Saint Paul, I Corinth., xii, 31 ; xiii, 1^ et
0 mes chers amis, quel est celui de vous qui, à la vue d'un brigand, ne prendrait pas la fuite; quel est celui qui en voyant un javelot aigu entre les mains d'un ennemi vigoureux, ne chercherait pas à l'éviter; quel est celui qui, à la vue d'une épée tranchante suspendue sur son cou, n'aurait aucune frayeur {fol. 44); quel est celui qui voyant un feu ardent s'y jetterait, sans être effrayé de la flamme, qui en voyant un profond abîme s'y précipiterait pour rouler jusqu'en bas? Personne ne ferait ce que fit Lalibala par amour pour son prochain, car il fut un écrin pour l'amour de Dieu et de ses semblables. Si d'autres avaient été à sa place, si pareille chose et pareil événement leur étaientarrivés, ils n'auraient pas même voulu toucher cette coupe du bout de leurs doigts, après avoir vu qu'elle avait l'ait mourir leurs semblables qui y avaient bu auparavant ; bien plus, ils se seraient emparés de la femme qui laleurauraitdonnée, ils l'auraient injuriée, maltraitée et mise à mort. Il me semble qu'ils auraient dévoré sa chair et bu son sang, et encore leur cœur n'eût pas été satisfait, car l'action dont elle s'était rendue coupable est bien mauvaise.
Mais Lalibala ne craignit pas de boire à la coupe empoisonnée; il se souvint du fiel et du vinaigre mêlés à la myrrhe que but sur la croix Notre Sauveur pour racheter un grand nombre de pécheurs, ainsi qu'il l'a dit lui-même : Je donne ma vie pour mes brebis. Rien n'est plus grand que cet amour (du prochain), qui fait que l'on s'immole pour ses amis
\/oL 45 ?••] En vérité Lalibala ressembla au Sauveur du monde puisqu'il but volontairement à lacoupe empoisonnée par amour pour les autres ; car il avait appris que la charité est toute la loi Celui qui aime son prochain accomplit toute la loi. 11 avait appris aussi cette parole de l'Évangile : Aime le Seigneur de tout ton cœur, de toute ta force et de
toute la pensée, et aime ton prochain comme toi-même, car c'est à ces préceptes que se rattachent la loi et les prophètes •. Lalibala les suivit jusqu'à se livrer à la mort, puisqu'il but ce breuvage qui avait donné la mort à un homme et à un animal. Quant à lui, lorsqu'il l'eut absorbé, il ne le fit pas mourir [fol. 46 r°], mais lui découvrit les mystères du ciel et de la terre, et c'est encore une ressemblance avec Jésus-Christ, car la coupe de mort du Christ donna la vie à ceux qui étaient morts, la lumière à ceux qui étaient dans les ténèbres, la richesse à ceux qui étaient pauvres et la pureté à ceux qui étaient souillés par l'adoration des idoles