‹ Vie de Lalibala, roi d'ÉthiopieChapitre 33 sur 48 · Saint Matthieu, xxii,37 à · texte numérisé non relu

Saint Matthieu, xxii,37 à

2. Ce détail pourra paraître singulier au lecteur, mais il est tout naturel dans la bouche d'un Abyssin, car il ne faut pas oublier que l'Abyssinie est le pays du ver solitaire.

n'a aucune action sur les serviteurs de Dieu, comme le dit Notre Seigneur lui-même : S'ils boivent un poison mortel il ne leur fera aucun mal el ne les touchera pas. Mais pour ce qui est de la faiblesse de Lalibala, elle provenait de ce que ce ver s'agitait pour sortir, lorsqu'il fut atteint par le poison, et le bienheureux Lalibala se trouva mieux et fut guéri de sa maladie; alors Dieu vit la bonté de ce bienheureux, ainsi que son amour des hommes, son envie de lui ressembler, son ardent désir de faire sa volonté et d'exécuter ses commandements, et comment il avait bu la coupe pleine de poison mortel par amour pour son prochain: il lui envoya un de ses anges lumineux choisi dans son armée, pour le visiter et enlever son âme au ciel, afin de lui montrer les mystères d'en haut. Cet ange lumineux descendit vers lui tout joyeux, élincelant comme du feu, car c'est ainsi que vont les anges de lumière lorsque le Dieu juste les envoie vers ses élus et vers ceux qui font sa volonté, pour les visiter et les pourvoir du nécessaire, pour les faire sortir de prison, leur révéler des secrets ou leur porter secours dans toutes leurs afflictions [fol. 48]. Lorsqu'ils sont envoyés près des saints, les anges de lumière sont radieux de contentement. Celui-ci vint trouver Lalibala au moment où il venait de boire ce breuvage empoisonné, et il enleva son âme jusqu'aux cieux avec une grande joie. Pendant qu'il le faisait monter au ciel, il lui appiit à chanter le cantique suivant: « Envoie ta lumière et ta vérité; qu'elles me conduisent et m'introduisent à la montagne de la sainteté et dans tes tabernacles. Alorsj'entrerai jusqu'à l'autel de Dieu, du Dieu qui a réjoui ma jeunesse ^ Si je monte aux cieux tu y es, si je descends dans l'abîme, tu t'y trouves; si je prenais les ailes de l'aigle el si j'allais demeurer à l'extré-

\. Ps. xLiii, 3, 4.

mile de la mer, là aussi la main me conduirail et ta droite me saisirait'. »

Tout en chantant ainsi, il s'éleva, porté sur les ailes de l'ange de lumière, jusqu'à la région du premier ciel, et lorsqu'il arriva au firmament, il entendit un bruit effrayant et terrible et aperçut des visages redoutables, qui lançaient des étincelles de feu et rugissaient de colère, comme s'ils eussent voulu le mettre en pièces. Alors Lalibala fut effrayé par le bruit de leur colère et la fureur de leur rugissements, ainsi que par leur aspect terrifiant, qui désagrège les membres comme le feu fait fondre la cire. A leur vue Lalibala fut stupéfié et saisi d'une grande frayeur. L'ange qui le conduisait gardait le silence et ne cherchait pas à apaiser ces visages courroucés, qui se montraient à Lalibala sous un aspect terrible, et lorsque celui-ci vit leur colère, il comprit toute la frayeur qu'ils lui inspiraient

[fol. 53] Puis l'ange vola dans le second ciel en emportant le bienheureux Lahbala et lui dit : Réjouis-toi^ homme de Dieu, de te trouver dans cet espace réservé aux anges vigilants. Vois cette région lumineuse, puisque tu as été jugé digne de la grande faveur de jouir de cette vue. Comme il disait ces mots, Lalibala entendit un grand bruit semblable au bruit des eaux puissantes, quoique agréable à entendre, et ce bruit épouvantable était encore plus terrifiant que celui qu'il avait déjà entendu dans le premier ciel. Alors il dit à l'ange qui l'accompagnait : Combien ce bruit est plus solennel et majestueux que celui que je viens d'entendre !

[fol. o6J Et tandis que Lalibala parlait ainsi, l'ange le ravit du second ciel et le transporta dans la région du troisième ciel, environné de lumière et de gloire. Les anges

Page 1