‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 83 sur 239 · EN RELIGION ANDRÉE DE T0US-LES-SA1NTS · texte numérisé non relu

EN RELIGION ANDRÉE DE T0US-LES-SA1NTS

Première novice, première professe et première fleur du Carme) de France transplantée au ciel.

La paix régnait partout où était ma pieuse Andrée.

(Bienheureuse Marie de l'Incarnation.)

La ville d'Orléans, entre tant d'autres gloires, a celle d'avoir donné le jour à cette vierge chrétienne. Il entrait dans les desseins de Dieu que la cité de Jeanne d'Arc enrôlât sous la bannière de sainte Térèse la première héroïne qui devait marcher en tète des Carmélites de France, et qui, la première, devait cueillir la palme de la victoire. A ce titre, la mémoire d'Andrée Le voix mérite d'être à jamais conservée et bénie parmi nous.

Le plus beau privilège de cette vierge fut d'avoir été choisie de Dieu pour être dans le monde la compagne inséparable de la bienheureuse Marie de l'Incarnation, comme la sœur Anne de Saint-Barthélémy avait été choisie pour être la compagne inséparable de sainte Térèse dans le Carmel. L'une et l'autre avaient un ministère tout angélique à remplir; l'une et l'autre avaient un sancta sanctorum à garder. Elles s'acquit-

tèrent comme des linte mission que Dieu

leur avait donnée.

L'historien de la bienheureuse Marie de l'Incarnation nous met sous les yeux les rapports intimes qui existèrent entre elle et la jeune Andrée Levoix.

u Rien ne montre mieux, nous dit-il, jusqu'où cette sainte femme portait le désir de son avancement spirituel que l'accord qu'elle fit avec une jeune personne à peu près de son âge, qu'on lui avait donnée à son retour de Longchamps, pour la servir et lui tenir compagnie. Cette pieuse fille, nommée Andrée Levoix et native d'Orléans, suivit sa jeune maîtresse dans la maison de M. Acarie, et demeura avec elle jusqu'à la fondation des Carmélites; à cette époque, elle entra dans cet Ordre, et c'est la première qui y ait pris l'habit religieux. Malgré la différence des conditions, le désir d'avancer dans le chemin de la perfection avait uni Madame Acarie et la jeune Andrée Levoix parles liens d'une amitié sincère; et elles vivaient ensemble comme des sœurs; une sainte émulation les excitait à la pratique de la vertu : elles se faisaient de mutuelles confidences sur leurs dispositions intérieures et sur les que Dieu leur faisait dans la prière.

Pendant les premières années de cette édifiante union, la vivacité de l'âge occasionnait quelquefois entre elles de petits débats, quand leurs sentiments étaieni d rents : mais elles étaient convenues ensemble que, quand l'une parlerait avec trop de feu, l'autre s'attacherait à parler avec plus de douceur, pour rappeler la première au ton de la modération. Si devant d'autres personnes il leur échappait des ris trop forts ou des paroles immodérées, elles faisaient un signe coiv • ou elles se touchaient légereraentle bras, pour s'avertir delà petite faute qu'elles avaient commise. Une chose plus admirai )le encori

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Ltre de ce qu'elles «raient fait deréppéhensible dans la journée. Madame Aearie. à genoux aux pieds de celle qui était attachée . lui avouait les moindres fautes qu'elle tait d'avoir faites, et la suppliait de lui dire si elle ne lui en ava i i pas vu fa i re d'au! re^ : Andrée Le voix , humiliée elle-même de l'humilité de samaitresse.voulait la faire relever, refusait de l'écouter, se bouchait veilles pour ne pas l'entendre, et, enfin, ne consentait à recevoir ses humbles aveux que pour avoir le droit de faire à son tour des aveux semblables.

Le môme historien nous rapporte l'impression que produisit sur Madame Aearie la lecture des bons livres. Cette âme fidèle put dire avec autant de vérité que sainte Térèse : Heureusement j'étais déjà amie des bons livres, et ils me donnèrent la vie (\).

«Deux maximes qu'elle y remarqua contribuèrent particulièrement à l'élever à cette haute perfection à laquelle ell^ panant. La première, qu'elle lut dans la vie de saint-François d'Assise (2), était celle-ci : Nous ne sommes réellement que ce que nous sommes devant Dieu . Elle comprit de là le peu de fonds qu'il faut faire sur le jugement des hommes quand il n'est pas conforme à celui de Dieu ; et elle fut pendant plusieurs jours si occupée de cette idée, qu'elle ne pouvait penser à autre chose. La seconde maxime, qui e3t tirée de saint Augustin (3) et qu'elle trouva dans un ouvrage de piété, était ainsi conçue : Trop est avare à qui Dieu nesufpt.CutiQ maxime, au rapport de Duval, la frappa comme d'un coup de tonnerre ; il se fit en elle un changement si prompt et si grand, qu'il fut sensible à tous ceux qui l'approchaient. Ce n'était plus la même

(i) Vie de sainte Térèse écrite par elle-même, chap. m. Voy. le P. Chalippe, p. 364.

ar 1 rpitre de saint Jean.

personne; ses idées et ses sentiments étaient devenutout différents; il semblait qu'elle eût une autre àme, un nouvel esprit et un nouveau cœur. Cette maxime expressive était sans cesse présente à sa pensée ; elle la répétait souvent ; elle aurait voulu la graver dans tous les lieux, et en faire sentir l'énergie à tous ceux qu'elle voyait. 0 mon Dieu \ s'écriait-elle fréquemment, qui pourra nous suffire si vous ne nous suffisez pas? Et si nous vous suffisons, puisque votre unique désir estde nous sauver, comment vous-même ne nous suffiriez -vous pas ?

8 Madame Acarie avait à peu près vingt-deux ans, lorsque la main divine imprima dans son cœur la maxime que nous venons de rapporter: c'était vers 1588. Cette époque est celle de son union plus intime avec Dieu, et de toutes les faveurs extraordinaires dont il la combla presque continuelleiuentjiisqu'àlamort : tant une seule maxime quand elle est bien méditée, peut servir à notre avancement spirituel!

« L'amour divin, qui, comme un trait perçant, avait blesse son cœur, était si vif, qu'elle tombait très-souvent en extase. Elle perdait alors l'usage de la parole et celui des sens; elle restait ainsi sans mouvement des heures entières. La plus légère pensée des choses de Dieu, le moindre mot de piété, suffisaient pour la faire tomber dans ces états. Ils lui survenaient ordinairement dans l'oraison, pendant l'office ou à la communion ; elle était alors tout abîmée en Dieu : on la voyait demeurer immobile dans la posture qu'elle avait prise auparavant, la tète et le corps fermes et droits, les mains jointes ou croisées sur la poitrine, les yeux fermés ou laissant couler de douces larmes; et le visage, qu'elle avait très-beau, brillant d'un éclat céleste, qui portait les spectateurs à la dévotion. Ce fut aussi çhiuï ces états que Dieu lui donna des visions et

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