LIVRE IV, CHAP. XVI
Sainte, et prieure à cette époque du Carniel de Gand, envoya à la reine un manteau qu'elle gardait et honorai!, parce qu'elle l'avait vu porter à la vénérable mère Anne de Saint-Barthélémy. Elle la suppliait en même temps d'avoir confiance aux mérites de cette grande servante de Dieu. La pieuse princesse reçut de grand cœur ce bon avis ; et ayant ordonné qu'on la couvrit de cette relique, elle sentit le mal la presser avec une telle force, qu'elle crut qu'elle allait y succomber. S'adressantà sa femme de chambre, elle lui dit : Salvage, qu'est ceci? Ce miracle m'emporte en Vautre monde. Mademoiselle Salvage lui répondit : Que Voire Majesté ait bon espoir. Madame; car j'ai appris que quand les saints veulent accorder la guérison, les maux augmentent d'abord. Peu après, la reine s'endormit, et d'un si bon sommeil, qu'il dura trois heures, au bout desquelles elle s'écria : Salvage, je suis guérie! Et faisant entrer les médecins qui attendaient son réveil, ils trouvèrent la reine sans trace de fièvre, et avec le pouls si sain qu'ils en publièrent la merveille. Ils ne s'opposèrent pas à la volonté qu'elle eut de la manifester, se levant aussitôt pour aller faire quelques tours en ville, et faire voir qu'elle avait recouvre une parfaite santé. Elle voulut aussi en donner un témoignage authentique, signé de sa main, et scellé de son cachet royal, que nous gardons dans les archives de notre couvent. En voici la copie fidèle :
« Marie, parla grâce de Dieu, reine de France et de Navarre, nous avons bien voulu déclarer que l'an mil sLx cent trente-trois, et le quatorzième du mois de juin, étant dans la ville de Gand, et ayant été travaillée quarante-quatre jours d'une fièvre lente continue, avec des redoublements toutes les nuits et de grandes inquiétudes qui nous privaient du sommeil; après avoir usé de tous les remèdes humains pour recouvrer la
santé, nous avons eu recours aux mérites et prières de la bienheureuse mère Anne de Saint-Barthélémy, que nous avions familièrement connue en France, où, par nos soins et instances, elle vint d'Espagne avec la mère Anne de Jésus et autres quatre religieuses pour établir les premiers monastères de son Ordre, et delà, étant passée aux Pays-Bas, est morte dans la ville d'Anvers depuis quelques années, avec grande opinion de sainteté; ce que nous avons appris de plusieurs personnes dignes de foi, et que Dieu avait fait des merveilles en faveur de ceux qui l'avaient invoquée ; ayant été aussi avertie que le manteau qu'elle portait étant en vie avait rendu la santé à beaucoup de malades, nous eûmes désir de le mettre sur notre personne. Ce qu'ayant fait dans l'octave de son trépas, et à l'heure de notre repos, nous sentîmes des douleurs extraordinaires en toutes les parties de notre corps, mais elles furent apaisées et suivies d'un doux et paisible sommeil, dans lequel la fièvre nous quitta entièrement. Ce que nous, et les médecins qui nous servent, avons jugé devoir être attribué aux prières de la bienheureuse mère Anne de Saint-Barthélémy et au contact de son manteau. De quoi nous faisons notre déclaration, afin qu'elle serve à la gloire de Dieu et à l'honneur de ses saints; et l'avons voulu signer de notre propre main, et faire sceller de notre scel. Fait à Bruxelles, le vingt-sixième de juin mil six cent trente et trois. » Était signé Marie, et en bas Deslandes. De côté est le scel royal sur de la cire rouge.
a Cette pieuse princesse ne se contenta pas d'avoir fait cette déclaration, mais pour donner une plus éclatante preuve de reconnaissance, elle fit vœu de travailler de tout son pouvoir à obtenir la béatification de sa grande bienfaitrice ; et elle vint la remercier à son tombeau, lui offrant une chasse de 8 à 10,000 francs, qui se garde