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ainsi que nous l'avons vu, se décida à lui abandonner son trône, l'auteur a recours à une intervention divine.
Notre Seigneur apparut au roi dans un songe et lui fit au sujet des mauvais traitements qu'il avait infligés à Lalibala des reproches très vifs qui le frappèrent de terreur; il lui annonça que son règne était terminé et que son royaume allait être donné à son frère pour qu'il pût construire des églises; puis il lui fit connaître dans quel endroit se trouvait Lalibala et lui ordonna de l'aller chercher en grande pompe et de l'installer lui-même sur son trône avec les cérémonies d'usage. Harbay se rendit près de Lalibala et se conforma en tous points aux ordres qui lui avaient été donnés par le Christ. Lalibala fut nommé roi et à son avènement il prit le nom de Gabra-Masqal qui lui avait été indiqué par Dieu lui-même.
La nouvelle position de Lalibala n'apporta aucun changement dans sa manière de vivre ; il continua de pratiquer le jeûne et l'humilité comme auparavant. 11 s'abstenait des mets de la table royale et ne mangeait chaque jour que trois morceaux de pain trempé dans du bouillon aux herbes*; encore parfois les donnait-il à trois pauvres qui se présentaient à sa porte au moment du repas. Ces pauvres étaient des anges qui venaient l'éprouver.
L'auteur cite ensuite plusieurs miracles se rapportant au saint roi.
Un jour que leshabitanls d'une petite ville lui apportaient des pots de miel, ils furent arrêtés par une rivière qui avait considérablement grossi. Ayant voulu la traverser, ils furent emportés par le courant et les pots de miel furent
1 . Voir plus haut^ P- 17, le manuscrit éthiopien traduit pour M. Raffray.
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entraînés au fond de l'eau; mais lorsque la crue eut cessé on les trouva intacts sur le sable.
Un des vassaux de Lalibala se révolta contre lui et il dut envoyer son fils à la tête de ses troupes pour réprimer la rébellion. Son fils proposa la paix qui fut repoussée et un combat singulier eut lieu entre lui et le fils du rebelle. Lorsque celui-ci l'attaqua, Dieu fit dévier son arme; ce fut alors le tour du fils de Lalibala : son javelot atteignit au cou le fils du rebelle, le traversa de part en part et le cloua sur la terre. Les troupes de ce dernier prirent la fuite et le fils de Lalibala amena à son père le vassal révolté dont il s'était emparé. Lalibala, qui était miséricordieux, se borna à lui faire des remontrances et le renvoya dans son pays. En le quittant, ce prince se moqua de lui et de ses troupes, puis il sauta sur son cheval et s'en alla; sur sa route, il se heurta à un arbre épineux qui lui perça le front et il mourut sur-le-champ.
L'auteur cite encore deux autres exemples, l'un d'une femme riche qui blasphémait contre Lahbala et qui, ayant mangé un morceau de viande qui était resté dans son gosier et l'étranglait, n'en fut délivrée qu'en invoquant le nom de celui qu'elle avait insulté; l'autre d'un homme qui proférait aussi des injures contre ce roi et qui devint aveugle.
Nous arrivons enfin à la construction des églises monolithes. LaHbala fit forger un grand nombre d'outils pour travailler la pierre; puis il rassembla ses sujets et leur demanda de fixer eux-mêmes le prix du salaire qu'ils désiraient recevoir. Lorsque les prix furent convenus, les travaux commencèrent aussitôt. Il alla lui-même avec ses officiers prendre les mesures et faire le tracé des églises sur un terrain qu'il avait acheté à cet effet. L'auteur donne ensuite la description des dix églises, construites par Lalibala en conformité de celles qu'il avait vues dans le ciel
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ei avec le concours des anges qu'il pouvait seul apercevoir.
Lorsque ces constructions furent terminées, Lalibala ne voulut pas que la royauté passât aux mains de son fils, mais il demanda h Dieu de la ramener à la maison d'Israël. Il distribua ensuite tous ses biens aux pauvres et dota les églises qu'il avait bâties. Puis, après une courte maladie, il mourut le 22 du mois de hazirân (juin).
Il n'est pas difficile de voir que cette histoire repose sur la construction de ces églises monolithes qui font encore aujourd'hui l'admiration des voyageurs'. C'est pour les
1. Je dois dire cependant que certains faits qui y sont rapportés se trouvent également mentionnés dans l'article du synaxare consacré à Lalibala, malis ils sont exposés différemment. Afin qu'on en puisse juger, je donne ici la traduction de cet article d'après le manuscrit éthiopien de la Bibliothèque nationale, n° 128, fol. 122 v° (Zotenberg, Calai., p. 188): « Ce jour-là (le 12 de séné) mourut (?) aussi le bienheureux et pur Lalibala, roi d'Élhiopie, qui vit les mystères descieux. Dès sa plus tendre enfance, ses parents l'élevèrent dans la crainte de Dieu. Lorsqu'il eut grandi et fut arrivé à l'âge d'homme, son frère ayant appris qu'il posséderait un jour son royaume et qu'il s'asseoirait sur son trône, en conçut de la jalousie. Il manda Lalibala et lorsque celui-ci fut en sa présence, il imagina un prétexte et le fît frapper à grands coups depuis 3 heures jusqu'à 9 heures; puis il ordonna de le ramener devant lui. II fut étonné, ainsi que tous les gens de sa cour, devoir que Lalibala n'avait eu aucun mal, car un ange de Dieu l'avait protégé. Le roi lui dit : Pardonne-moi, mon frère, ce que je t'ai fait. Ils se reconcilièrent et devinrent amis. Dieu vil le châtiment qui avait été infligé à Lalibala ce jour-là et il lui donna le royaume. Lorsque Lalibala fut roi, il voulut être agréable à Dieu; il fit beaucoup d'aumônes aux pauvres et aux malheureux, et quand Dieu vit son grand amour, il lui envoya dans un songe un ange qui le ravit près de lui. Dieu lui montra comment il devait construire dix églises de couleur (ou d'aspect) différente et Lalibala fit ce que Dieu lui avait montré. Lorsqu'il eut terminé la construction de ces églises, Dieu
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conslruire que Lalibala est devenu roi et les faits antérieurs à son avènement concourent tous à ce but.
Ainsi que l'a fait remarquer M. Antoine d'Abbadie, dont j'ai cité l'opinion, il y a fort peu de données historiques dans cette Vie de Lalibala. Pourtant il semble que ce soit le plus ancien document que nous possédions sur ce roi. J'ai dit qu'il existe au Bîitish Muséum un autre manuscrit de la Vie de Lalibala qui remonte au xiv^ siècle et dont j'ignore le contenu. Mais il est certain que M. d'Abbadie qui avait en Abyssinie tous les moyens de se procurer le meilleur texte et qui est très compétent pour tout ce qui touche à la langue et à l'histoire de ce pays, a fait copier celui qui lui paraissait avoir le plus de valeur, qui était regardé comme authentique. Or, sa copie, d'après la description qu'il en donne, concorde avec la mienne. On peut donc, à mon avis, considérer les trois manuscrits comme ayant la même rédaction et relatant ce que l'on savait en Abyssinie sur Lalibala au xiv® siècle, c'est-à-dire aune époque où le souvenir de ce roi était encore vivant.
Les seules indications historiques à retenir de cette histoire sont celles-ci :
1° Lalibala était fils de Jân-Seyum, riche personnage de Tépoque ', ce qui s'accorde avec le manuscrit éthiopien
donna le trône au fils de son frère; puis Lalibala mourut en paix. » Suit le salam reproduit par Ludolf et dont nous avons donné la traduction, p. 18, note 7.
1. Il ne faut pas songer, je crois, à identifier ce Jân-Seyum avec le Jân-Shëyum des listes éthiopiennes. Celui-ci se trouve en effet séparé de Lalibala par trois rois qui, d'après ces listes, auraient régné chacun 40 ans, soit pendant un espace de 120 ans. Mais alors, comment expliquer que le frère de Lalibala était roi d'Ethiopie? Enfin le manuscrit éthiopien cité par M. Raffray donne deux fils à Jân-Seyum, Guébré-Mariam et Lalibéla, dont le premier n'est mentionné nulle part ailleurs.
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consulté par M. RafFray et avec ce que dit Fr. Alvarès, que Lalibala n'était pas fils d'un roi.
2° Le trône était alors occupé par son frère, nommé Harbay, qui abdiqua en sa faveur. Ce nom est aussi mentionné dans la légende de saint Abo, que nous avons rapportée plus haut (v. note, p. 35).
3° Lalibala ne voulut pas que son fils héritâtde la royauté, mais qu'elle revînt à la maison d'Israël. Ce qui démontre d'une part qu'il n'était pas de la dynastie Salomonienne et tendrait à prouver d'autre part que c'est à sa mort ou peu de temps après que la restauration de cette dynastie eut lieu.