LIVRE 11, < IIAP. XV
homme qui Lui demandait l'aumône, en lui recoin mandant de se retirer aussitôt, de peur qu'on ne lui reprît ce qu'il venait de recevoir. On s'apercevait déjà qu'elle avait du goût pour la vie religieuse, parce qu'elle aimait à bâtir de petits couvents; et ce goût ne fit que croître avec l'âge. Une demoiselle que sa mauvaise santé obligeait de quitter le couvent des Carmélite? de Luesches lui ayant parlé avantageusement de cette maison, elle demanda à son père la permission de s'y présenter ; et après quelque résistance il la lui accorda. Elle prit dune l'habit religieux dans ce monastère en 1597; et l'on ajouta le nom de Saint-Bernard à celui qu'elle portait déjà. La tendresse paternelle se réveilla dans le cœur du chevalier Spinola, lorsque sa fille allait faire sa profession; et il fallut que cette courageuse fille soutint un nouveau combat contre la nature. Elle en sortit victorieuse, et elle fit ses vœux le 4 octobre 1598.
La sœur Éléonore de Saint-Bernard se distingua dès son entrée en religion par un attrait singulier pour les mortifications corporelles et un courage héroïque à surmonter toutes les répugnances de la nature. Elle était si obéissante à ses supérieures, que s'étant une fois prosternée, comme unie fait en certains cas chez les Carmélites, elle resta toute la nuit dans cette gênante posture, parce qu'on avait oublié de la faire relever. Pendant l'oraison, son cœur était si embrasé de l'amour divin, qu'on dit avoir vu un jour des rayons de lumière sortir de sa poitrine. Elle aimait à servir les malades ; et il se présenta une occasion de satisfaire pleinement le goût qu'elle avait pour cette œuvre de charité : une maladie générale retenait à l'infirmerie les religieuses de la maison, et il n'y avait qu'elle et la prieure qui fussent en état de secourir les autres.
En 1599, quoiqu'on n'eût pas encore à Luesches
«onnaissance du projet qui avait été formé, de faire venir en France des Carmélites espagnoles pour y établir leur Ordre, le frère François de l'Enfant-Jésus prédit à la sœur Éléonore qu'elle serait du nombre de relies qu'on y enverrait. Lorsque la mère Anne de Jésus ramenait en France, elle voulut lui procurer la satisfaction de voir son père : pour la faire jouir decelte douce entrevue, il ne fallait que se détourner un peu de la route. Mais la sœur Éléonore ne voulut pas consentir à ce petit détour, pênrte que son obédience portait quelle irait droit en France. Pendant le voyage, elle forma une intime liaison avec la sœur Anne de Saint- Barthélémy ; et. comme on l'a vu, elle fut la seule des religieuses espagnoles qui pensa que cette sœur devait prendre le vraie noir, pour être établie prieure du nouveau monastère de Pontoise. La sœur Éléonore fut élue sous-prieure du couvent du fa ubourg Saint- Jacques, lorsque la mère Anne de Saint-Barthélémy vint y être prieure. Elle aida beaucoup cette mère à remplir les fonctions de sa place. Irœ des grandes grâces que Dieu m'ait faites, lui dit un jour la mère Anne de Saint-Barthélémy, c est de m 'avoir donné l'aide de Votre Révérence. Ma fille, Dieu veut que nous ayons toutes les deu.r un même esprit et une même volonté.
La mère Anne de Jésus n'ayant pas voulu aller dans les Pays-Bas sans la mère Éléonore. celle-ci crut. devoir l'y suivre. Elle fut employée à la fondation des Carmélites de Bruxelles, de Louvain et de Mons ; et elle devint prieure du dernier de ces couvents. Elle y eut quelques chagrins, qui l'engagèrent à se démettre de sa place : mais la mère Anne de Jésus témoigna hautement qu'elle s'y était bien conduite. Pendant les quatre années que la mère Eléonore passa ensuite à Bruxelles, elle contribua à faire venir dans les Pays- Bas fêS Carmes réformés et la mère Anne de Saint-