LIVRE IV, CHAP. V
son amour et de la charité. J'ai presque continuellement joui de la présence de Dieu. De temps en temps, j'étais plus affectueuse dans la charité, j'avais un plus ardent désir du bien spirituel du prochain ; d'autres fois, je sentais une soif ardente du salut des âmes et un zèle insatiable pour l'exaltation de l'Église. Cette charité, je puis le dire en toute vérité, me faisait éprouver un véritable martyre dans mon cœur, et je ne pouvais y résister.
A la vue des besoins de l'Église, monànie éprouve une grande ardeur de zèle. Dieu me montre, quand je le supplie de pardonner aux pécheurs et d'apaiser sa colère, un si grand amour, que je ne saurais dire comment il se fait sentir à moi. C'est comme si mon àme, libre de la sujétion de la chair, se voyait dans une région de suavité et de délices, où, dans son seul Bien- Aimé et Seigneur, elle trouverait tout ce qu'elle peut désirer. A la vérité, elle ne désire rien pour elle ; ce qu'elle désire uniquement c'est l'honneur et la gloire de son Bien-Aimé. C'est pourquoi elle le lui dit incessamment: Seigneur, faites-vous connaître à tous, afin que tous vous aiment; ne permettez pas, mon tendre Maître, que les âmes ignorent qui vous êtes. L'âme prononce ces paroles avec un grand amour et une grande confiance, et elle ajoute: Je sais, Seigneur, que si vous vous découvrez et si vous vous donnez à connaître, tous vous aimeront. Et cet adorable Maître se plaît tant à ce que je lui parle ainsi, qu'il montre, de plus en plus, qu'il m'aime. 0 bonté infinie ! quelle confusion pour moi, quand cette vision est déjà un peu loin, de voir que ce Dieu infiniment bon ne regarde pas mes infidélités, mais qu'il ne cherche qu'à se faire connaître de moi, afin que je l'aime, Lui qui est l'amour même! C'est d'abord par une petite lumière et une petite suavité qu'il se communique à l'âme; mais il en est de cette
lumière et de cette suavité comme d'un petit feu que l'on allume d'abord avec des pailles et qui ensuite, si l'en y met du bois, devient un grand feu dont on ne peut supporter l'ardeur.
Un jeudi-saint Xotre-Seigneur me montra le grand amour du mystère de ce jour et le grand amour que cet adorable Sauveur porte aux âmes. Tandis que mon Ame j unissait de ces divins mystères, Notre- Seigneur me donna à entendre, que si chaque jour nous pensions une seule fois ù sa divine passion et à l'amour avec lequel il la souffrait pour nous, quelque courte que fut cette considération, elle suffirait pour notre saint et pour nous attirer de grandes grâces. L'amour de Dieu, que je ressentis en contemplant ce mystère, fut si grand qu'il semblait que mon âme allait se séparer du corps, et que mon heure était venue. Si Dieu n'eût mis fin à ce transport, il m'eût été impossible de le supporter. Par suite de cette faveur, mon âme resta si pacifique et si embrasée de l'amour de Dieu, que j'eusse voulu mettre toutes mes sœurs et toutes les créatures dans mon cœur. Je sentis à partir de là, dans toutes les puissances de monàme,une plus grande force qu'auparavant.
Une autre fois, tandis qu'une religieuse faisait sa profession, je fus saisie d'un transport d'amour de Dieu, et mon âme entra clans un profond recueillement. Je vis que, tandis qu'elle prononçait ses vœux, l'Enfant Jésus les recevait, et que, les emportant avec lui, il les présenta au Père éternel.
Une autre fois, deux religieuses faisant leur profession dans ce monastère, je vis que la sainte Mère était au milieu d'elles avec une majesté très-grande qui lui venait de Dieu .
A Paris, tandis que deux religieuses faisaient leur profession, je vis également la sainte Mère et Jésus- Christ Notre-Seigneur, au milieu d'elles.