non-seulement l'année où fut posée la première pierre de notre monastère, mais encore qu'il fut dédié à notre sainte mère Térèse, qui n'est appelée que bienheureuse, parce qu'elle fut seulement béatifiée l'année auparavant. 11 faut néanmoins remarquer qu'il conste par les actes du monastère, qu'il est dédié à la fois, et à notre glorieux patriarche saint Joseph, et à notre sainte mère Térèse.
Après que Leurs Altesses sérénissimes eurent ainsi honoré les premiers commencements de cette fondation, il fut bien facile d'obtenir des magistrats les lettres de réception. Aussi sont-elles datées du 26 du même mois de septembre, et celles de Leurs Altesses furent dépêchées le lendemain, je veux dire le 27 septembre de la même année 1615.