LIVRE HT, CHAP. VIII
m me faisait voir quelcnie ch semblable
dans mon âme. Avec La même douceur et dans le même silence, l'âme va tirant de soi et donnant à Dieu ce qu'elle a reçu de lui. Et, à l'exemple du petit ver à soie, elle s'enferme en elle-même comme dans un tombeau qui la sépare de toutes les créatures, et avec un doux amour qu'elle tire sans cesse comme un fil délicat du fond de son cœur, elle aspire à s'en aller de cette vie. Mourir est la vraie vie de cette àme, et elle voudrait avoir mille vies pour les sacrifier à Dieu, et mériter ainsi de plus grandes faveurs de sa part. Toutes les choses lui sont alors à dégoût et lui pèsent; rien ne peut la satisfaire, si ce n'est de donner sa vie pour le Bien-Aimé.
Un jour, à Pontoise, je me plaignais à Notre-Seigneur de ce que j'étais entièrement incapable de la charge qu'il m'imposait; je lui représentais ma pauvreté, lui disant que je n'étais qu'une paille. Et le divin Maître me répondit : C'est avec des pailles que j'allume le feu.
Un autre jour, le samedi après l'Exaltation de la sainte Croix, tandis que je récitais les Heures, je sentais croître dans mon àme un grand désir de plaire à Dieu, si je le pouvais en quelque chose. Mais je voyais que je n'étais qu'un petit ver de terre, que je ne savais et que je ne pouvais rien, ni pour Dieu ni pour les hommes. Et néanmoins j«i voyais que dans mon cœur brûlait un indicible désir de faire mes œuvres de telle sorte qu'elles procurassent gloire à Dieu et à ma sainte Mère Térèse de Jésus ; je ne désirais pas d'autre récompense de mes travaux. Je sentais une grande tendresse d'amour et un grand recueillement s'emparer de mon àme : Jésus-Christ était près de moi, et il me dit: C'est ainsi que je te veux, sans pouvoir ni savoir, afin rie faire par toi ce que je veux: car les sages du
monde, avec leur prudence humaine, -ne in écoutent pas. ilî pensent tout savoir.
Je vivais on ne peut plus consolée dans ce couvent de Pontoise. Je voyais avec bonheur les tilles qui étaient sous ma conduite observer avec une fidélité parfaite la règle et les constitutions. Mais je ne tardai pas à m'apercevoir que les supérieurs formaient le dessein de me rappeler à Paris pour me mettre à la tète du couvent. J'en eus une peine très-sensible, parce que j'allais me trouver au milieu d'une trèsgrande ville, et d'une ville où réside la cOur. Un jour, tandis que j'étais dans une sorte d'angoisse intérieure, et comme confuse de ne pas me trouver bien résignée à aller à Paris, j'entrai dans un profond recueille-^ ment; et comme il paraissait bien que Dieu voulait cela de moi, j'avais scrupule de m'excuser. Ainsi je formai de nouveau une ferme résolution d'obéir en tout au bon plaisir de Xotre-Seigneur, et je lui dis: Faites de moi, Seigneur, ce qu'il vous plaira; je vois clairement que je ne suis point capable de cette charge: la seule pensée rn inspire de grandes craintes; en outre, c'est pour moi un grand mépris que de rencontrer l'honneur; pourquoi, Seigneur, roulez-vous me soumettre à cette épreuve ? Au même instant, mon adorable Maître m'apparut dans son humanité et dans sa gloire, et il y avait une si grande lumière depuis le ciel où il était jusqu'à moi. qu'il semblait tout près de moi, et il me dit : Ainsi doivent marcher ceux qui font les œuvres de Dieu, car c'est ainsi que je marchai sur la terre, affligé au milieu des honneurs et des déshonneurs. A ces paroles, je sentis une joie, une consolation, un amour indicible ; je demeurai confondue en moi-même, et je repris courage pour me rendre à Paris.
A cette époque, et avant d'avoir passé une année entière à Pontoise, sentant, comme je l'ai dit, de