LIVRE IV, CHAP. XV
pagne inséparable de la séraphique Tércse triomphait à côté d'elle dans le ciel. Dion, qui les avait unies par un lien si étroit, se plaît à déployer la puissance de son bras pour montrer au monde combien l'une et l'autre lui sont chères, et combien il les honore dans son royaume. Il renouvelle pour Anne ce qu'il avait fait pour Térèse : à l'instant où Térèse comme une colombe s'envola au ciel, son corps virginal exhala un parfum qui inonda tout le monastère d'Albe. Quand son inséparable compagne s'envole dans les bras de son Dieu, tout le monastère d'Anvers est inondé d'une odeur céleste. Les deux vierges, au moment d'entrer dans la gloire, étaient comme des reines assises dans un char de triomphe; et, après le dernier soupir, elles conservaient cette majestueuse attitude : la paix du ciel, la béatitude du ciel, la gloire du ciel, se lisaient sur leur front et sur leur figure. Dieu veut que les funérailles des deux vierges soient un véritable triomphe.
Le lundi, les Carmélites d'Anvers transportent au chœur le corps de leur sainte Fondatrice et le placent en face de l'autel. Comme la nouvelle de sa mort s'était répandue dès la veille, il y eut un concours immense à l'église. Les catholiques habitants d'Anvers ne pouvaient se rassasier de contempler les traits de cette vierge; ils la vénéraient comme une sainte; ils se recommandaient à elle; et tous voulaient avoir quelque chose qui eût touché à sa dépouille virginale. Le premier jour, on fit toucher à ce saint corps plus de vingt mille chapelets ou images. A l'exemple des habitantsd'Aavers, les populations voisines accouraient pour voir la sainte, se recommander à son crédit dans le ciel, et avoir quelque objet de piété sanctifié par le contactdeson corps. L'infante Claire-Isabelle-Eugénie, afin de montrer la dévotion qu'elle avait toujours eue
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pour la servante de Dieu, voulut avoir son scapulaire. Bruxelles, dit Enriquez, fut dépeuplé; non-seulemen1 les plébéiens, mais les nobles, plusieurs princes el princesses partirent à l'instant pour venir vénérer ce saint corps avant qu'il fût mis dans le tombeau.
Dieu se plut à autoriser cette dévotion par un miracle. Une jeune fille d'Anvers, Catherine Lykens, tombe la tête la première dans une cave profonde ; la chute est telle que les médecins et les chirurgiens déclarent le mal sans remède et la mort prochaine. Alors, pleine de foi, la mère de Catherine court à l'église des Carmélites, se prosterne devant le corps de la vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy, et la supplie de lui rendre sa fille. Elle sent que la servante de Dieu a intercédé pour elle, se relève, vole à la maison, el trouve sa fille entièrement guérie. Cette guérison miraculeuse est bientôt connue dans toute la ville, et ne fait qu'accroître la dévotion envers la servante de Dieu.
On célébra ses funérailles avec la plus grande solennité.
Jusqu'au mardi, le saint corps fut exposé aux regards et à la vénération publiques. Il fut ensuite renfermé dans un cercueil et placé près de la grille du chœur. Les religieuses continuaient ainsi d'avoir leur sainte Mère à leur tête quand elles faisaient oraison ou qu'elles chantaient les louanges divines; etle peuple, insatiable de venir s'agenouiller à ce tombeau, n'était séparé que par la barrière de la grille, de la puissante Médiatrice qui ne cessait de lui faire ressentir les effets de son crédit auprès de Dieu.