‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 76 sur 239 · LIVRE U, CHAP. xv · texte numérisé non relu

LIVRE U, CHAP. xv

délibéré. Son cœur était si uni à Dieu, qu'elle disait encore : Il ne faut pas même lever de terre un brin de paille, si on ne le fait pas pour l'amour de Dieu. Dure à l'égard d'elle-même, elle était pleine de douceur à l'égard des autres ; et ses paroles donnaient de la consolation aux âmes affligées.

L'estime dont la mère Béatrix jouissait à Bruxelles, non-seulement dans le monastère, mais encore dans la ville et à la cour de l'infante Isabelle, lui fit désirer de retourner en Espagne. Elle était persuadée qu'on l'avait oubliée dans ce royaume, depuis vingt-six ans qu'elle en était sortie ; et qu'elle pourrait y mener une vie obscure et cachée en Dieu avec Jésus-Christ. D'ailleurs, elle regrettait toujours son couvent de Salamanque, à cause de sa pauvreté. On dit aussi que son neveu, le comte-duc d'Olivarez, premier ministre d'Espagne, la pressa de revenir dans son pays natal. Elle obtint donc du général des Carmes de la Congrégation espagnole la permission de revenir sous son obéissance. Les Carmélites des Pays-Bas, les Carmes de la Congrégation italienne qui les gouvernaient, et toute la cour de l'infante, firent tous leurs efforts pour la retenir à Bruxelles : mais elle persista dans sa résolution, et quitta cette ville dans le mois d'avril 1630, Elle portait encore l'habit avec lequel elle était sortie d'Espagne ; et, depuis la mort de la mère Anne de Jésus, elle faisait usage du manteau que cette respectable mère lui avait laissé, et dont elle s'était servi pendant cinquante et un ans : les Carmélites de Salamanque conservent précieusement ce manteau, comme ayant été porté par deux saintes.

L'infante Isabelle fit les frais du retour de la mère

Béatrix en Espagne, et lui donna des personnes pou?

l'accompagner dans la route. Les Carmélites de Bruxel

es écrivirent à celles de Sala manque, à l'occasion du

départ de la mère Béatrix , et les prièrent de leur envoyer un des bras de cette mère quand elle serait morte : tant était grande l'idée qu'elles avaient de sa sainteté.

La mère Béatrix passa par Douai, Cambrai, Paris et Bordeaux. De cette dernière ville, elle écrivit à la mère Isabelle de Saint-Paul, qu'elle avait retrouvé le premier couvent de Paris dans la même ferveur où elle l'avait laissé en partant pour les Pays-Bas. Les supérieurs des Carmélites de France avaient ordonné que dans toutes les maisons où elle passerait, on lui tendît les honneurs qu'on rendait aux fondatrices. Partout on lui fit des instances pour qu'elle restât dans le royaume ; et partout elle répondit qu'elle voulait mourir sous F obéissance des supérieurs qui avaient reçu ses vœux. En passant par Albe, elle visita le tombeau de sainte Térèse. Enfin, le 27 juin 1630, elle arriva au monastère de Salamanque, et elle n'y trouva que quatre des religieuses qu'elle y avait laissées.

Quatre mois après son arrivée au couvent de Salamanque, on voulut l'élire prieure : mais elle s'y opposa, en disant avec humilité, qu'elle ne connaissait pas assez la înaison, pour se charger de la gouverner. À son refus, on nomma sa sœur, qui était aussi carmélite. Mais celle-ci étant morte au bout de quelques mois, la mère Béatrix fut obligée de consentir à prendre sa place. Elle montra à Salamanque les talents et les vertus qu'elle avait montrés en France et dans les Pays-Bas. Elle avait toujours le don des miracles; et on dit qu'elle les opérait en faisant trois signes de croix.

Lorsque la mère Béatrix eut achevé son priorat, elle <>btmt éfes supérieure la oràce de n'être plus que simple religieuse. Bi'Hi l'épmuva par des peines d'esprit otdesmaladi«\- -de corps; et néanmoins elle continua

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