‹ Vie de Lalibala, roi d'ÉthiopieChapitre 37 sur 48 · MARIAGE DE LALIBALA ; LE ROI, SON FRÈRE, LE FAIT VENIR POUR · texte numérisé non relu

MARIAGE DE LALIBALA ; LE ROI, SON FRÈRE, LE FAIT VENIR POUR

l'en PUNIR.

[fol. 80] Pendant que le bienheureux Lalibala était dans le désert, l'ange du Seigneur, qui l'avait transporté au ciel et qui avait reçu mission de veiller sur lui jusqu'àla tin de ses jours, lui apparut et lui dit : Je te salue, Lalibala, homme du Seigneur. — Le bienheureux Lalibala lui répondit: Oui es tu, toi qui me salues? — L'ange répliqua : Je suis l'ange de Dieu; c'est moi qui t'ai enlevé au ciel, qui t'ai montré les mystères de lumière et qui suis chargé de veiller sur toi. — Alors le bienheureux Lalibala lui dit : Que ton salut repose sur moi, ô Seigneur. — L'ange reprit : Prête une oreille attentive à ce que je vais te dire. — Lalibala répondit : Parle, Seigneur, ton serviteur t'écoute. — Alors l'ange dit au bienheureux Lalibala : Demain malin, à cette heure-ci, une jeune fille viendra te trouver et il lui décrivit les signes auxquels il la reconnaîtrait, ainsi que ses vêtements, puis il ajouta : Cette jeune tille deviendra ta femme; elle a été, comme toi, choisie par Dieu, et elle te sera aussi chère que toi-même. Elle ne t'est pas inférieure par la beauté de ses actions, c'est une servante de Dieu et elle l'enseignera beaucoup de bonnes œuvres. Tu l'entretiendras de ce projet et lu lui parleras comme je te parle moi-même, de la part de Dieu, car c'est lui qui m'a ordonné de te dire cela. — Et Lalibala répondit à l'ange : Me faudra-t-il donc prendre une femme, maintenant que j'ai vu la lumière resplendissante que tu m'as montrée dans les sept cieux, la majesté qui existe dans le firmament et que tu m'as bien recommandé de ne pas oublier. — Mais l'ange reprit : Sera-ce un péché pour toi de prendre une femme,

homme de Dieu, puisque ta récompense et ta grâce ne seront pas amoindries à cause d'elle? Car ce n'est pas pour l'amour de la femme que tu te marieras, mais pour l'amour de la postérité. Lalibala résista encore à l'ange du Seigneur et lui dit : Il ne me convient pas de me marier, mais l'ange insista : Peux-lu, lui dit-il, t'opposer aux ordres de Dieu et donnei'as-tu seul la vie aux enfants qui sont dans tes reins? — Après avoir longtemps parlé sur ce sujet, le bienheureux Lalibala répondit : Que la [fol. 81] volonté de Dieu soit faite et non la mienne. Alors l'ange disparut.

Le lendemain, Lalibala vit une jeune fille qui ramassait de l'herbe dans le désert, et dont le signalement répondait à celui que lui avait donné l'ange du Seigneur. 11 lui parla comme l'ange le lui avait recommandé. C'était une sainte personne et elle fut charmée de ce que lui dit Lalibala, car il agissait par l'ordre de Dieu. Lalibala se fixa dans cette partie du désert, où cette jeune fille l'avait rencontré. Elle lui apportait du pain et des racines qu'elle faisait cuire chez son père, et cela dura longtemps. Puis le bienheureux Lalibala lui dit un jour qu'elle vint le voir (elle venait souvent le visiter depuis qu'elle l'avait rencontré et ne manquait pas de lui apporter une partie des provisions qu'elle faisait) ; un jour donc il lui dit : Parle à ton père de ce que je t'ai raconté, et il lui répétales paroles de l'ange. Elle retourna chez elle et raconta tout à son père. Or son père vivait dans la crainte de Dieu, et savait à l'avance ce qui devait arriver. Avant qu'elle eût achevé son récit, il lui dit : Va chercher cet homme. Elle pardi aussitôt, trouva Lalibala dans le désert oij elle l'avait laissé etl'amena à son père. Lorsqu'ils furent en présence l'un de l'autre, ils se saluèrent du salut del'Espril-Saint, et le père de la jeune fille dit à Lalibala: Pourquoi as-lu séduit ma fille, ô mon fils? — Lalibala répondit : Ce n'est point volontairement que je l'ai séduite. Ce

qui a élé fixé par les décrets de Dieu ne peut manquer d'arriver, mais ce qui a été résolu par les hommes est fragile et incertain.

En entendant Lalibala parler ainsi, le père de la jeune fille comprit que l'ange du Seigneur lui avait apparu, et il appela sa femme pour prendre son avis avant de donner sa fille à Lalibala. Sa femme y consentit volontiers, car Lalibala avait une physionomie et un aspect agréables, parce que la grâce de Dieu l'entourait. De même que le soleil, attaché à la voûte du firmament envahit l'atmosphère de toute la force de sa beauté et de l'éclat de sa lumière; de même la grâce de Dieu environnait Lalibala [fol. 82]. Les parents de cette jeune fille la lui donnèrent donc pour qu'elle fût sa femme selon la loi de Dieu. Le saint et bienheureux Lalibala prit la jeune fille et la reconnut pour sa femme devant Dieu ; ils furent bénis l'un et l'aulre et reçurent de Jésus-Christ le sceau de la grâce, comme furent bénis Isaac et Rébecca, qui donnèrent le jour au père des douze rameaux d'olivier, lequel lutta avecl'homme (ange) de feu (?) et fut pour ce molif appelé Israël. Le bienheureux Lalibala continua à vivre dans une plus grande crainte de Dieu, à faire sa volonté et à se soumettre aux prescriptions de l'Évangile du Christ, après qu'il eut rencontré cette jeune fille, car elle avait uu grand amour de Dieu. Aussi elle obéissait à son mari comme Sarah obéissait à Abraham. Elle l'appelait mon seigneur, et agissait d'après ses ordres et ses conseils. Il suivait, sans s'en écarter en rien, les conseils de sa femme, qui étaient pour lui plus doux que le miel et le sucre, et sa parole était aussi pour elle plus agréable que les raisins.

Ils vécurent ainsi dans un amour parfait de Dieu, car c'était Dieu qui les avait unis et c'est pour cela qu'ils ne formaient qu'un seul corps, ainsi qu'il est dit dans la

Genèse : L'homme abandonnera son père et sa mère pour suivre sa femme el ils seront fous les deux un seul corps \ Notre Seigneur dit aussi dans son Évangile : L'homme ella femme ne font qu'un seul corps et non deux; l'homme ne divisera pas ce que Dieu a étroitement uni. Telle fut le mariage de Lahbala et de Masqal Kebrâ, unis par un lien spirituel, non par les charmes des démons (?) comme les gens du monde, mais d'après la loi que Dieu a étabhe, ainsi que l'avaient été Isaac et Uébecca; car dit (saint) Paul : Le mariage est honorable entre tous; leur union est sans souillure et leur lit sans impureté'. C'est ainsi qu'ils véculent tous les deux, observant l'amour de Dieu et l'humilité, chez le père de cette jeune fille.

Mais lorsque le diable, qui est l'ennemi du bien, les vit dans cet état (heureux), il en fut jaloux. Il ne put se contenir, son esprit fut bouleversé et il médita une ruse (pour leur faire perdre leur bonheur). Il entra alors dans le cœur d'hommes [fol. 83] qu'il avail trouvés convenables, propres, préparés et appropriés pour en faire sa demeure; il étendit sur eux le voile de sa malice à l'aide duquel il tourmenta leur esprit (?). Puis, ayant pris possession de leur âme, il les excita à agir contre Lalibala, et c'est ce qu'il firent.

Ces hommes allèrent trouver le roi pour accuser Lalibala d'un faux crime ; de même que Judas avait été poussé par le diable à livrer notre Sauveur aux princes des prêtres, qui étaient des chiens et des bœufs engraissés (?), de même ces hommes étaient conduits par Satan, le précepteur du mal; ils s'entendirent pour dire au roi que Lalibala avail pris une jeune fille qui avait donné sa foi à un autre que lui et qu'il en avait fait sa femme. Ils ajoutèrent: 0 roi, ne ferme

L Ch. Il, 24.

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