LIVRE III, CHAP. TV
lui fit dos révélations dont nous aurons plus d'une fois occasion déparier. »
A partir de cette époque, Madame Acarie ne cessa plus de pratiquer les vertus dans ce degré héroïque qui l'a fait placer sur les autels.
Sa chère Andrée, sa sœur en Jésus-Christ, sa confidente intime, témoin de tant de sainteté et de grâces si extraordinaires, se sentait de plus en pi as embrasée du désir d'avancer dans les voies de la perfection. Qu'on juge des progrès qu'elle dut y faire sous la direction d'une maîtresse spirituelle si favorisée de Dieu! Pendant plus de vingt ans, elle se vit comme en contact perpétuel avec cette grande lumière et ce brasier d'amour divin. De toutes les premières filles de sainte Térèse, nulle, avant d'entrer dans le Carmel, n'avait eu le bonheur de vivre vingt ans avec une sainte, nulle n'avait été ainsi préparée par un noviciat de plus de vingt ans à l'honneur de porter le saint habit de la Vierge. Ce privilège était réservé à Andrée Levoix. Elle répondit si bien à la grâce, Dieu la trouva si fidèle et si agréable à ses yeux, qu'il la choisit pour être la première pierre de l'édifice du Carmel en France. Elle fut la première novice et la première professe de l'Ordre ; et, de toutes les Carmélites de ce royaume, la première pour qui le ciel devait s'ouvrir, et qui, la première, devait se voir dans les bras de
sainte Téièse, c'était cette bien-aimée du Seigneur,
c'e. lit la compagne inséjmrable de Madame Acarie.
Écoutons encore l'historien de la bienheureuse (1) : « Pour consommer l'œuvre de la fondation, il ne restait plus qu'une chose à faire, c'était de recevoir des novices dans le couvent. Les postulantes de la petite congrégation de Sainte-Geneviève que Madame Acarie
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formait depuis deux ans pour le Carmel, soupiraient après le moment d'y entrer; et il n'y en avait aucune parmi elles qui ne désirât d'être mise au nombre des premières qu'on recevrait. Pendant le reste du mois d'octobre, on s'occupa de cet important objet. Comme les Carmélites espagnoles n'entendaient pas la langue française, elles laissèrent aux supérieurs le choix des novices. Ceux-ci s'en étaient rapportés jusqu'alors à madame Acarie, quand il avait été question d'admettre ou de refuser les sujets qui se présentaient pour entrer dans la petite congrégation. Ils la chargèrent encore de choisir parmi les postulantes de cette congrégation, celles qui les premières prendraient l'habit religieux. Mademoiselle d'Hannivel, Madame Jourdain, et Andrée Levoix, furent les trois novices qu'elle choisit. La mère Anne de Jésus fixa la cérémonie de leur prise d'habit aujourde la Toussaint. Pour qu'elle se fit avec plus de pompe, elle pria la duchesse de Longueville de conduire Madpmoiselle d'Hannivel, la princesse d'Estoute ville, de conduire Madame Jourdain ; et Madame Acarie, de conduire Andrée Levoix. Mademoiselle d'Hannivel devait prendre l'habit la première des trois : mais la Providence disposa les rangs d'une autre manière, et l'on suivit la disposition qu'elle avait faite. Lorsque la porte du couvent fut ouverte, la mère Anne de Jésus, au lieu de prendre mademoiselle d'Hannivel, alla droit h Andrée Levoix, et la fit entrer avant ses compagnes. Celles-ci, par esprit d'humilité, demandèrent qu'on ne dérangeât pas cet ordre : on se rendit h leur demande, et Andrée Levoix devint la première novice de l'Ordre. Elle fut, appelée Andrée de Tous-les-Saints; mademoiselle d'Hannivel, Marie delà Trinité; et madame Jourdain, Louise de Jésus.»
A la fin du carême de l'année 160."), le ciel reçût les