LIVRE IV, CHAP. XII
étaient dans mon cœur, comme je l'ai dit. Tout à coup je vis dans mon esprit le Saint-Esprit et le Père éternel avec une grande majesté : ils étaient au-dessus de Jésus-Christ, comme quand ils vinrent pour son baptême, qu'il reçut des mains de saint Jean. Cette vision fut de très-courte durée ; mais mon àme en resta tellement remplie de Dieu, qu'à en juger par ce que je sens, je puis dire avec saint Paul : Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. Depuis cette vision, j'ai le bonheur, à certains jours, de jouir de cette même présence de Jésus- Christ Notre-Seigneur et de celle de sa sainte Mère.
Quelque temps après cette faveur, le glorieux saint Joseph, un matin à mon réveil, me mit sous les yeux toutes les grâces que Dieu m'avait faites, me montrant par là que j'étais de plus en plus obligée à tendre à la perfection.
Une autre fois, je fus pendant trois jours dans une telle obscurité et dans une telle angoisse d'àme, que je ne savais où j'étais. Le jour de la fête de saint Matthieu de cette année 1624, je m'en allai au chœur sur le soir, et je m'assis là, après avoir adoré le très-saint Sacrement comme j'avais pu. Or, de même qu'im rayon de lumière pénètre par une fente dans un appartement obscur, ainsi entra dans mon âme un petit filet de lumière, et j'entendis qu'on me disait : L'Époux t'aime bien, et il n'est pas content de te voir souffrir. Avec cette petite lumière, mon esprit fut ravi en Dieu; et, tout hors de lui, il disait en vers, exprimant avec un peu de différence dans les termes, ce que l'Épouse dit dans les Cantiques :
0 cristallina fuente.
Si en essos tus semblantes plateados
Formasses de repente
Los ojos dese ados Que tengo en mis entraùas dibujados.
0 source cristalline.
Si sur ta surface argentée Tu formais soudain Les yeux tant désirés Que je possède dessinés au plus intime de mon àme T, !
Cela satisfit et remplit mon cœur, qui était comme affamé et défaillant de faiblesse. Car, dans cet état d'obscurité d'où je venais de sortir, rien de ce que je vovais, rien de ce qui se présentait à moi ne me satisfaisait; je ne pouvais point méditer, comme je le fais d'ordinaire, car les méditations consolent; mais alors rien de bon ne se présentait à mon àme. Béni soit cet adorable Sauveur, qui ne peut souffrir que nous suyons dans la peine gans noua consoler, et qui mérite par là que nous Tannions avec la pureté qu'il désire, comme il me l'a montré depuis peu!