CHAPITRE PREMIER
Voyage de M. de Brétigny en Espagne, quelques années avant
la Fondation du Carmel de Paris. — Il essaye, mais en vain, d'obtenir des Carmélites espagnoles pour la France. — Obligé de renoncer pour le moment à son dessein, il emporte avec lui les livres de la sainte Fondatrice, et les fait traduire en langue française. — Cette lecture redouble dans les Français le désir d'avoir des Mlles de Sainte-Térèse. — Ils y travaillent pendant plusieurs années; enfin leurs démarches sont couronnées de succès. — MM. de Brétigny, de Bérulle, René Gauthier, et tiv.is dames françaises, viennent en Espagne, et amènent en France six Carmélites espagnoles.
Quelques années avant notre départ pour la France, M. de Brétigny avait fait un voyage en Espagne. Il sollicitait, avec les plus vives instances auprès des supérieurs de l'Ordre , l'autorisation d'emmener des Carmélites espagnoles en France ; mais il ne put alors réussir dans son dessein. Xe pouvant obtenir des Carmélites, il emporta les livres de la Sainte et les fit traduire en français. Comme dans ces livres elle parle tant en faveur de la France, les serviteurs et lesser-
vantes de Dieu qui avaient delà dévotion à notre sainte Fondatrice s'affectionnèrent de plus en plus à elle, et prirent un nouveau courage.
Ils réunirent dans quelques villes une élite de demoiselles très-vertueuses pour les initier peu à peu à l'esprit de ce nouvel Ordre. Ces réunions une fois bien établies, ils demandèrent au roi l'autorisation de fonder un monastère à Paris, désirant à cette fin faire venir des Carmélites;d'Espagne ; mais, dans le cas où les Carmélites ne seraient pas accordées, leur plan était de faire venir d'Espagne nos constitutions, et de les enseigner à ces demoiselles qu'ils avaient réunies dans le but de leur donner l'habit et de les rendre filles de l'Ordre de notre sainte mère Térèse.
Ce premier fondement posé, ce serviteur de Dieu que j'ai nommé plus haut, M. de Brétigny, revint en Espagne, et emmena avec lui trois dames françaises de qualité (1). Elles devaient, s'il réussissaitdans son entreprise, conduire avec elles les religieuses espagnoles en France. De plus, durant leur séjour en Espagne, elles devaient apprendre la langue du pays. MM. René Gauthier et de Bérulle se rendirent aussi en Espagne, et ce ne fut pas sans courir de grands dangers sur mer, ainsi qu'ils le racontent eux-mêmes. Car Notre - Seigneur éprouvait leur courage de toutes les manières et en toutes sortes d'occasions. Mais ils étaient si fidèles à Dieu et si fermes dans leur dessein, que rien ne les ébranlait. Ils furent plusieurs mois en Espagne sans pouvoir obtenir que l'Ordre leur donnât des religieuses. Voyant cela, M. de Bérulle et les autres firent leur devoir, et ils travaillèrent presque une année entière avant d'obtenir des supérieurs de TOr-
(i) Madame du Pucheul, madame Jourdain et mademoiselle Rose Lesgu.