‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 175 sur 239 · LIVRE IV, CHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. V

Ici, à Anvers, il plut au divin Maître de me favoriser d'une autre vision. Le jour de la Présentation de la jainte Vierge, étant toutes réunies au chapitre, nous renouvelâmes nos vœux à l'imitation de notre sainte Mère, qui nous laissa cette coutume et voulut. que ce renouvellement se fît le jour même où la Vierge s'était présentée au temple. Après avoir prononcé nos vœux au chapitre, nous vînmes au chœur les présenter au très-saint Sacrement. Là, mon âme s'étant recueillie, Notre-Seigneur me fit la grâce de me montrer combien cette action lui avait été agréable, el que les sœurs demeuraient en sa grâce en récompense de l'acte qu'elles avaient fait de tout leur cœur.

Certaines fois, le Seigneur daigne montrer à mon âme plus de familiarité que d'ordinaire. Il me donne alors une entière confiance qu'il tient pour agréable ce que je lui demande. Voici ce qui m'arriva dans cette maison d'Anvers. On m'apporta, la veille de Sainte Catherine, une lettre où l'on me montrait le pétl que j'étais, et mon incapacité pour gouverner. Je restai calme, sans avoir aucune pensée défavorable ; je m'en allai au chœur, et je dis au divin Maître que je ne voulais que lui et son honneur. Il m'apparut sous la forme qu'il avait sur la terre, avec un visage où respiraient la paix et .une grande majesté. Il resta quelque temps à mon côté, puis il disparut. Une si grande faveur fit entrer mon âme dans un profond recueillement, et j'en ressentis l'impression durant quelques jours.

Le jour de la Conception de Notre-Dame, et le jour de son octave, j'eus une grande présence de cette Vierge et de ce mystère. Un jour en particulier, pendant l'octave, je vis intellectuellement la Vierge toute resplendissante de gloire; mais cette vision dura peu.

Je me sentais un jour très-confuse de ce que ma faiblesse et mon âge ne me permettaient pas de faire autant de pénitences que j'aurais voulu. Notre-Seigneur me fit connaître que le principal ne consistait pas à faire de grandes choses extérieures et de grandes démonstrations, mais que le bon cœur était ce dont il se payait et qu'il désirait de nous. Ceci s'entend lorsque nous ne pouvons faire les choses, et que nous le désirons.

Un jour de l'octave de la fête des Rois, étant recueillie, je méditais sur ce mystère pour lequel Dieu m'a donné une particulière dévotion: je vis la très-sainte Vierge avec- l'Enfant Jésus dans ses bras, et il me fit connaître qu'il était ainsi dans mon cœur bien souvent.

Mon adorable Maître m'a bien des fois enseigné comment je devais gouverner, et cela a été une trèsgrande grâce pour moi qui suis ignorante et simple.

Il daigne aussi bien souvent m'accorder des grâces de grand prix, sans que je les mérite et sans que je sache lui en témoigner quelque retour.

Le jour de tous les Saints et des Morts, j'ai toujours reçu de cet adorable Sauveur des grâces particulières ; mais cette année passée, il s'est plu durant toute l'octave à me combler de ses grâces, en me montrant plus d'amour. L'on ne saurait croire l'amour avec lequel il traite cette pauvre àme si ingrate et si infidèle. Souvent je sens le Seigneur aussi intimement uni à mon âme que s'il était mon frère. Un des jours de cette octave, je fus réveillée par lui, et, à mon réveil, je me trouvai tellement enflammée d'amour dans toute mon àme, que je ne pouvais le supporter. Et, cependant, cet adorable Maître s'unissait de plus en plus à mon âme ; enfin, il m'ouvrit son cœur et me mit dedans. Là, mon âme respira un peu de ce transport qui était grand: à la vérité le transport ne me parut point

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