‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 196 sur 239 · LIVRE IV, CIIAP. XIII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CIIAP. XIII

« laissai conduire au supplice. Je me vis dans un « grand abandon, privé de mon honneur, de ma beauté, « de ma grâce, de toute consolation, et dans ime tri- « bulation où aucun homme ne se vit jamais. A mes « apôtres, comme étant mes amis, je fis cette fa- « veur de leur donner ma croix, et ils furent maltraités « comme moi. Quant à ma Mère, elle eut la plus grande « part à mes souffrances, elle fut la Reine des martyrs, « son martyre ayant été incomparablement au-dessus « de tous les autres. J'aime tant ma fille Anne, que je « la mets, pour la souffrance, au rang de mes apôtres. « C'est en preuve et comme gage de mon amour « que je lui envoie ces amertumes et ces tribulations; « et de même que j'éprouvai Job sur le fumier, et que (i ce fut dans l'abandon de ses amis et dans le plus « grand abattement que resplendit davantage la force « de son amour, de même j'éprouve ma fille Anne; « plus les tribulations intérieures et extérieures par « lesquelles je l'ai fait passer ont été grandes, plus a haute sera la gloire qu'elle doit recevoir de mes a mains ; et tant de martyres qu'elle souffre resplen- « diront dans la précieuse couronne que je lui destine. « A la fin, Anne, ma fille, je vous honorerai dans le <( ciel, je vous ferai asseoira ma table, et jevouspaye- « rai tout ce que vous avez souffert à mon exemple « dans un si grand abandon. Et puisque, par vos orai- « sons et votre exemple , vous m'honorez sur la « terre, je vous honorerai dans le ciel ; je vous y réserve « les plus grandes fêtes, et je vous donnerai tout ce « que je possède, tout ce dont je jouis. Et quelle gloire! (( elle n'aura point de fin. »

« Voilà, ma très-chère Mère, tout ce que votre trèsce aimant Époux nie charge de vous dire.

« Catherine du Christ. »

Cette lettre était écrite, mais avant qu'elle partît pour la Flandre, Catherine du Christ eut une autre vision admirable. La très-sainte Mère de Dieu et sainte Térèse lui apparurent et lui ordonnèrent d'écrire à la mère Anne de Saint-Barthélémy pour lui dire combien elles l'aimaient, et lui promettre de leur part les plus grandes faveurs. Catherine du Christ obéit sans délai et ajouta cette nouvelle lettre à la précédente :

a Tandis que j'entrais en oraison, après vous avoir a écrit, la très-sainte Mère de Dieu et notre sainte Mère « m'ont apparu et m'ont témoigné beaucoup d'amour. « Elles m'ont dit que l'amour qu'elles avaient pour a vous était très-grand, et elles m'ont ordonné de vous « le dire et de vous assurer qu'elles vous assisteraient « dans toutes vos peines et vos tribulations ; qu'elles « vous seraient toujours très-fidèles Mères jusqu'à la « fin, vous donnant toujours l'appui de leur faveur et « de leur consolation; que dans la vie future elles « vous feraient mille faveurs, et vous recevraient à bras « ouverts avec la plus grande tendresse ; qu'ainsi vous « deviez prendre courage et vous consoler beaucoup ; « que tout votre pèlerinage vous serait bien payé, et « que la récompense vous ferait surabonder de joie. « Voilà ce que la Mère de Dieu et notre sainte Mère <( m'ont dit.

«Un autre jour, après la communion, le divin « Maître me dit qu'il travaillait à orner votre cœur, et « l'embellissait des plus grandes vertus, qu'il vous « donnait tout ce qu'il possédait au ciel, et qu'il vous « le gardait; il ajouta que lui-môme resplendirait dans (t votre cœur, vous donnant une grâce au-dessus de « toutes les grâces, et qu'il serait le protecteur de toutes « vos religieuses; il me dit qu'il vous réservait la cou- « ronne des martyrs; que, sans verser votre sang, vous « étiez martyre dans votre volonté, et que votre vie avait

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