‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 93 sur 239 · LIVRE m, CHAP. VIII · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAP. VIII

grandes consolations, et m'estimant heureuse Me vi-

•.intes âmes, je reçus dudivin Maître une nouvelle faveur. Étant un jour au réfectoire, j'entrai durant quelques Instants dans un recueillement surnaturel; et dans ce court espace de temps Notre-SeigneUf m'anparut de cettç manière: il était dans sa gloire, et au ciel ; il y avait entre lui et moi une trèsgrande distance, et ce n'était pas comme dans d'autres visions; il me montra que bientôt les supérieurs m* emmèneraient à Paris, que je devais m'y préparer, que j'allais au-devant de travaux et de mépris plus grands que les passés. Ce ne fut pas sans quelque peine que j'entendis cette prédiction; d'un côté parce que je suis faible, et de l'autre parce que Nôtre-Seigneur me tenait dans ce monastère de Pontoise comme dans un ciel ; il me comblait de faveurs ; il était, ce semble, sans cesse auprès de moi pour chaque chose ; il me parlait, il m'enseignait ce que j'avais à faire comme un père enseigne ses enfants. Je dois le dire aussi : il m'en coûtait de me séparer de ces àrnes qui paraissaient des anges. Le divin Maître ne les laissait point toucher terre, il les portait en quelque sorte dans ses bras, tant il versait en elles de consolations et d'allégresses spirituelles. Puis les habitants de Pontoise étaient si chrétiens et si bons ! Nos rapports étaient tels, qu'on eut dit que j'étais née au milieu d'eux. On n'eut pas plutôt appris dans la ville qu'on devait m'ôter du monastère, que les hommes prirent les armes pour l'empêcher. C'est pourquoi il fallut me faire partir à minuit et enjoindre aux religieuses au nom de l'obéissance de garder le secret. Un des supérieurs vint me chercher, amenant avec lui un de mes neveux qui étudiait à Paris; et afin d'empêcher les gens de me reconnaître, on m'enleva mon manteau blanc et l'on mit le manteau de mon neveu sur nies épaulés et son

chapeau sur ma tête. C'est ainsi que nous sortîmes de la ville, car à Pontoise les portes de la ville ne sont point fermées durant la nuit. Les religieuses n'apprirent mon départ que le matin, lorsque celle qui me remplaçait alla leur faire chanter la messe. Ce furent alors de tels soupirs et de telles larmes, qu'on apprit bientôt dans la ville que j'étais partie. Tous les habitants, et particulièrement ceux qui avaient leurs filles chez nous et qui les voyaient si désolées, ressentirent la plus vive peine de mon départ.

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