CHAPITRE XXIX
Vox Dei.
La voix de Dieu devait suivre la voix du peuple, ' ou plutôt la voix du peuple chrétien est la voix même de Dieu ; mais il appartient à l'Eglise de la proclamer, et elle seule a droit de la sanctionner. Elle éprouve d'abord la sincérité des sentiments populaires. Elle les conserve et les confère dans son cœur jusqu'au jour où elle peut les déclarer et les consacrer aux yeux de tous les fidèles.
Dans le beau mandement qu'il a publié à l'occasion de l'introduction de la cause de la Vénérable Mère Emilie, Ms" Bourret, évêque de Rodez, explique ce travail préliminaire qui a pour origine et pour fondement la piété publique envers les grandes âmes enrichies des plus beaux dons de Dieu.
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Après une rapide et courte analyse do la vie do la Vénérable Mère Emilie, le prélat disait :
« Il était bien naturel que celle que l'on avait, de son vivant, surnommée la sainte, fût après son trépas acclamée comme telle par ceux qu'elle avait tant édifiés. C'est ce qui est arrivé. A peine cette grande servante de Dieu a-t-elle eu terminé sa belle vie, qu'un renom toujours croissant de sainteté, et même de miracles opérés sur son tombeau devenu glorieux, a porté l'autorité diocésaine à faire toutes les enquêtes préliminaires que l'on a coutume de faire, lorsque quelque dévot personnage a laissé après lui une grande odeur de vertu et un large sillon de mérites. Le vénérable Ms"' Delalle, que vos justes regrets suivent toujours dans la tombe, a passé une partie de son épiscopat à préparer l'instruction de cette cause qui intéresse à un si haut point le diocèse, et après les recherches et les constatations les plus détaillées, menées à bonne fin par les hommes consciencieux auxquels il avait confié ce doux travail, il a déposé, en 18G7, toute cette procédure préparatoire entre les mains de la Sacrée Congrégation des Rites, pour qu'elle fût soumise au Souverain-Pontife, à qui seul appartient d'introduire les causes de béatification et de canonisation dans l'Eglise.
« Après avoir examiné, à son tour, toutes les enquêtes et tous les témoignages recueillis sur les lieux par l'autorité ordinaire, la Sacrée Congrégation a décidé à l'unanimité des votants, ce qui est chose remarquable, dit-on, et d'un bien bon augure pour l'avenir, qu'il y avait lieu de proposer à notre Saint-Père le Pape : de signer la commission d'introduction de cette cause, pour le cas et l'effet dont il s'agit. Cette proposition faite le 2 mars 1872, aux instances de l'éminentissime cardinal Sacconi, rapporteur de la commission, et du chanoine Gustave Gallot,camérier d'honneur de SaSaintet(!,ct postulateur en titre de la cause, le Saint-Père a bien voulu accéder
aux prières qui lui étaient faites, et, de sa main auguste, il a confirmé la sentence de la Sacrée Congrégation, et signé, le 7 mars de la même année, la Commission d'introduction de la cause de la vénérable servante de dieu, sœur Marie-Guillemette-Emilie de Rodât, institutrice des sœurs de la Sainte-Famille.
« Ce décret nous été bientôt après notifié, et nous l'avons reçu avec une joie que vous avez tous partagée, et une reconnaissance profonde envers l'illustre Pontife qui nous l'avait octroyé. Nous l'avons fait afficher aussitôt aux portes de notre cathédrale et des autres églises et chapelles de la ville épiscopale, comme aussi dans les principales maisons des sœurs de la Sainte-Famille, et nous l'aurions déjà publié dans tout le diocèse, si nous n'avions cru devoir attendre auparavant les lettres rémissoi'iales, qui nous délèguent le soin de commencer la série des procès apostoliques, qui doivent, avec l'aide du ciel et le secours de vos prières, conduire un jour notre sainte fondatrice aux honneurs du culte public, qu'il est maintenant réservé au Pape seul de lui décerner. Nous voulions ainsi, du même coup, vous demander de témoigner vos sentiments de respectueuse gratitude à N.-S. et à son Vicaire, par les prières d'action de grâces que mérite cette insigne faveur, et solliciter en même temps de votre piété de nouvelles et ferventes oraisons, pour que Dieu daignu manifester la gloire de sa servante, et nous donner à nous l'assistance nécessaire pour bien diriger et mener à heureuse issue les actes nouveaux de cette grande procédure, qui vont commencer.
« Ces lettres nous sont parvenues, depuis quelques semaines, et nous allons nous mettre à l'œuvre sans plus de délai, afin que rien ne retarde plus la marche de cette affaire si importante pour notre pays, et que nous puissions voir encore, s'il est possible, le nom de la Mère Emilie inscrit par l'autorité de l'Église dans le canon des Saints.
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« Priez donc bien, N. T. C. F., le Dieu qui aime à être pjlorifié dans l'assemblée des élus, de répandre sur tous ceux qui doivent travailler à cette cause, l'esprit de lumière, de zèle et de ferveur qui est indispensable pour qu'elle soit traitée selon nos communs vœux, et demandez au Seigneur que nous nous montrions dignes du grand honneur que vient de nous faire le Vicaire de Jésus-Christ, en jugeant les vertus et les œuvres de la Vénérable Mère Emlie assez élevées, pour être soumises aux grandes assises de l'Eglise, et y être examinées comme présentant tous les caractères de l'exception et de l'héroïsme. »
Gomme le dit M^'' l'Evèque de Rodez, la cause une fois introduite et remise aux mains du Souverain Pontife, était enlevée désormais aux pouvoirs de l'Ordinaire. L'Evèque n'avait plus cà y intervenir qu'en vertu des délégations formelles du Pape. Investi par les lettres rémissoriales de la délégation d'ouvrir la série des procès apostoliques, Ms'' l'Evèque de Rodez, dans le dispositif de son mandement, confiait cette grande entreprise aux prières des fidèles de son diocèse et à celles tout particulièrement des Sœurs de la Sainte-Famille. Il leur recommandait expressément ainsi qu'à toutes les personnes qui avaient connu la Mère Emilie, « aux membres (c de sa famille, aux habitants do Villefranche et des « localités où elle a fondé dos Maisons, » de recueillir leurs souvenirs et de noter par écrit les moindres faits et les moindres paroles se rattachant à cette Vénérable Servante de Dieu. « Rien n'est « petit dans la vie des saints, disait excellemment le
« Prélat, et tout y présente un vif éclat, même les (( choses qui paraissent les plus insignifiantes, lors- (( qu'elles viennent des témoins qui ont vu les (( Serviteurs de Dieu et ont conversé avec eux. »
Entrant dans les détails pratiques, le Prélat expliquait comment il fallait noter ces souvenirs, à mesure qu'ils se présentaient à l'esprit ; et ces recommandations minutieuses témoignent du prix que l'Église met à fixer et à garder la mémoire des moindres dires et des moindres gestes des âmes privilégiées. A la vénération pour les Serviteurs de Dieu , elle unit le désir de ne décider qu'en pleine connaissance de cause, après ^oir pénétré et pesé tous les détails des vies dont elle veut porter le jugement devant Dieu et devant les fidèles.
Dans un des articles du dispositif, Ms'" l'Évêque de Rodez ordonnait « aux Sœurs de la Sainte-Face mille et au clergé de Villefranche de faire tous (c leurs efi'orts pour retrouver les restes et les osse- (c ments des trois Sœurs qui ont aidé la Mère Emilie « à fonder sa congrégation, particulièrement les « restes des Sœurs Marie Bon tarie et Eléonore Duce triac pour qu'on les garde, bien entendu sans ce aucune marque de culte extérieur, à côté de ceux ce de la Vénérable Mère Emilie et du respectable ce M. Marly qui fut leur conseil et leur guide dans ce les saintes entreprises de leur zèle et de leur ce dévouement. »
En même temps qu'il donnait toutes ces près-
criptions pour la mémoire des saints, W'^ l'Evêque de Rodez, en vertu des lettres rémissioriales, entamait les procès apostoliques.
Sitôt après l'introduction de la cause, le procès de non cultu déjà dressé par l'Ordinaire avait été examiné à Rome. On sait le but de cette procédure préliminaire. Elle doit établir que conformément aux décisions du Pape Urbain VIII, aucun culte n'a été rendu à la mémoire du Serviteur de Dieu. La décision affirmative du juge délégué par le révérendissime, Evêque de Rodez, examinée et jugée favorablement le 27 septembre 1873, par la congrégation des Rites, fui soumise au Souverain Pontife qui la confirma en en signant le décret le 2 octobre de la même année.
Le premier procès apostolique sur la réputation de sainteté, les vertus et les miracles en général de famd et virtutibus in génère, ouvert et poursuivi avec ardeur, a déjà eu une heureuse issue ; et le Pape Pie IX en a signé le décret affirmatif le 20 septembre 1877.
Il reste à construire le dernier procès apostolique sur les vertus et les miracles en particulier de virtutibus et miracidis in specie. C'est le plus important, le plus long, le plus difficile; il passe par de nombreuses congrégations avant d'être soumis au Saint-Père. 11 est entamé, on peut dire, depuis déjà plusieurs années, car le Saint-Siège avait délégué à Mk' l'Evêque de Rodez le pouvoir
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de dresser une procédure destinée à recueillir les témoignages des témoins âgés de plus soixante ans, nepereant. Cette première partie de ce grand procès est close : elle est aux mains de W' l'Évêque de Rodez qui, depuis le décret du 20 septembre 1877, a reçu les lettres de délégation du Souverain Pontife lui enjoignant d'en entamer et d'en poursuivre le procès continuativus. Quand cette instruction sera terminée, elle sera avec celle du procès ne pereant adressée à Rome pour être, à la demande et sur les instances du postulateur de la cause, soumise au travail et à la décision des congrégations antépréparatoire et préparatoire et enfin d'une dernière congrégation tenue devant le Saint-Père.
Ce n'est qu'après ces longs et difficiles travaux que la décision de la Sainte Église sera promulguée et annoncée aux fidèles. Il dépend de leurs prières et de leur ferveur d'en hâter le moment ; et puisse, comme l'espère Ms' de Rodez, la génération qui s'élève voir cotte gloire de la Vénérable Emilie de Rodât !
Nous sommes heureux d'y apporter au moins nos désirs. Puisse Dieu agréer nos efforts, et leur donner quelque efficace en éveillant dans les cœurs de nos lecteurs, avec une pieuse admiration pour la Vénérable Mère Emilie, une grande confiance dans ses mérites et une grande dévotion à son intercession I