LALIBALA, MALTRAITÉ PAR SON FRÈRE, SE RETIRE AU DÉSERT
Le bienheureux Lalibala continua à être en bulle aux injures et au mépris des gens de sa famille el de ceux que Satan avait suscités contre lui. Ils se moquaient de lui; l'un disait : Il sera roi, puis un autre ajoutait : S'il règne, il nous vendra de la myrrhe^ qui est l'encens de l'église. Lorsque Lalibala entendaittoutes ces injures, il pensait enlui-même : Allons, je suis un sujet de scandale pour mon prochain, pour mes frères; je ne resterai pas plus longtemps avec eux. Il vaut mieux que j'aille dans le désert vivre avec les bêtes féroces ; il est préférable d'être avec ces animaux qu'avec ces gens à la langue blessante, car personne ne peut dompter la langue de l'homme. Toute créature se soumet à Thoinme, l'animal qui marche et l'oiseau qui vole, mais la langue de l'homme est indomptable; elle est mauvaise et pleine de venin mortel, ainsi que le dit (saint) Paul : La tentation ne vous viendra que de l'homme. Hénoch abandonna les hommes et se retira \fol. 79] dans le désert, préférant la société des bêtes et les bêtes ne l'ont pas conduit au péché. C'est ensuite qu'il a été enlevé au ciel et qu'il en a vu les mystères. Élie aussi s'est retiré dans le désert el a été nourri par des corbeaux qui venaient soir et malin lui apporter du pain. Les hommes ne lui ont pas fait commet Ire de péché parce qu'il a fui Jésabel, mais il n'a pas eu à fuir devant les animaux féroces el ceux-ci venaien l se prosterner
4 . Mot à mot : « de l'eau de myrrhe ou de styrax, aqua ^iurnàna ».
devant lui. Enfin Jean a vécu au désert depuis sa jeunesse, mangeant les feuilles tendres des arbres et buvant la rosée. Les bêtes ne l'ont pas poussé au péché; les lions et les bœufs sauvages furent pour lui des frères.
Après avoir fait ces réflexions, Lalibala s'en alla au désert où il vécut d'animaux qu'il chassait et de perdrix qu'il prenait dans des filets. Le bienheureux Lalibala n'avait d'autre pensée que de célébrer sans cesse par des chants la gloire de Dieu. 11 se frappait la poitrine jour et nuit en poussant des gémissements et en versant des larmes amères dans sa grande affliction ; il se mortifiait par la faim, la soif, le froid, le manque de vêtements, le travail et la fatigue et se soumit à toutes les privations de ceux qui vivent dans le désert. Les hommes l'appelaient un animal, mais Dieu le considérait comme un (soldat) de son armée, car il voit le cœur et scrute les reins et il ne juge pas comme les hommes, parce qu'il voit l'intérieur, tandis que les hommes ne voient que le visage. Lalibala était méprisé par les hommes et petit aux yeux du monde, mais grand et glorieux devant Dieu.
Il demeuradonc dans le désert, comme les Israélites, aux besoins desquels pourvut l'Esprit de Dieu, lorsqu'ils entrèrent dans la terre promise, que l'Éternel avait juré à leurs pères de leur donner. Le bienheureux Lalibala vécut aussi dans le désert, soutenu par la force de l'Esprit-Saint et il se procurait sa nourriture en se livrant à la chasse, comme je vous l'ai dit.
Que la bénédiction de sa prière accompagne la servante de Dieu, notre reine Walatta lyasus, ses enfants Hayla lyasur^, Hayla Mikà'el, WaldaMâryâm et ses filles Walatta Mâryâm et Hirula Selâsê. Que la bénédiction de sa grâce se répande sur nous tous qui sommes réunis dans cette sainte église, jusqu'à la fin des siècles. Ainsi soit-il.
94 VIE DE lALlBALA.