‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 195 sur 239 · LIVRE IV, CH.VP. XIII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CH.VP. XIII

devait connaître le Calvaire avec ses délaissements et sos douleurs. Ce fut vers les derniers temps de sa vie qu'il plut à Dieu d'achever de la purifier, en la faisant passer par le creuset et la fournaise des aridités, des abandons e! des souffrances intérieures. Mais, pendant que le divin Maître faisait partager ses douleurs et ses délaissements sur la croix à sa fidèle servante, son amour pour elle ne pouvait se résoudre à la voir entièrement privée de consolation. Parfois il lui parlait lui-même, et pour répandre le baume sur son crucifiement intérieur, il lui suffisait d'une parole comme celle-ci : Je serai ton compagnon jusqu'à ce que je f emmène avec moi au ciel. Mais ensuite, quand il s'absentait de nouveau, et il lui laissait boire à longs traits le calice de son abandon sur la croix, il chargeait une amie qu'elle avait à Saint- Joseph d'Avila de lui parler en son nom. Cette amie était Catherine du Christ, une des plus saintes âmes du Carmel d'Espagne. Née en 1565 à Yillacastin, dans la même ville qu'Isabelle des Auges et Ribera, l'historien de sainte Térèse, elle fut dès le berceau l'objet des prédilections du divin Maître. Sa sœur aînée, Marie de la Conception, était entrée à Saint-Joseph d'Avila; elle eût voulu la suivre, mais il lui fallut acheter ce bonheur par de longs combats. Enfin, en 1592, âgée de vingt-huit ans, elle vit s'ouvrir pour elle les portes de Saint-Joseph, et l'année suivante, le 20 avril, elle fit profession dans le degré de sœur converse et prit le nom de Catherine du Christ. Le divin Maître la conduisit par des voies très-élevées et la combla de faveurs. Catherine du Christ fut un ange de pureté, un prodige de pénitence, une âme ne respirant que le salut des âmes et l'amour de Dieu, digne en un mot d'être l'amie d'Anne de Saint-Barthélémy et de lui transmettre les messages du divin Époux. Entrée à Saint- Joseph d'Avila

douze ans avant le départ de la vénérable Mère pour la France, elle eut le bonheur, pendant cet intervalle, de la voir de près, d'être formée à son école et d'être en contact avec le brasier de charité divine qui consumait son cœur. Il s'établit entre elles une union qui devait être éternelle. Ces liens si forts et si tendres devaient un jour servir à seconder les desseins de Dieu sur Anne de Saint-Barthélémy. En effet, tandis que cette vierge endurait à Anvers ces peines dont elle nous a fait la peinture, Notre-Seigneur apparaît à Avila à sa chère Catherine, et lui fait connaître le crucifiement intérieur de son amie ; il lui déclare combien sa résignation lui est agréable, quel prix il réserve à son humilité et à sa patience, et il lui commande de lui écrire, lui rapportant les mêmes paroles qu'elle vient d'entendre. Catherine du Christs'empresse de transmettre à son amie le message du divin Maître. « Que le Saint-Esprit, l'Esprit de force, vous donne <( son amour et son rafraîchissement, mère de mon « âme. Vous exprimer et vous dire toute mon affection « et tout mon amour pour vous serait trop long; « c'est parce que vous m'êtes si chère, que rsotre-Seia gneur m'a apparu et m'a fait connaître vos angoisses « et vos peines. Voici les paroles qu'il m'a commandé <( de vous dire; mais qu'il vous les dise lui-même, et a vous, ma révérende Mère, recevez-les comme sortant a de sa bouche divine, car c'est à vous que toutes ces a paroles s'adressent. ciMa fille bien-aimée, fille chérie, a vois combien je t'aime et combien tu m'es chère. a Considère que pour ton amour j'entrai dans ce a monde, et que mon Père m'envoya boire un calice « d'amertume. Dès le jour de ma naissance, je goûtai « la croix; ma chair sacrée commença à souffrir, « et je ne cessai plus, en toute ma vie, ni jour ni nuit, « de sentir la croix; enfin, comme une brebis, je me

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