‹ Vie de Lalibala, roi d'ÉthiopieChapitre 30 sur 48 · Ps. Lv · texte numérisé non relu

Ps. Lv

bre d'abeilles qui l'entourèrent comme elles entourent le miel, et sa mère vil ces abeilles qui se groupaient autour de son enfant, comme l'armée autour du roi. A ce moment l'esprit du prophète descendit en elle et elle dit : a Les abeilles connaissent que cet enfant est grand. » C'est pourquoi elle lui donna le nom de Lalibala, qui signifie : « L'abeille a connu sa grâce ».

Il est certain, en effet, que les abeilles ont connu sa grâce, puisqu'elles l'ont entoure comme du miel (car les abeilles aiment le miel) et c'est pour cela qu'elles ont volé autour de lui : car le bienheureux Lalibala devait produire un miel pur de bonnes œuvres, en cueillant des fleurs de diverses couleurs, de différentes formes, de toute odeur et de tout parfum; en luttant plus que les autres saints, en jeûnant plus que les autres jeûneurs, en restant plus pur que les autres hommes purs, en résistant (aux passions) plus que les autres hommes fermes, en adorant Dieu plus que les autres adorateurs, en s'humiliant plus que les autres hommes humbles, en se montrant plus doux et plus miséricordieux que les autres hommes doux et miséricordieux et plus charitable que ceux qui font l'aumône, en aimant son prochain plus que les autres philanthropes, en allant le matin à l'église plus souvent que les autres assidus* et en faisant la paix autour de lui plus que les autres hommes paisibles. De tout ce qui constitue les bonnes œuvres, il n'est pas une seule chose que le bienheureux Lalibala n'ait pas recueillie, pour acquérir la sagesse.

Celui qui scrute les cœurs et les reins avait envoyé les abeilles pour l'entourer au jour de sa naissance, comme elles entourent le miel. Il y a encore une autre similitude qui complète le présage doimé par ces abeilles au sujet du

i . En suppléant le mot rusata à la fin de la phrase.

bienheureux et saint Lalibala, car un grand mystère a été révélé le jour de sa naissance; c'est que tout en étant enfant [/«/. 37], il lui était annoncé ce qui lui arriverait dans su vieillesse. Les abeilles figurent en effet l'armée du roi, et leur aiguillon (?), avec lequel elles piquent les hommes, est l'image des armes des soldats du roi avec lesquelles ils font la guerre aux infidèles qui combattent le roi. Car le bienheureux Lalibala devait être roi et c'est pour cela que les abeilles l'entouraient, comme l'armée et l'escorte d'un roi, sans qu'il comprît lui-même ce présage de son commandement. Avant qu'il fût proclamé roi, sa royauté se révéla; avant qu'on l'eût nommé roi ou prince, sa suprématie apparut. Mais ce n'étaient pas des abeilles corporelles, c'étaient des anges qui en avaient pris la forme pour annoncer son règne et le miel pur de bonnes œuvres (jui distillerait de lui, car le bienheureux Lalibala devait revêtir (les habits royaux) et accomplir toute cette prophétie sur la terre, c'est-à-dire y faire des œuvres de justice.

PORTRAIT DE LALIBALA.

Puis il grandit, nourri par l'Esprit-Saint qui le fortifia en puissance, en sagesse et en résolution, avec un maintien admirable de majesté. 11 était parfaitement beau, sans difformité de la têle aux pieds ; ses joues étaient rouges comme l'écorce de la grenade . ses yeux semblables à l'étoile du malin, les doigts doses mains comme un couple de tourterelles (!), son nez droit, le timbre de sa voix agréable, sa bouche éloquente et sa langue Ainsi grandit Lalibala,

accompagné par la grâce de Dieu, l'aide de Jésus-Christ et les dons du Saint-Esprit. Tous ceux qui le voyaient admiraient sa majesté et son maintien, et lui prédisaient la

royauté. Les abeilles l'avaient aussi fait connaître auparavant, le jour de sa naissance; de même que Notre Sauveur lorsqu'il naquit d'une vierge sainte dans le sein de laquelle il avait été conçu sans le concours d'aucun homme, avait envoyé une étoile aux mages pour leur annoncer sa naissance et leur révéler sa royauté, car il était né roi des cieux et de la terre, dans le pays de Jiida; de même au lieu d'une étoile (/e recto du fol. 38 co?i tient un dessin colorié avec cette inscription : Comment naquit saint Lalibala dans la ville de Rofià) [fol. 38 r°] il envoya des abeilles, le jour de la naissance du bienheureux Lalibala, pour annoncer sa royauté alors qu'il était encore tout petit enfant, parce qu'il devait être roi lorsqu'il serait devenu grand. Jésus- Christ devait avoir en partage le royaume des cieux et celui de la terre, et c'est pour cela que sa naissance fut révélée par une étoile; la naissance de son serviteur Lalibala fut révélée par des abeilles, parce que son Seigneur voulut le faire son égal. C'est pourquoi il fut rempli de l'Esprit-Saint dès le sein de sa mère, comme Jérémie et Jean. C'est ainsi que le bienheureux Lalibala naquit rempli de l'esprit de la science et de la sagesse, de l'esprit de Tintelligence et du jugement, de l'esprit de sainteté et de pureté, car il naquit par la volonté du Père, par le bon plaisir du Fils et par la puissance du Sainl-Esprit.

(Le verso du fol. 39 contient un dessin colorié représentant Lalibala faisant t aumône aux enfants des pauvres.)

LALIBALA EST PERSÉCUTÉ PAR SOiN FRÈRK, ROI DU PAYS, QUI VEUT LE FAIRE MOURIR.

[fol. 41]. A celte époque le trône était occupé par son frère nommé Harbâye. Celui-ci ayant eu connaissance de la prophétie concernant Lalibala, son frère, crut qu'il s'em-

parerait de son royaume sans la volonté de Dieu et il en fut très tourmenté, ainsi que tous ses amis (ses courtisans). Mais on ne peut s'emparer d'un trône que par la volonté de Dieu et si cette volonté se manifeste, elle ne peut man- ({uer de s'accomplir. Son frère, le roi, se mit donc à lui adresser des reproches, par jalousie, et tous ceux qui composaient la maison royale, c'est-à-dire les courtisans de son frère, le haïrent pour le même motif, de même que les frères de Joseph le détestaient parce qu'il leur avait raconté le songe qu'il avait eu (en leur disant): J'ai vu pendantla nuit que nous étions dans un champ occupés à moissonner el vos gerbes sont venues se prosterner devant la mienne. Lorsque ses frères apprirent ce songe, ils lui dirent : Est-ce que tu veux régner sur nous et être notre roi? C'est pour cela qu'ils le vendirent en Egypte; mais (ce qui avait été prédit) ne manqua pas d'arriver, quand le moment fut venu, et ses frères se prosternèrerrt devant lui, avec leurs femmes et leurs enfants, dans le pays d'Egypte, car c'était là que régnait Joseph.

Ceux qui haïssaient le bienheureux Lalibala ne savaient pas ce qui avait été écrit pour eux depuis longtemps; car le prophète dit : Ils ne savent pas, ils ne comprennent pas, ils marchent dans les ténèbres. S'ils avaient su, ils n'auraient pas blasphémé contre lui, ils ne l'auraient pas insulté, mais ils auraient dit ; Servons celui que Dieu nous a donné comme maître et soumettons-nous à celui qu'il a désigné comme notre seigneur. Mais ils voulurent se débarrasser de lui, pensant [/ô/. 42] qu'ils pouvaient le faire mourir par le poison.

Un jour le bienheureux Lalibala prit un breuvage qui l'airaiblil beaucoup, parce que c'était un breuvage débilitant mais (il n'eut d'autre effet que de le) débarrasser des impuretés de sou corps.

82 VIE bE LALlBALA

Lalibala avait une sœur consanguine (c'est-à-dire du côté paternel), qui était très méchante, fille d'Elezàbel et nouvelle Hérodiade, semblable à Qâyâl(Caïn), le meurtrier de son frère. Elle lui fit porter un poison mortel qu'elle avait préparé et mélangé à de la cervoise, afin de le faire mourir rapidement pour qu'il ne fût pas roi. Elle lui envoya une coupe pleine de ce poison, et Lalibala qui avait soif et était pressé de boire, croyant que c'était de la cervoise cl ignorant qu'on y avait ajouté du poison, commanda à un diacre de sa maison, qui était avec lui, de boire de ce breuvage. Il lui dit : Bois le premier, tu me feras plaisir. C'est ainsi qu'il avait l'habitude de faire; il faisait boire d'abord le diacre à la coupe et buvait ensuite. Mais aussitôt que ce diacre eut bu (quelques gouttes de ce liquide), il eut une grande agitation dans tous ses membres, depuis la tête jusqu'aux pieds, fut pris de vomissements, tomba (par terre) et mourut aussitôt^ car c'était un. poison violent . Un chien qui se trouvait là et qui lécha les déjections de ce diacre, mourut aussi sur-le-champ. Lorsque le bienheureux Lalibaba vit ce résultat terrible, il en fut stupéfait et se dit : Pourquoi sont morts si rapidement ce diacre qui a bu à celle coupe que ma sœur m'a envoyée, et ce chien qui a léché ses déjections. Puis ayant vu qu'ils étaient morts tous les deux aussitôt après avoir bu du breuvage de cette coupe, qui contenait du poison, le bienheureux Lalibala fut plongé dans une profonde affliction à cause de leur mort; il se frappa la poitrine, secoua la tête et s'écria en pleurant : Malheur à moi ! N'est-ce pas pour moi qu'était préparée celte boisson, et n'est-ce pas à cause de moi que sont morts ce diacre et ce chien ! Oui, mon crime est grand car c'est à ma place qu'ils ont péri. Après avoir prononcé ces mots \/ol. 43], il pleura beaucoup; l'amour de Dieu et de son prochain envahit sou cœur, et il se souvint de ce

qui est écrit dans les(Saintes) Écritures, el surfout de ce que dit (saint) Paul : Je vais vous montrer la voie la plus excellente; rien ne vous servira si vous ne vous aimez pas les uns les autres. Quand même je connaîtrais la langue des anges et celles de tous les pays, si mon corps doit être brillé, je serais impuissant à le racheter; et quand même j'aurais le don de prophétie et que je connaîtrais toutes les choses qui ont été cachées ou révélées , si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. Cela ne me servira de rien. Puisque je n'ai pas la charité, je ne suis rien et je ne vaux rien, car la charité est toute la loi '. Lalibala qui avait vu cela et qui savait que Notre Seigneur Jésus-Christ voulait que l'on aimât les hommes, prit la coupe qui avait causé la mort du diacre et du chien et en but le conteriu en s'écriant : Que je meure comme eux, puisque c'est à cause de moi qu'ils sont morts.

Voyez, ô mes amis, quelle bonté et quelle pureté de cœur chez Lalihala, qui se livre à la mort parce qu'il a causé la mort d'autres créatures, et qui ne s'épargne pas. L'amour ardent de l'Esprit-Saint brûlait en lui et ne s'était pas refroidi dans son cœur; il n'avait pas été atteint par l'eau de la perdition. Considérez cela, ô mes chers amis. S'il en était ainsi pour tous, j'en rendrais grâces à Dieu.

Parce qu'il n'avait pas bu tout d'abord à cette coupe empoisonnée, qui avait fait mourir ce diacre lorsqu'il en avait bu, non une grande, mais une petite quantité, aussitôt qu'il y eut goûté, Lahbala, voyant qu'il était mort, s'écrie : Que je meure comme lui, puisque c'est une coupe que l'on avait préparée pour moi qui a donné la mort à un autre; mon péché a été assez énorme pour faire périr mon frère (?). Et en disant ces mots, il prend cette coupe funeste et la boit résolument avec une abnégation parfaite.

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