‹ Vie de la vénérable mère Marguerite Bourgeoys [microforme]Chapitre 18 sur 19 · À NT M · texte numérisé non relu

À NT M

imminent qui menaçait tout l'équipage. On était à peine au milieu de l'océan qu'on aperçut quatre vaisseaux ennemis qui avançaient à pleines voiles, et le navire était sans aucun moyen de défense. « Ma sœur Bourgeoys, nous sommes p:rdus! crie le capitaine alarmé, mettez-vous en prière avec vos filles !! » Celles-ci effrayées n’en ont pas le courage. « Qu’allons-nous devenir ? » disaient-elles éplorées. Si nous sommes prises, répond en soùriant la vénérable Mère, nous irons en Angleterre ou en Hollande, et là, nous trouverons Dieu comme partout ailleurs. Le calme et la paix qu'elle fit paraître ayant rassuré tout le monde, on se mit en prière, et en moins de deux heures, les vaisseaux anglais étaient hors de vue.

L'incendie de 16°?

I1 y avait trois ans que la Mère Bourgeoys était de retour à Ville-Marie quand une épreuve cruelle vint faire briller d'un nouvel éclat sa confiance sans bornes en la divine Providence.

Dans la nuit du 6 au 7 décembre 1683, un effroyable incendie consuma, non seulement la maison de la Congrégation, mais encore tous les meubles et effets de la communauté. L'embrasement fut si soudain et si violent, que deux sœurs, l’assistante et une nièce de la vénérable Mère, périrent

au milieu des flammes. Toute la ville était dans la

consternation et déplorait un si grand malheur. Pour la courageuse Mère, adorant les secrets desseins de Dieu, elle ne fit pas entendre une seule parole de plainte.

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Cet évènement qui réduisit les Sœurs au dénûment le plus complet, semblait devoir amener la ruine de la communauté. Ce fut sans doute en prévision de cette triste conséquence que Mgr de, Laval conçut la pensée de réunir les Sœurs de la Congrégation

aux Ursulines de Québec. Cette tentative fut pour la sage Fondatrice un sujet de nouvelles inquiétudes. <

Bien qu’elle excellât en obéissance, selon les témoignages de ses supérieurs, elle se crut obligée, en cette circonstance, de représenter au prélat avec beaucoup de respect, mais aussi avec fermeté, que les fins de son Institut n'étaient pas compatibles

Premier incendie de la Maison-Mère de la Congrégation, en 1683.

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avec les règles d’une communauté cloîtrée. Mgr l'évêque de Québec qui avait toujours professé une grande estime pour la vertueuse Mère, et qui songeait alors à se démettre de ses fonctions épiscopales, n’insista pas et abandonna l'avenir de la Congrégation à la divine Providence.

C'était avec raison; l'incendie qui semblait devoir amener la destruction de la commuauté contribua, contre toute attente, à lui procurer de nouveaux et d'excellents sujets. Ces jeunes personnes se présentèrent en si grand nombre que deux as après, en 1685, la vénérée Fondatrice avait déjà reçu plus de quarante sœurs : Pourtant, disait-elle, je ne leur ai jamais promis autre chose que pauvreté et simplicite,

Missions françaises et sauvages.

L'un des principaux motifs qui avaient attiré notre héroïne en Canada, était le désir de travailler à la conversion des sauvages par l'éducation de leurs enfants. Mais, pendant plus de vingt années, son zèie pour leur sanctification était resté à peu près sans exercice, car les sauvages, par crainte des Français, ne venaient pas se fixer à Ville-Marie. Tout ce qu’elle avait pu faire en leur faveur s'était borné à l'instruction de quelques petites filles données par leurs parents à des colons.

En 1676, les Messieurs de Saint-Sulpice, ayant commencé à la montagne un établissement où les pauvres sauvages devaient venir se faire instruire, prirent le soin des garçons, et, de concert avec les autorités civiles, proposèrent à la Mère Bourgeoys de se charger des filles, Le roi lui-même voulut con-

courir à cette œuvre apostolique par une généreuse gratification.

La digne Fondatrice ne recula pas devant les difficultés de cette mission : elle l'embrassa avec confiance et ardeur. Les deux Sœurs qu'elle nomma pour s'y dévouer furent d'abord logées dans des cabanes

d'écorce. Pius tard, M. de Belmont, supérieur du Séminaire, leur donna l'usage de deux tours du fort, l'une pour s'y retirer, l’autre pour y tenir leur école. Ces tours se voient encore aujourd’hui sur le terrain du Grand-Séminaire de Montréal. Les Sœurs y assemblaient les enfants, leur enseignaient à prier, à lire, à travailler, à se vêtir d'une manière convenable et surtout à vivre chrétiennement,

Les tours du fort de la montagne,

Dieu couronna leurs travaux par d’abondantes bénédictions. Plusieurs de ces enfants offrirent à leur nation les plus beaux exemples de vertu. Deux d’entre elles furent admises au nombre des Sœurs, et moururent en odeur de sainteté après avoir édifié leurs compagnes par l'innocence de leur vie.

Tout en se dévouant avec ardeur à l'éducation des sauvages, la Mère Bourgeoys né négligeait pas les enfants des colons français. Rien ne contribuait plus au bien des âmes que les missions qu'elle avait établies en leur faveur sur divers points du pays. Elle et ses compagnes volaient partout où il y avait du bien à faire.

Sans attendre que les localités leur offrissent des moyens de subsistance, elles se répandaient dans tous les endroits où elles pouvaient servir les intérêts de la religion et de l'éducation. L'esprit de zèle et d'obéissance qui les animait, la mortification et la pauvreté leur tenaient lieu de tout.

Souvent, ces missions n'étant pas définitivement établies, les Sœurs se prêtaient pour quelque temps aux paroisses dont les enfants réclamaient leurs services.

C'est au moyen de ces missions temporaires que, dans plusieurs localités, les enfants eurent l’avantage d’être préparées avec soin à la première Communion.

Mais ces travaux étaient le fruit de granus sacrifices et de dures privations. La vénérable Mère nous apprend elle-même que, dans les premières missions, les Sœurs n'avaient ni draps, ni matelas : qu'elles manquaient des meubles les plus indispensables, et ne vivaient pas autrement que les plus pauvres habitants de la campagne, qu'’enfin, à l’imitation des apôtres, elles travaillaient de leurs mains entre les heures de classe, et même la

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nuit, pour n'être à charge à personne et pouvoir exercer gratuitement leurs fonctions. Elle ajoute : Et tout cela réussissait.

Mgr de Saint-Vailier qui avait succédé à Mgr de Laval, ayant visité les Sœurs de la Congrégation, rendait ainsi témoignage de la vertu et du zèle de ces infatigables missionnaires : « Outre les écoles « que les Sœurs de la Congrégation tiennent chez « elles pour les jeunes filles de Montréal, et outre « les pensionnaires françaises et sauvages qu'elles « élèvent dans une grande piété, de la maison de la « Congrégation sont sorties plusieurs maîtresses « d'école, qui se sont répandues en divers autres « endroits de la colonie, où elles font des caté- « chismes aux enfants et des conférences très tou- « chantes et très utiles aux autres personnes de « leur sexe qui sont plus avancées en âge. Il n’y a « point de bien qu'elles aient entrepris dont elles « ne soient venues à bout. »

Il eût été difficile, en effet, que Dieu ne versât pas abondamment ses bénédictions sur les travaux de ces saintes filles, uniquement animées du désir de sa gloire et du salut du prochain.

On peut se former une idée de ia pureté de leurs dispositions et de la ferveur de leur zèle par les paroles que leur adressait l’admirable Fondatrice en les envoyant en mission : Pensez, mes chères Sœurs, leur disait-elle, pensez que dans votre mission vous allez ramasser les gouttes du sang de Jésus-Christ qui se perdent... Oh! qu’une Sœur qu’on envoie en mission ser. contente, si elle pense qu’elle y va par l’ordre de Dieu et en sa compagnte ; si elle pense que dans cet emploi, elle peut et elle doit témoigner sa reconnaissance à Celui de qui elle a tout reçu! Oh! qu'elle ne trouvera rien de difficile et de fâcheux ! Elle voudra, au cou-

traire, manger de toutes choses, être méprisée de tout le monde, souffrir toutes sortes de tourments et mourir même dans l’infamie.

La. vénérable Mère à Québec, second théâtre de son zèle et de son dévouement.

La vénérable Fondatrice savait joindre l'exemple au précepte. Aussi, nous verrons jusqu'à la fin, cet infatigable apôtre embrasser avec une ardeur toujours croissante, les œuvres qui intéressent le bien des âmes.

Frappé de l'esprit de piété et de ferveur qui régnait dans la maison de la Providence fondée à Ville-Marie, Mgr l'évêque de Québec désira procurer un semblable établissement à sa ville épiscopale. En 1680, il offrit à la Mère Bourgeoys d'en prendre la conduite : ce qu’elle agréa avec. une humble soumission. Jamais peut-être on ne vit d'une manière plus sensible la bénédiction du ciel sur une entreprise. Par le zèle des deux missionnaires placées à la tête de cette institution nommée « Providence de la Sainte-Famille, » il y régna un esprit de piété, d'innocence et de simplicité digne des communautés les plus ferventes. Chaque jour donnait lieu à quelque nouvelle pratique pour honorer l'Enfant Jésus, la Très Sainte Vierge et saint Joseph; en sorte que la dévotion à la Sainte Famille qui avait été jusque-là réservée aux mères chrétiennes, devint commune à toutes les jeunes personnes.

À Québec encore, ce second théâtre de son zèle, la Mère Bourgeoys fonda des écoles gratuites, et à la demande de l’évêque et des citoyens, ouvrit un

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pensionnat à la Basse-Ville où les jeunes filles recevaient, comme celles de Ville-Marie, un enseignement convenable à leur position sociale. Là aussi, la charité avait préparé les premiers succès et assuré tous les autres. Au début de ces fondations, les Sœurs se trouvèrent dans un grand embarras à l'occasion de l'achat d’un terrain. La Mère Bourgeoys, informée de certains murmures de la part du propriétaire, abandonna le tout, plutôt que de défendre ses droits. Je veux à quelque prix que ce soit, disait-elle, non seulement me conserver dans l'amour que je dois au prochain, mais encore conserver mon prochain dans l'amour qu'il me doit.

Un jour racontant cette aventure à ses Sœurs, elle disait : On nous avait intenté un procès, injustement, je pense ; mais comme j'entendais notre partie adverse protester qu’elle ne nous pardonnerait jamais le prétendu tort que nous lui faisions, je ne pus souffrir que nous fussions au prochain une occasion, même innocente, de ressentiment contre nous. Dans la disposition de tout céder, j'allai me prosterner aux pieds de la Très Sainte Vierge, dans l’église des Jésuites; je me jetai à ses pieds sans lui faire d'autre prière que celle-ci : Sainte Vierge, je n'en puis plus! Comme je sortais de la chapelle, une personne à qui je n'avais rien dit de notre embarras, m'offrit une somme d'argent égale à celle qu'on exigeait de nous. Ainsi toute cette affaire fut terminée par le secours de notre céleste Protectrice.

L'intendant du Canada, témoin des fruits étonnants que produisait le zèle des Sœurs, partout où elles étaient envoyées, écrivait au ministre de la marine : « Vous ne sauriez croire, Monseigneur, « combien les filles de la Congrégation font de bien

au Canada. Elles instruisent toutes les jeunes filles, de tous côtés, dans la dernière perfection. Si on pouvait les disperser en beaucoup d'habitations, elles feraient un bien infini. Elles sont d'une sagesse exemplaire et en état d'aller partout, et, par ce moyen, d’instruire des filles qui seraient demeurées toute leur vie dans une très grande ignorance. »

Le Père Charlevoix, qui avait visité les établissements de Québec et de Montréal, rendait ainsi compte du zèle de la servante de Dieu : « La maison

des Sœurs de la Congrégation à Montréai, quoiqu'une des plus grandes de la ville, estencore trop petite pour loger une si nombreuse communauté La Nouvelle-France, dont elle est aujourd'hui un des plus beaux ornements, le doit à la Sœur Marguerite Bourgeoys, qui a rendu son nom cher et respectable à toute la colonie. Sans autre ressource que son courage et sa confiance en Dieu, elle entreprit d: procurer à toutes les jeunes personnes, quelque pauvres et quelque abandonnées qu'elles fussent, une éducation que n'ont point, dans les royaumes les plus policés, beaucoup de filles, même de condition. Elle y a réussi au point qu'on voit toujours, avec un nouvel étonnement, des femmes jasque dans le sein de l'indigence et de la misère, parfaitement instruites de la religion, qui n'ignorent rien de ce qu’elles doivent savoir, pour s'occuper utilement dans leurs familles, et qui, par leurs manières, leur façon de s'exprimer et leur politesse, ne le cèdent point à celles qui, parmi nous, ont été élevées avec le plus de soin. C’est la justice que rendent aux Sœurs de la Congrégation tous ceux qui ont fait quelque séjour au Canada, »

Heureux des succès de la vénérable Mère, et

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voyant que tout réussissait entre ses mains, Mgr de Saint-Vallier voulut encore la charger de l'érection d'un hôpital qu'il désirait fonder en faveur des vieillards et des infirmes. 11 l’invita donc à se rendre à Québec pour en conférer avec elle. Le désir de son évêque était un ordre pour l’humble religieuse,

Elle n’eut pas plutôt reçu la lettre du prélat, que malgré ses soixante-neuf ans et les rigueurs de la saison, — c'était au mois d'avril, à la fonte des neiges, — elle n'hésita pas à se mettre en route. Elle fit à pied ce trajet de soixante lieues, au milieu de fatigues incroyables. Elle était souvent obligée de se traîner sur les genoux, tantôt dans les neiges, tantôt sur la glace, et quelquefois dans l’eau.

A soixante et neuf ans, la Mère Bourgeoys fait à pied le voyage de Québec. — Soixante lieues dans les neiges et les glaces.

Arrivée à Québec, et informée des intentions du prélat, elle vit, tout d’abord, qu’une œuvre de cette nature était peu compatible avec la fin de son institut. Néanmoins, par obéissance, elle se prêta aux désirs de son évêque. Il lui fallut se livrer à des travaux pénibles et humiliants pour rendre la maison habitable, Elle porta elle-même sur ses épaules, de la Haute-Ville à la résidence des RR. PP. Récollets, — aujourd'hui l'Hôpital- Général, — les meubles et les ustensiles nécessaires à cette fondation. Après avoir consacré à ce pénible travail les quatre premiers jours de la Semaine Sainte, elle passa la nuit entière du Jeudi au Vendredi, à genoux et immobile devant le Saint Sacrement.

Les visites que la zélée Fondatrice faisait, dans le même temps, à ses chères missionnaires, contribuaient à exciter leur ferveur et à ranimer en elies l'esprit de leur sainte vocation. Elle s'efforçait surtout de leur inculquer l’amour et la pratique des conseils évangéliques ::« Toute fille, disait-elle, qui demande à être reçue dans la Communauté, doit se résoudre à quitter les principes du monde. Elle doit se quitter elle-même,rompre ses humeurs, ses habitudes et ses inclinations mauvaises ; se défaire de l'attachement à ses parents, à ses amis et à tout ce qui peut occuper inutilement l'esprit. » Elle avait coutume de dire qu'elle irait prendre sur ses épaules une fille qui, n’ayant pas de quoi se vêtir, aurait d'ailleurs une bonne volonté et une vraie vocation ; et elle ajoutait: « Quand les filles sont bien appelées, vertueuses et propres à la Comr;unauté, elles portent leur dot avec elles et attirent les grâces de Dieu dans la maïson. » Une de ses compagnes rapporte qu’en donnant l'habit religieux aux novices, la vénérée Mère leur adressait

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ces touchantes paroles : « Mes chères Sœurs, soyez toujours petites, humbles et pauvres. »

Dans le but d'obtenir pour son institut des filles animées de cet esprit, elle adressait à la Très Sainte Vierge cette humble prière: « Ma bonne Mère et très chère Institutrice, je ne vous demande nt biens, ni honneurs, nt plaisirs pour notre Communauté, mais je vous prie de nous obtenir la grâce que Dieu y soit toujours bien aimé et servi, autant que notre petite condition pourra le permettre. Qu'on ne reçoive donc jamais parmi nous de ces filles d’un esprit orgueilleux et presomptueux, dont le cœur demeure attache aux maximes du monde, qui sont médisantes, railleuses, et qui ne S'étudient pus à pratiquer les maximes que Notre-Seigneur, votre Fils, nous a enseignées, qu'il a Scellées de son sang, et que vous, 0 Très Sainte Vierge, vous avez pratiquées si exactement.

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La première église de la Congrégation.

Réclusion de Mademoiselle Le Ber.

Dans sa longue carrière, la vénérée Mère avait entrepris nombre d'œuvres importantes ; il lui restait cependant encore à réaliser un vœu digne de sa grande piété. Jusqu'à 1693, sa communauté n'avait eu qu'un petit oratoire où les Sœurs se réunissaient pour la prière. Ce n'était pas une demeure digne de l'Hôte divin qu'elle désirait tant de voir résider au milieu de sa famille religieuse. Toute sa vie, elle avait soupiré après le moment o'i elle pourrait lui élever une chapelle convenable. Pressée par sa ferveur et par le désir de ses com-

pagnes, elle trace enfin le plan de l'église qu’elle veut faire construire, comptant, comme toujours, sur la Providence qui ne lui a jamais fait défaut.

Son espérance ne fut pas trompée.

A peine la nouvelle de ce projet s’est-elle répandue dans la ville que Mademoiselle Jeanne Le Ber, fille du plus riche négociant du Canada, offre à la zélée Fondatrice la plus grande partie de la somme nécessaire à cette construction. L’unique condition qu'elle y met est que derrière l'autel, on lui ménage une petite cellule où elle pourra vivre en solitaire le reste de ses jours. Sa proposition est acceptée avec empressemert et admiration. On se met à l’œuvre, et en moins de deux ans, l'église est complètement achevée.

Première église de la Congrégation.

Le 5 août 1695, la célèbre recluse du Canada prit possession de son humble demeure. La cérémonie se fit avec une grande solennité et laissa dans les cœurs de profondes impressions.

J'ai été bien réjoute, dit la vénérable Mère Bourgeoys dans ses Mémoires, /e jour où Mademotselle Le Ber est entrée dans cette matson en qualité PX 14 hr 2 il de solitaire.

© M SR ax CG (de) M, Dollier

4° F AR 4 k j < E } Ë HS A) À DUEZ de Casson, Br a ve grand-vicai -

re, l’exhorta à persévérer dans sa reclusion,comme sainte Madeleine était demeurée dans sa grotte. Elle n'ex sort point en effet, et ne parle à personne ; on lui porte son vivre par une porte qui est au dehors de Ja chapelle, et on le lui donne par une petite ouverture. Elle a aussi une grille dans sa chambre qui lui donne vue sur le Saint-Sacrement 2t y reçoit la sainte Communion. Le lendemain de cette cérémonie, le saint sacri-

Réclusion de Mademoiselle Le Ber,

fice fut offert, pour la première fois, dans la chapelle de la Congrégation, et ce fut avec une pompe égale à la joie que les Sœurs éprouvaient de posséder enfin Notre-Seigneur dans leur Maison, où il na cessé de résider depuis ce moment. La - reconnaissante Mère, au comble de ses vœux, rédigea une formule d'action de grâce, que ses filles conservent comnfe un précieux mémorial de son ardent amour pour la divine Eucharistie.

Mademoiselle Le Ber signala encore sa générosité envers la Congrégation en établissant l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement dans la nouvelle chapelle. Cette pieuse institution s'est conservée jusqu’à ce jour dans la Communauté.

Approbation des règles de son Institut, — Sa démission de la supériorité.

La zélée Fondatrice avait fait pour Dieu et pour le prochain tout ce que le Ciel lui avait inspiré. Mais elle était trop chère au Seigneur pour qu'il ne la marquât ;oint du cachet de ses élus. Pendant quatre longues années, il la fit passer par les peines intérieures les plus cruelles.

Quoiqu'’elle aime Dieu de tout son cœur, et qu’à chaque instant elle renouvelle ses protestations d'être toute à lui, elle se persuade qu'elle est tombée dans sa disgrâce. Et ce qui lui est encore plus sensible, elle croit qu'elle ne l'aime plus, bien qu’elle l'aime plus purement et plus fortement que jamais.

J'ai demeuré, rapporte-t-elle elle-même, cinquante mois dans cet état d'angoisses et de souf-

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frances qu'il est impossible d'exprimer, En vain, elle redouble ses prières et ses austérités; en vain, elle suit à la lettre les avis de ceux qui la dirigent ; en vain, elle s'humilie et s'abaisse dans son néant : rien ne peut la tirer de ce pénible état. Elle reste clouée à la croix. — C’est alors que cette vénérable Mère, se croyant incapable de gouverner plus longtemps sa Communauté, renouvela auprès de Mgr de Saint-Vallier les instances qu'elle avait déjà faites pour être déchargée de sa fonction de supérieure. Cette fois, frappé de l'abattement dans lequel il voyait cette humble Mère, le prélat accéda enfin à sa demande. La joie qu'elle en éprouva fut si grande qu'à l'instant elle se trouva délivrée de l'épreuve accablante qui la tenait depuis si longtemps sur la croix. Depuis, dit-elle, que je n'ai plus les peines que j'ai eues pendant cinquante mois, notre bon Dieu me fait la grâce que tous les désirs que je sens se terminent doucement Je n'ai rien fait pour mériter cette miséricorde : elle est toute gratuite... è

La sage et prévoyante Mère voyait les années s’accumuler sur sa tête, et elle n’était pas sans inquiétudes touchant l'avenir de sa Congrégation. Les Règles ou Constitutions n'avaient pas encore été approuvées, et elle n'oubliait point qu'on avait voulu l’astreindre à des vœux solennels, lui imposer la clôture, lui interdire les missions, l'incorporer aux Ursulines, l'obliger à exiger des dots, etc., etc. Elle redoutait qu'après sa mort, on ne revint à la charge. Mais Dieu ne voulut pas prolonger davantage les inquiétudes de son héroïque servante : il lui donna la suprême consolation de voir l’accomplissement de son dernier désir. En effet, les Règles, examinées par des hommes compétents, et modifiées par M. Tronson, supérieur de Saint-

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Sulpice, l’oracle du clergé de France, furent définitivement approuvées, et le 24 juin 1698, les Sœurs eurent le bonheur de les recevoir des mains de Mgr de Saint-Vallier, venu tout exprès à Montréal pour cette cérémonie.

Le lendemain, au saint sacrifice de la messe, immédiatement avant de recevoir la sainte Com- ?

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Saint-Sacrement que l'Evêque tenait entre ses \ mains. À cette occasion, fut adopté pour les Sœurs 1 l'usage d'être désignées sous le nom de quelque saint ou de quelque mystère. En témoignage de #

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VIE DE LA VÉNÉRABLE MÈRR MARGUERITE BOURGEOYS 65 son amour envers le Dieu de l'Eucharistie, la Sœur | Bourgeoys prit celui de Sœur du Saint-Sacrement.

Au comble de ses vœux, la vénérable Fondatrice goûta une des plus douces joies de sa vie: son : Institut, l’œuvre qui lui avait coûté tant de travaux

de sacrifices, avait enfin reçu l'approbation épiscopale. Semblable au saint vieillard Siméon, Di He n'avait plus rien à désirer sur la terre. Après

voir témoigné à Dieu sa juste et vive reconnais- Ance, elle se prosterna humblement aux pieds de Mer de Saint-Vallier, en présence de toutes ses

Sœurs réunies en chapitre acceptent les Règles de leur Institut,

Sœurs, et le pria instamment de lui accorder une dernière faveur : celle de passer le reste de sa vie dans l’obéissance, et d'être exclue de toute charge dans la Communauté. Touché de tant d'humilité, le prélat voulut bien encore se rerdre à son désir, à condition cependant qu'elle gardât toujours voix active dans les élacti ns.

Délivrée de toute sollicitude au sujet du gouvernement de la Maison, la vénérée Fondatrice se fait plus que jamais le modèle de toutes les vertus. Malgré son grand âge, elle se rend exacte aux moindres observances de la Communauté. Humble, pauvre, modeste et consommée en Dieu, elle met son bonheur à remplir les offices les plus pénibles, à se placer au dernier rang et à se considérer comme la plus petite d’entre ses Sœurs.

D'après l’ordre de ses Supérieurs, elle rédige ses mémoires et ses admirables maximes.

La vénérable Mère semblait avoir accompli tous les desseins de Dieu sur elle : son Institut était en pleine voie de prospérité ; diverses mis ons avaient été établies : celles de la Pointe-aux-Trembles, de Lachine, de la Montagne, de Champlain, de la Sainte-Famille, de Québec et de Château-Richer; les Règles venaient d’être approuvées par l'Ordinaire. Mais pour qu'il ne manquât rien à son Institut, il fallait encore que la Fondatrice laissât par écrit les vues sublimes que Dieu lui avait communiquées et les circonstances merveilleuses de sa vocation.

Pour contraindre l'humiiité de sa servante à ce sacrifice, Dieu permit qu'une sorte d'obligation de conscience et un ordre de ses supérieurs lui en fissent une nécessité. Ces pages qu'elle traça à l'âge de soixante et dix-huit ans, sont comme le testament

spirituel qu'elle a légué à ses Filles bien aimées. Rien de plus sage, de plus pratique, comme on a pu le voir: par les quelques extraits qui en ont été faits, que les maximes AY | et les règles qu'elle développe dans un style simple, clair et énergique. Aujourd'hui encore, ce dépôt sacré est le trésor précieux où tous les membres de la Congrégation aiment à puiser, tant pour leur propre sanctification

La Vénérable Mère Margucrite Boargeoys écrivant ses admirables maximes, à l'âge de soixante et dix-huit ans, * +

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que pour la formation des enfants qui leur sont confiées.

On voit par ces écrits, que l'esprit de la vénérable Mère n'est autre que celui de l'Evangile : esprit d'humilité, de prière, d'obéissance, de charité, de zèle du salut des âmes ; esprit de désintéressement, de travail, de patience sans bornes, prenant sa source dans l'amour de Dieu et du prochain, se ravivant par l'espérance des biens éternels. Accomplissons en toute chose, autant qu'il est en nous, disait-elle dans l’ardeur de son zèle, le double commandement de la charité envers Dieu et le prochain. Il faut qu'il occupe la première place; qu’il soit le commencement, le progrès et la fin de nos actions; que nous l’observions fidèlement et avec foie; que nous le portions écrit sur notre front, dans nos mains, sur nos habits, dans nos maisons, et qu'on le lise jusque sur le seuil de nos portes.

Un an avant sa mort, elle écrivait -à une personne de confiance : Tout ce que j'ai toujours le plus désire et que je souhaite encore le plus ardemment, c'est que le grand précepte de l'amour de Dieu par-dessus toutes choses et du prochain comme soi-même, soit gravé dans tous les cœurs. Ah! si je pouvais le graver spécialement dans le mien et dans celui de mes Sœurs, je serais au comble de mes désirs. Je voudrais que toutes les instructions quise font dans la Communauté et dans les missions roulassent sur ce grand objet.

La pieuse Mère n'était pas moins éloquente, lorsqu'elle parlait à ses Filles de l'humilité, dont elle leur donnait sans cesse de si touchants exemples. Son mépris d'elle-même était si profond qu'elle s’estimait impropre à tout bien, cachant soigneusement ce qui aurait pu lui attirer de l'es-

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VIE DE LA VÉNÉRABLE MÈRE MARGUERITE BOURGFOYS 69 time, et ne soupirant qu'après l'oubli et l’abjection. C'était une faute à ses yeux d’avoir de la peine à faire une chose humiliante, de ne pouvoir supporter un affront et de se plaindre d'un reproche immérité. /7 est bon, répétait-elle souvent, 77 est bon pour nous entretenir dans l'humilité, de réflechir sur les grandeurs et les abaissements de la Très Sainte Vierge qui, par ses privilèges et ses vertus, était infiniment élevée au-dessus de toutes les autres créatures, et qui, cependant, bien loin de se préférer à aucune, se regardait comme la dernière de toutes. Nous sommes donc bien aveugles et bien coupables de nous préférer à qui que ce so't, de nous enorguetllir de notre petit talent.

Le langage de la vénérable Mère s’animait, lorsque, parlant du zèle, elle présentait la sainte Vierge à ses Filles comme le modèle d'une vraie missionnaire et d’une parfaite institutrice. Les Sæurs vont en mission pour honorer la première mission de la Mère de Dieu chez sa cousine, sainte Elisabeth. Elles doivent imiter son zèle dans su vie voyagère, après l'Ascension du Sauveur.

Ce zèle de Marie dont la Fondatrice était toute pénétrée, elle le communiquait à ses Filles en leur faisant considérer la vie apostolique comme le caractère propre de leur Institut. On nous demande, disait-elle, pourquoi nous faisons des missions qui nous mettent au hasard de beaucoup souffrir, et même d'être prises, tuées, brûlées par les sauvages. Nous répondons que les Apôtres sont allés dans tous les quartiers du monde pour prêcher Jésus- Christ, et qu’à leur exemple, nous sommes pressées de le faire connaître dans tous les lieux de ce pays. Si les Apôtres ont donné leurs travaux, leur vie, et tout ce à quoi ils pouvaient prétendre en ce monde, pour aller évangéliser les peuples, pour-

quoi les Sœurs de la Congrégation ne sacrifieratent-elles pas leur santé, leur satisfaction et leur repos pour la formation des filles à la vie chiretienne el aux bonnes mœurs ? Notre Communauté doit être une image du Collège des Apôtres: maïs je compare ce collège à une étoile du firmament, | et la Congrégation à un brin de neige qui tombe en forme d'étoile.

On nous demande aussi pourquoi nous n'entrons pas dàäns quelqu'un des Ordres déjà établis dans l'Eglise. C'est que nous embrassons, en nous engageant dans cette Communauté, l’état même de la Sainte Vierge, notre Institutrice, notre Mère et notre Souveraine. Ayant reçu de Dieu le domaine de ce pays, conformément aux prières qui lui ont été adressées par les personnes qui y sont venues les premières, elle a eu dessein de faire instruire les petites filles en bonnes chrétiennes, pour qu'elles fussent ensuite de bonnes mères de famille, Pour cela, elle a choisi les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame. Diverses marques montrent que la Sainte Vierge a agréé qu’il y eût une réunion de Filles, qui s'assemblassent dans | l'île de Montréal, pour honorer la vie qu'elle a | | menée dans le monde. La Congrégation a pris \ naissance dans ce pays ; c'est la première Communauté qui s'y soit formée, les autres étant déjà | | | |

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On nous demande encore pourquoi nous aimons mieux être sans clôture? Nous répondons que la Trés Sainte Vierge n'a point été cloîtrée, elle a bien vècu dans une solitude intérieure, maïs elle ne s'est jamais exemptée d'aucun voyage où il y et quelque chose à faire ou quelque œuvre de charité à exercer. La regardant comme notre Institutrice, nous ne sommes point cloîtrées, quoique

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vivant en communauté, afin d'être employées à l'instruction des filles dans les localités où les personnes qui nous conduisent jugent à propos de nous envoyer. Il est vrai que le cloître est la conservation de notre sexe; mais pouvons-nous avoir une plus grande protectrice que Celle à qui le Père éternel a confié la Très Sainte Humanité de son Verbe? O Sainte Vierge, ar le pouvoir que vous avez reçu de Dieu sur toutes les créatures, je vous supplie très humblement de défendre cette petite troupe contre lattaqué des ennemis du salut, et de marquer au frontispice de cette Communauté : SAUVEGARDE DE LA REINE DJ CIEL.

C'est ainsi que la Mère Bourgeoys, en fondant et en gouvernant son Institut, avait toujours devant les yeux la vie, les actions et les exemples de la Très Sainte Vierge. Elle veut que tout dans la Congrégation, les meubles, les maisons, les personnes, portent les livrées de Marie. Dans un même sentiment de piété filiale envers Celle qu'elle appélait sa Maîtresse et sa bonne Mère, et toujours pour reporter ses Filles vers le but de leur vocation, elle choisit pour fête patronale de sa Communauté la Visitation de Marie, que M. Olier appelle le mystère de son apostolat.

Maladie et mort de ia vénérable Mère. — Ses obsèques. — Développement de sa Gongrégation. — Sa mémoire en vénération dans tout le pays.

Les jours de la vénérable Mère ne se comptent plus que par des mérites. Dans son désir de la

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patrie, elle appelle de tous ses vœux l'heure de son éternelle réunion au céleste Epoux.., Elle n’a plus en effet qu’à aller recevoir « la couronne de justice » que l’Apôtre, arrivé à la fin de sa course, entrevoyait et espérait comme récompense de sa foi et de ses travaux pour la gloire de Dieu. Elle venait d'atteindre sa soixante et dix-neuvième année quand une grave maladie fit présager que son exil allait finir. À cette pensée, ses Filles sont désolées, elles supplient le ciel de prolonger | l'existence d'une Mère qui leur est si utile. La || sainte malade, grâce sans doute à leurs prières, revient peu à peu à la santé, mais elle se plaint (| doucement de ce que leur filiale affection la retient (l en ces lieux mortels... Ce mieux toutefois ne fut pas {| de longue durée, c'était le dernier reflet d’une | lampe qui s'éteint, | Dans la nuit qui précéda le 1° janvier 1700, la maitresse des novices, sœur Charly, étant à l’extré- | | | |

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mité, on réveilla les Sœurs pour assister aux prières des agonisants. À l'annonce de cette triste nou- ( velle, la Mère Bourgeoys poussa un grand soupir, l et s'écria avec un accent d’humilité: A! mon. L Dieu, que ne me prenez-vous, moi qui suis inutile à tout dans cette maison, tandis que cette pauvre Sœur peut encore rendre de grands services !

À l'instant, Dieu exauça sa pieuse servante. La malade se trouva mieux, et, le lendemain,da charitable Mére fut prise d'une violente fièvre, accompagaée de douleurs aiguës.

Au milieu de ses souffrances, elle ne laissait échapper aucune plainte; elle prenait sans réplique ce qu'il plaisait au médecin de lui prescrire ou aux Sœurs de lui présenter, malgré sa répugnance pour les remèdes et la certitude qu'ils ne servaient qu'à la faire souffrir davantage. Mais la souffrance était,

dans la maladie même, sa plus chère ambition. Elle cherchait à augmenter ses douleurs par des positions gênantes. L'infirmière, remarquant les industries de sa mortification, la conjura de s'accorder quelque repos, et la sainte malade, toujours docile, se soumit humblement.

À mesure qu'elle approchait de son éternité, son amour envers le céleste Epoux semblait redoubler : on eût dit qu'elle commençait à l’entrevoir. Cet amour se manifestait par des élans enflammés, des aspirations brülantes en forme de cantique.

Jusqu'au dernier moment, comme une bonne et tendre mère, elle s'occupa des intérêts de la Communauté. Entre autres recommandations à ses Sœurs, elle les engagea à ne point abandonner d elles-mêmes la Congrégation de Notre-Dame de ia Victoire, première association de jeunes filles, commencée avec l’Institut, dans la pauvre étable donnée par M. de Maisonneuve. Elle leur conseilla aussi de profiter des circonstances que la Providence pourrait faire naître pour reconstruire sur de plus vastes proportions les appartements affectés aux Sœurs et aux élèves dont le nombre allait toujours croissant. Puis, dans un langage de feu, elle les exhorta à une grande fidéli:é à la Règle, qu’elle leur a tant de fois représentée comme un avant-mur qui garde les Communautés et protège la vertu de celles qui y demeurent.

Mais prêchant toujours plus d'exemples que de paroles, la sainte mourante, par sa mortification, son obéissance, sa soumission au bon plaisir de Dieu, est encore pour ses filles un modèle des vertus qu'elle a recommandées et pratiquées toute sa vie. Plus l'heure de la délivrance approchait, plus il y avait de paix et de sérénité dans son âme. Elle ré-

Citait sans cesse des actes de foi, d'amour et de re-

connaissance. Le douzième jour de sa maladie, après avoir reçu avec une ferveur angélique les derniers sacrements, elle tomba dans une paisible agonie qui dura trois heures; puis, les mains modestement posées sur la poitrine, elle s’endormit doucement du sommeil des prédestinés, dans la

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quatre-vingtième année de son âge, et la quaranteseptième depuis son arrivée à Ville-Marie.

A peine la Servante de Dieu eut-elle rendu le dernier soupir, que son visage, altéré par ses dernières souffrances et les austérités de sa vie, brilla d'un éclat que l’on prit pour une marque de la gloire dont son âme jouissait déjà dans le ciel. La douleur fut grande, l’affliction profonde, parmi ses

Mort de la Vénérable Mère Margucrite Bourgeoys.

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filles que des liens les plus sacrés attachaient à cette tendre Mère qu'elles avaient toujours considérée comme la vivante image de Marie. Mais fortes et résignées, elles portent vers le ciel leurs regrets et leurs soupirs, assurées d’avoir auprès de Dieu une puissante avocate, pour ies aider à continuer l'œuvre dont elles restaient les héritières.

À la nouvelle de la perte que venait de faire la colonie, tout Montréal s'’émut. De toutes parts on accourut à la Congrégation pour donner à la sainte Fondatrice des témoignages de respect et de vénération. Chacun voulait se procurer quelque chose qui eût appartenu à cette religieuse, si justement vénérée et regrettée, ou au moins faire toucher à son corps des chapelets, des médailles ou autres objets pieux.

L'inhumation de ce saint corps donna lieu à une pieuse contestation entre la Congrégation et le Séminaire, M. Dollier de Casson, supérieur, partagea le différend en ordonnant que le corps fût enterré dans l'église paroissiale et que le cœur fût placé dans la chapelle des Sœurs.

En conséquence, les obsèques furent célébrées à la paroisse. Il y eut un concours dont on n'avait point vu jusqu'alors d'exemple à Ville-Marie. Un ecclésiastique qui y assistait écrivait le jour mème à un de ses amis de France : « Il n'y a jamais eu « tant de prêtres ni de religieux dans l'église de « Montréal qu'il en est venu ce matin aux funé- « railles de la Mère Bourgeoys. MM. nos Gouver- « neurs général et particulier ont été présents.et le « concours du peuple a été extraordinaire. Si les « saints se canonisaient comme autrefois, on dirait « demain la messe de SaiNTE MARGUERITE DU &« CANADA. »

M. Dollier de Casson, âgé de quatre-vingts ans qui avait toujours honoré la vénérable Mère comme l'un des plus riches présents que la bonté divine eut faits à la colonie, prononçæ lui-même l'Oraison funèbre.

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Le cœur de la regrettée défunte fut renfermé dans une boîte de plomb en forme de cœur et placé dans une niche préparée dans le mur de l'église de la Congrégation. Le trentième jour depuis celui du décès, on fit un service solennel. M. de Belmont prononça une seconde oraison funèbre. On ferma l'entrée de cette niche par une plaque sur laquelle on grava-l'inscription suivante :

Obsèques de 1a Vénérable Mère Marguerite Bourgeoys.

Le cœur qu: couvre cette pierre,

Ennemi de la chair, détaché de la terre, N'ent point d'autre trésor qu'un essaim précieux De wierges que son zèle assembla dans ces lieux,

En descendant dans la tombe, la vénérable Fonuatrice éveilla dans tous les cœurs un élan d'estime et de reconnaissance. Depuis cette époque, son souvenir s'est conservé et se perpétue, non seulement lans sa famille religieuse, mais encore dans le Canada toutentier. Le nom de MARGUERITE Bour- GEOYS, essentiellement lié à l’histoire de la colonie, est connu, béni et invoqué dans les familles chrétiennes,comme celui d'un apôtre, d'une bienfaitrice et d’une mère. Les jeunes personnes confiées aux soins de ses filles et formées à leur école portent partout l'amour et l'admiration qu’elles ont pour sa mémoire. En Canada et dans les contrées voisines, on aime et on honore l’héroïque Fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame.

Dieu a daigné autoriser par un grand nombre de faveurs, la confiance des personnes qui recourent à l'intercession de sa fidèle servante. A Ville-Marie et ailleurs, on a attrilsué au crédit de Marguerite Bourgeoys, auprès de Dieu, diverses grâces et cures merveilleuses obtenues à la suite de neuvaines particulières faites en son honneur. Ces faits attestent la dévotion qu'inspire le souvenir des vertus et des œuvres de cette humble servante de Dieu.

Aussi l’église du Canada s’est-elle particulièrement réjouie lorsque le 7 décembre 1878, un décret de la Sacrée Congrégation des Rites, sous le glorieux pontificat de notre Très Saint Père le Pape Léon XIII, déclara VENÉRABLE la très humble servante de Dieu, MaRGUERITE Bour&Gzoys, fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal.

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Unie aux prières des pieux fidèles, sa nombreuse famille, dans un profond sentiment d'amour filial et de religieuse vénération, appelle de tous ses vœux le jour où il lui sera donné d'honcorer sur les autels sa glorieuse et bien-aimée Mère.

Grâce à la protection de son auguste patronne, la Reine du Ciel, la Congrégation de Notre-Dame de Montréal s'est développée, malgré diverses épreuves, notamment celle des trois incendies désastreux de 1683, 1768, 1893. Elle a donné l'éducation chrétienne à des milliers de jeunes filles dans toutes les classes de la société. Aujourd’hui, l’Institut dont les constitutions ont été définitivement approuvées par le Saint-Siège, compte cent douze établissements, répandus dans vingt diocèses, et onze cents religieuses professes, donnent l'instruction à plus de vingt-cinq mille élèves.

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