‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 171 sur 239 · LIVRE IV, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. IV

version, comme il l'a affirmé lui-même, à notre bienheureuseMère; et cette grâce fut la récompense de l'hospitalité qu'il lui avait donnée. Il la choisit dès lors pour son avocate auprès de Dieu, et pour mère spirituelle. Sous sa sainte direction, il changea entièrement de vie, il pleura ses péchés avec la plus vive douleur. Tous les jours, nonobstant ses occupations et ses charges, il allait la consulter, ou an moins lui demander sa bénédiction. Elle fut si prudente dans la conduite spirituelle de ce seigneur en lui faisant quitter toutes ses mauvaises habitudes et le dépouillant du vieil Adam pour le revêtir de Jésus-Christ, qu'il persévéra constamment dans le chemin du salut où elle l'avait mis, et qu'il mérita par sa pénitence et la contrition de ses péchés de mourir de la mort des justes.

Les révérends pères de la Compagnie de Jésus, hommes toujours apostoliques, en donnèrent de bonnes preuves, secourant de leur doctrine et de leurs meubles d'autel ces pauvres servantes de Jésus-Christ. Ce furent eux qui les confessèrent jusqu'à l'an 1618.

Notre vénérable Mère fit brûler pendant tous les offices divins un cierge de cire blanche, au chœur de l'église, en l'honneur de notre sainte Mère Térèse, afin qu'il lui plût avoir soin de sustenter ses filles ; ce qui s'est observé depuis et se continue encore à présent. Aussi n'ont-elles jamais manqué du nécessaire pour vivre. Mais voici encore un autre trait admirable de la providence divine qui les pourvut de secours et les assista en leurs maladies et infirmités. Au commencement qu'elles furent en cette petite maison, la révérende mère Marie du Saint-Esprit se trouva si mal une nuit, que notre vénérable Mère craignit de la perdre; et, comme elles ne connaissaient pas encore de médecin, elles n'en firent point venir. Mais notre Sainte, selon sa coutume, ne fit que recommander ce besoin à

Xotre-Seigneur ; puis s'en alla a la porte régulière, qu'elle ouvrit à quatre heures du matin, et appelant l'unique' personne qui était dans la rue, elle lui dit ces mois : N'êtes-vous pas médecin? Il lui répondit que oui, et elle le fit entrer pour secourir sa malade. Or il se trouva que c'était M. Nugnez, premier médecin de la ville, qui depuis lors jusqu'à sa mort a continué de soigner charitablement et d'assister avec beaucoup d'affection les malades de la maison , et s'est tenu bien récompensé de ses peines, d'avoir eu le bonheur d'être témoin de la sainte mort de notre vénérable Fondatrice.

Nos mères demeurèrent près de trois ans en cette maison, où l'odeur de leur sainteté et surtout de celle de leur sainte supérieure réjouissait les cœurs, et leur acquérait plus d'estime et de dévotion, qu'elles n'avaient souffert de contrariétés et d'oppositions en leur sainte entreprise. Elles commencèrent à recevoir des aumônes si considérables, qu'elles les partagèrent avec d'autres , et continuèrent ainsi à vivre très-commodément selon notre institut, sans avoir aucun fond ni revenu, jusqu'en l'année 1616. La vénérable Mère crut le înoment venu de jeter les fondements de l'édifice où elles devaient vivre. Il fallait choisir le site. Ayant visité avec le père Thomas de Jésus, alors supérieur de cette province, plusieurs endroits sans être satisfaite, elle s'arrêta enfin à celui où est à présent bâti le monastère, situé dans la rue qu'on appelle communément du Rosier, et voisin de la grande place d'armes qui est entre la ville et la citadelle. Aussitôt qu'elle découvrit ce lieu si éloigné du commerce humain et si voisin des prairies et des campagnes, elle dit au père Thomas de Jésus : C'est ici, mon père, ou le chant des oiseaux recueillera nos esprits.

L'on acheta donc cette place où il y avait plusieurs

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