‹ Vie de la vénérable mère Marguerite Bourgeoys [microforme]Chapitre 15 sur 19 · SEE · texte numérisé non relu

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qu'elle prenait ses repas, se tenant debout ou légèrement appuyée. Le vendredi, elle ne faisait qu'un repas, et le Vendredi-Saint, elle le prenait à genoux. Par cette longue habitude de se mortifier, elle en arriva à perdre e sens du goût, ne faisant aucune distinction entre les mets délicats et les plus désagréables. Son lit ordinaire était le plancher ou la terre nue, avec un billot pour chevet. Elle regardait comme une sensualité de coucher sur une paillasse avec un oreiller. Elle ne prenait qu’un sommeil très court et encore l'interrompait-elle toutes les nuits par plusieurs heures d'oraison qu'elle passait ‘ans les attitudes les plus humbles et les plus incommodes.

Son corps qu'elle déchirait souvent par de cruelles disciplines, était de plus chargé d'instruments de pénitence qui rappelaient les austérités des plus grands saints L'on ne peut entendre parler qu'avec frayeur d’un bonnet hérissé d’épingles au dedans, qu'elle portait en secret nuit et jour. Quelques-unes de ses compagnes, ayant remarqué, par hasard, cette invention de son amour pour les souffrances, la conjurèrent de quitter ce bonnet ; mais elle leur dit, en souriant, qu'il ne lui faisait pas plus de mal qu'un oreiller de plume. Un autre jour, sollicitée par ses Sœurs de modérer ses austérités afin de se conserver à leur Institut, elle leur répondit par une instruction sur le devoir imposé aux chrétiens de meer une vie pénitente; instruction si forte et si rat'iétique que ses Sœurs en furent touchées jusqu'aux larmes, et se sentirent animées d’un saint désir de marcher sur ses traces.

La Mère Bourgeoys unissait à ses mortifications des prières ardentes et continuelles pour toucher plus efficacement le cœut de Dieu, en faveur des justes et des pécheurs. Par la constance et la fer-

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veur de ses oraisons, elle était peut-être le plus ferme appui de la colonie naissante, Convaincu de son grand crédit pour négocier auprès de Dieu les intérêts du pays, M. Souart, vénérable prêtre de Saint-Sulpice, qui la dirigeait depuis douze ans, se plaisait à la considérer conne la petite sainte Geneviève du Canada. Il était persuadé que la Nouvelle-France, assistée par les prières de cette sainte religieuse, ne souffrirait aucun mal considérable de la part de ses ennemis.

Malgré l’austérité de sa vie pénitente, la digne Fondatrice n'avait rien dans son extérieur qui ne fût propre à attirer doucement les âmes et à les gagner à l'amour de Notre-Seigneur. La vue seule de sa personne portait à la piété, comme l'expéri-

. mentaient tous ceux qui se trouvaient en relation

avec elle, « Je ne crois pas, écrivait le Père Bouvard, supérieur des Jésuites de Québec, avoir jamais vu de fille aussi vertueuse que la Sœur Bourgeoys, tant j'ai remarqué en elle de grandeur d'âme, de confiance en Dieu, de dévotion, de zèle, d'humilité, de mortification. « Le Père Leclercq, récollet, disait aussi : « Nous l’avons connue, pleine de l'esprit de Dieu, de sagesse et d'expérience ; d'une constance invincible dans tous les obstacles qu'elle a trouvés à ses desseins, »

son deuxième voyage en France. — Lettrespatentes. — Six nouvelles compagnes. —

L'église de Bon-Secours.

+ L'apostolat de la vénérable Fondatrice et de ses auxiliaires donnait tant de satisfactions aux citoyens

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de Ville-Marie que, dès l’année 16€7, de concert avec M. de Courcelles, gouverneur du Canada, ils tinrent une assemblée générale, pour dresser une requête afin d'obtenir du roi des Lettres-patentes en faveur de la Congrégation de Notre-Dame. Monseigneur de laval, pour seconder leur supplique, voulut bien, en termes élogieux, recommander l'Institut. L'humble Mère Bourgeoys, toujours indifférente aux conseils de la prudence humaine, était restée jusque-là étrangère à ces démarches; mais comprenant que des Lettres-patentes étaient nécessaires à la solidité de son étabiissement, d'après l’avis des personnes qui la dirigeaient, elle consentit à faire un nouveau voyage en France afin de les obtenir.

Elle partit donc en 1670, n'ayant pas même dix sols ; mais la Providence se montra attentive aux besoins de l’héroïque voyageuse. De toutes parts, elle lui envoyait des secours d'une manière inattendue. A la cour de France, Colbert, dont le génie pénétrant avait compris l'importance de l'établissement de Montréal, se fit son protecteur. Il l’aida de son influence et voulut que les Lettres-patentes fussent signées par Louis XIV et enregistrées au Parlement de Paris. Ces Lettres contiennent les plus grands éloges de la zélée Fondatrice. Cette affaire terminée, elle songea à s'associer de nouvelles compagnes. Le ciel avait daigné lui préparer les cœurs. Six jeunes personnes résolurent de tout quitter pour la suivre sur la terre étrangère et partager ses travaux apostoliques. L'heureuse Mère lies présenta à Monseigneur de Laval, récemment arrivé à Paris. Le prélat les accueillit avec bonté et les bénit.

Dans cc même voyage, à la suite de circons.

tances providentielles, la Mère Bourgeoys reçut

d'un saint personnage, M. de Fancamp, À le don d'une statue miraculeuse de la Très Sainte Vierge. Elle accepta ce précieux trésor comme une nouvelle preuve des bénédictions de la Reine du ciel sur ses entreprises, et s’'embarqua le 2 juillet 1672, désirant vivement se trouver avec sa statue en Canada le jour de l'Assomption. Il plut à Dieu d'exaucer son désir; on toucha à Québec l’avant-veille de cette fête. L'arrivée de la vénérée Mère à Ville-Marie coïncida avec la fête de l’Assomption et fut un grand sujet de joie pour tous les citoyens. « Ce que j'ad- | mire, disait dans ces circonstances M. Dollier de Casson,, c'est que cette bonne Sœur Bourgeoys vient de faire en France un voyage de deux ans,

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Mgr de Laval, de passage à Paris, bénit les six nouvelles compagnes de la Sœur Bourgeoys.

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dans lequel, sans amis ni argent, elle a subsisté, elle a obtenu ses expéditions de la cour, et est revenue avec douze ou treize filles, dont plusieurs n'avaient pas de quoi payer leur passage. Tout

cela est admirable et fait voir la main de Dic: sur cette bonne Fille et sur son Institut.

De retour à Montréal, la Mère Bourgeoys exposa la statue miraculeuse à la vénération des fidèles dans l’appentis qu'elle avait eu la dévotion de faire

L'église Notre-Dame de Bon-Secours, première église de pierre élevée à Ville-Marie par les soins de la Sœur Bourgeoys.

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construire avant son départ, en attendant qu’elle pût réaliser sa promesse de bâtir une église en l'honneur de sa céleste protectrice. Elle avait voulu exécuter cette promesse dés l’année 1657. Les matériaux avaient même été rassemblés, et les travaux commencés lorsque l'ordre fut donné de suspendre

l'ouvrage. Ce délai fut une épreuve pour la servante :

de Dieu, mais elle demeura ferme dans son obéissance : pas un murmure, pas une plainte ne s'échappa de ses lèvres.

Aujourd’hui elle est au comble de la joie en voyant que son projet, approuvé et béni par les supérieurs, va enfin être mis à exécution.

Le 30 juin 1675, on se remit à l'ouvrage et la chapelle fut dédiée à Notre-Dame de Bon-Secours. La Mère Bourgeoys, secondée par le zèle des citoyens, déploya un courage héroïque pour hâter l'achèvement du pieux sanctuaire où sa précieuse Madone devait occuper la place d'honneur.

Témoin oculaire du grand renouvellement de piété dont cette chapelle fut l'occasion, la Sœur Morin, religieuse hospitalière de Saint-Joseph, écrivait dans les annales de l'Hôtel-Dieu : « L'origine de cette dévotion est due au zèle et à la ferveur de la Sœur Bourgeoys pour faire honorer la très digne Mère de Dieu. Elle n'avait rien pour faire ces choses, et, dans toutes ses entreprises, elle n'a manqué de rien. C’est une personne capable

de toutes les œuvres utiles à la gloire de Dieu. Les

affaires temporelles réussissent toujours entre ses mains, parce que c'est l'amour de Dieu qui la fait agir et qui lui donne l'intelligence. »

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La divine PROVIDENCE veille sur les besoins de la petite famille religieuse de la vénérable MERE.

La vénérée Mère, n'écoutant que son désir de | faire connaître et aimer la Très Sainte Vierge, avait en effet entrepris la construction de l'église | de Bon-Secours avec les seules ressources de sa confiance en Dieu. Au retour de son deuxième voyage en France, elle avait trouvé sa Communauté dans l le plus grand dénûment ; maïs elle avait trop sou- : (| vent éprouvé combien la Reine du ciel se rend charitable à ceux qui la servent, pour douter un instant de son assistance. Aussi, dès son arrivée à Québec, quand une personne vint lui annoncer que la Congrégation était en décadence et prête à tomber, elle lui répondit sans s'émouvoir : Celui qui la fera tomber pourra bien la relever quand il lui plaira.

I1 s’en fallait bien que la Fondatrice fût affligée | de cet état de gêne. La pauvreté réelle était, au | contraire, et le plus riche trésor qu'elle désirait . laisser à ses Filles, et le plus ferme appui qu'elle voulait donner à son Institut.

En arrivant à Ville-Marie, elle fut charmée de voir qu'on ne püt lui présenter à son premier diner que du pain et un petit morceau de viande salée. Pleine de confiance en Dieu, elle ne laissa pas, ce jour-là, de charger la Sœur Geneviève Durosoy de préparer à soupér pour la Communauté. « Mais que voulez-vous que je prépare, » lui dit celle-ci, «je ne vois rien dans la maison? » — Pourquoi

vous défiez-vous ainsi de la Providence ? lui répondit la Mère Bourgeoys, allez toujours à votre office : Dieu y prurvoira. En effet, dès l'après-midi, plusieurs personnes, venant visiter les Sœurs, leur apportérent diverses provisions, en sorte que le soir, on ne manqua de rien.

Un jour, pendant une année de disette, la Sœur chargée de la boulangerie n’ayant plus qu’un minot de farine, jugea qu'avec une si petite quantité, il était inutile de faire du pain. La Mère Bourgeoys lui dit cependant d'aller à son emploi et lui promitle secours de Dieu. Sur cette assurance, l’officière se mit à l'ouvrage. A son grand étonnement, elle vit la farine augmenter à vue d'œil : l'unique minot donna autant de pain que cinq minots avaient coutume d’en produire.

Dans une autre circonstance, la Communauté se trouvait encc:e sans pain et n'avait de ressources que dans l’arrivée des bateaux chargés de vivres, qu'on attendait à Ville-Marie. Il s'était élevé un vent contraire qui, selon toutes les apparences, ne devait pas cesser ce jour-là. Déjà quatre heures de l'après-midi étaient sonnées, et l’on manquait de pain pour le souper. La Mère Bourgeoys, sachant l'embarras de la boulangère, lui envoya dire de se mettre en prière et de demander à la Sainte Vierge un changement de temps. La bonne Sœur obéit ; et, soudain il s’éleva un vent favorable qui amena si promptement les barques que la Communauté reçut tout ce qui lui était nécessaire pour le souper.

La Congrégation fut pendant longtemps témoin d'un autre prodige : on retirait du grenier de la maïison beaucoup plus de blé que l’on n’y en avait mis. Les Sœurs voyant que leur Supérieure allait quelquefois y prier secrètement, ne doutèrent pas que

cette multiplication ne fût l'effet de ses prières. Un

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jour, elles furent tentées de mesurer la quantité de blé qu'il y avait alors, afin de savoir précisément quelle était cette augmentation merveilleuse. Mais 4 la Mère Bourgeoys les arrêta, disant que cette indiscrétion pouvait faire cesser les bienfaits de Dieu à leur égard.

M. Ransonnet, auteur d'une vie de la vénérable Mère, raconte qu’un baril de vin ayant été levé sur le fond, suffit pendant trois mois aux besoins de la Communauté et de l'Hôpital, et que, bien que ce vin fût fleuri, lorsqu'on leva le tonneau, il cessa de l'être ensuite : merveille qu’on attribua à la bénédiction que la Mère Bourgeoys lui avait donnée. Enfin, comme si Dieu eût voulu montrer qu'il n’assistait ainsi ses servantes qu’à cause de l'impossibilité où elles étaient de se pourvoir ailleurs, dès que les bâtiments furent arrivés à Ville- Marie, chargés de vin, le tonneau cessa de couler.

Une autre année que le vin manquait partout dans le pays, la Congrégation en fournissait pour

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les messes et les malades dans toute la ville. Un m jour, bien qu'il n'y eût pas de pain pour le dîner, la Le: Mère Bourgeoys, par fidélité au règlement, fit son- h ner l'examen particulier à l'heure ordinaire. Pen- mr dant cet exercice, qui a lieu immédiatement avant C le repas, quelqu'un apporta aux Sœurs le pain qui le leur était nécessaire. Ces faits ont été recueillis d entre plusieurs autres et cités par le même écrivain, p S tl je S le

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Confrérie de la Sainte-Famille. — La Très Sainte Vierge, première supérieure de la Congrégation. — Troisième et dernier voyage de la Sœur en France.

En 1679, l'œuvre de la Mère Bourgeoys comptait déjà plus de vingt années d'existence et prospérait à la satisfaction de tous. Montréal, cette portion privilégiée de la terre canadienne, pouvait bénir le ciel des bienfaits qui marquaient ses jeunes années.

Suivant les lumières surnaturelles communiquées à M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint- Sulpice, trois institutions, par des voies différentes, mais fidèlement suivies, devaient représenter en cette ville, la sainte Famille de Nazareth.

Aux prêtres de Saint-Sulpice était réservée la mission de faire honorer Notre-Seigneur, de communiquer son esprit et de répandre ses grâces; les hospitalières de Saint-Joseph, vouées au soulagement corporel des malades, avaient celle de faire connaître et aimer leur puissant protecteur ; enfin, les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame devaient reproduire la vie de la Très Sainte Vierge par les œuvres d’un laborieux apostolat.

Déjà, dans le but de faire honorer davantage la Sainte Famille, ces trois communautés, d'un mutuel accord, et avec le concours du Père Chaumonot, jésuite, avaient donné naissance à la confrérie de la Sainte-Famille, offrant de cette manière, à toutes les familles chrétiennes du Canada, les exemples de Jésus, de Marie et de Joseph comme modèles de leur conduite. :

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La Congrégation s'était toujours efforcée de remplir la noble mission qui lui avait été confiée. Elle avait reçu les Lettres-patertes qui, au point de vue civil, assuraient son existence. De son côté, Mgr de Laval avait bien voulu l'ériger canoniquement en 1076, et l’autoriser à recevoir des sujets à la profession religieuse. Cet acte était la ratification d'un mandement épiscopal confirmant l'Institut sous le titre de CONGRÉGATION DES SŒURS INSTITU- TRICES DE NOTRE-DAME, permettant les vœux simples de religion, et excluant la clôture comme incompatible avec les fonctions de l’Institut.

Cependant la sage Fondatrice désirait vivement que les Règles et Constitutions de sa communauté réçussent aussi la sanction épiscopale. Dans le but de recourir aux lumières de personnes éclairées avant dy mettre la dernière main, et souhaitant aussi d'en conférer avec Mgr de Laval qui se trou-

vait alors à Paris, elle se décida à repasser en

France.

Après avoir pris tous les arrangements nécessaires au bon gouvernement de la communauté en son absence, et ne doutant pas dans sa profonde humilité que toute autre qu'elle ne remplit la charge de supérieure avec plus d'avantage pour la Congrégation, elle assembla ses sœurs avant son départ et les pria instamment de faire, entre elles, l'élection d'une autre supérieure. À peine leur a-t-elle fait cette proposition, que toutes, sans s'être préalablement concertées, s’écrient d'une voix unanime : MARIE SERA NOTRE PREMIÈRE SUPÉRIEURE, NOTRE INSTITUTRICE ET NOTRE BONNE MÈRE POUR LE TEMPS ET POUR L'ÉTERNITÉ |!

En même temps, elles prient la Mère Bourgeoys de continuer à gouverner la Congrégation en la place de cette divine et première Supérieure. Puis,

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