CHAPITRE XII
Lumière où Xotre-Seigneur lui découvre l'abandon où il fut dans ce monde, et les douleurs et les mépris qu'il y eut à endurer.
— Il lui dit : Ta vois tout ce que j'ai souffert; eh bien, tout cela est pour toi. — Amour excessif dont ces paroles l'embrasent. — Apparition de sainte Térèse, amour que la Sainte lui témoigne.
— Admirable vision de la très-sainte Trinité en son àme. — Apparition de la sainte Vierge et de saint Joseph. — Ravissement où il lui est dit : L'Époux t'aime bien, et il souffre de U voir souffrir.
Quelque temps après avoir reçu ce gage de l'amour de mon Dieu, je retombai de nouveau dans une grande affliction intérieure, qui n'était pas moins pénible que celle que je viens de rapporter. Elle dura quelques jours; et comme mon âme était agitée de la crainte que les grâces que j'avais reçues ne fussent une illusion, je m'en allai à l'oraison, et je commençai à considérer la pauvreté et l'abandon où Jésus-Christ fut en ce monde, ainsi que les douleurs et les mépris qu'il eut à supporter. Le divin Maître me montra tout à ime lumière que je n'avais jamais eue. Il ne m'avait jamais
été donné de pénétrer ces mystères comme je le fis alors. Je voudrais savoir dire ou donner à entendre ce qui me fut alors montré, mais c'est au-dessus de mon pouvoir. Le divin Maître me découvrit des choses si grandioses que, quand je passerais toute ma vie à y réiléchir. j e ne pourrais j amais trouver de termes pour exprimer et faire sentir ce que mon Sauveur me laissa sentir en ce moment. Mon âme demeura dans une affliction si grande, que mes forces eussent été trop faibles pour en soutenir le sentiment, si Dieu ne me fut venu en aide. L'heure de la messe étant arrivée, je l'entendis; au moment de la communion, je me levai, mais je dus faire un grand effort; à l'instant où je m'approchai pour recevoir la communion, je vis que Notre- Seigneur était là couronné d'épines, et il me dit : Tu vois tout ce que f ai souffert; eh bien, tout cela est pour toi. J'étais comme hors de moi-même, incapable de proférer une seule parole. Je me rappelai alors celles-ci de saint Augustin : Seigneur, si j'étais Dieu et que vous fussiez Augustin , je me ferais Augustin , afin que que vous fussiez Dieu, tant est grand V amour que je vous porte. Je puis dire que ce même amour et ce même sentiment étaient dans mon âme, et que l'amour qui m'embrasait était excessif.
Quelques jours après, tandis que j'étais en oraison le matin, notre sainte Mère m'apparut sous les mêmes traits qu'elle avait en cette vie. Elle me témoigna beaucoup de bonté et d'amour, et cela à trois différentes reprises. Mon âme étant dans un profond recueillement, je fis effort pour en sortir; j'ouvris les yeux, et je vis que la sainte Mère était là; elle m'embrassa, et je l'embrassai à mon tour; puis elle resta quelques moments avec moi et disparut. Je demeurai profondément recueillie, et dans cet état je portai les yeux de mon âme sur le bon Jésus et sur sa sainte Mère, qui