PLAN GENERAL DE L'EGLISE GORGHUIS
1. Crypte creusée dans la paroi et servant de sépulture. — 2. Magasin et logement des gens d"église. — 3 et 4. Baptistère. — 5. Escalier de Lalibala. — 6. Commencement de la voûte conduisant au groupe de six églises. — 7. Le Jordanos.
montagne sur laquelle est situé le village de Lalibéla. On ne les voit que lorsqu'on arrive sur le bord de la tranchée, et des
galeries à ciel ouvert descendent dans les cours où ils se trouvent. Alors on est étonné d'être en présence d'édifices remarquables par leurs détails architecturaux, et que leur présence au cœur d'un pays réputé barbare rend particulièrement intéressant. (Gabriel Simon, LÉthiopie, Paris, Challamel, 1883, p. 297-299.)
Il existe à Lalibéla un petit cours d'eau dont on a détourné le cours pour le faire passer dans une sorte de canal profond creusé de main d'homme dans le roc; les Éthiopiens l'ont appelé Jordanos (Jourdain). Cette tranchée a une longueur totale de 50 mètres et la hauteur moyenne des parois est de 6 à 7 mètres. Au Jordanos commence, vers le nord, une galerie souterraine conduisant au groupe de six églises, qiii communique lui-même avec celui des quatre églises par une tranchée très étroite.
Pour pénétrer dans les galeries de Biet-Gorghuis, on descend trois marches situées à l'extrémité de la galerie à ciel ouvert A; puis le sol s'incline de plus en plus jusqu'à une profondeur de 10 mètres; la tranchée se transforme ensuite en un souterrain voûté d'une longueur de 4 mètres, et quelques marches donnent accès dans la galerie B, reliant le Jordanos à l'église elle-même. Elle est d'environ 16 mètres de longueur, et ses deux extrémités sont souterraines et voûtées. Par l'une de ces deux voûtes, on arrive dans la cour de Biet-Gorghuis, coquette et petite église dont je donnerai plus loin une description détaillée.
En revenant sur ses pas, on peut arriver au groupe des six églises, soit en remontant le Jordanos et le souterrain désigné plus haut, soit parla galerie A, et les rues du village. On arrive à ce groupe parla Biet-Danaghel^ qu'une voûte sépare en deux parties inégales, puis on se trouve dans une grande cour, au centre de laquelle on aperçoit Biet-Mariam, dont on verra plus loin les détails*, ainsi que les dessins de ses arcs et de ses
1. L'ouvrage de M. Gabriel Simon contient des dessins représentant le plan de l'église Médiné-Allem, la façade est et sud de cette église, ses piliers,
piliers; à l'est, une voûte conduit à Médiné-Allem, belle église au plan rectang-ulaire, rappelant vag-uement l'architecture des temples grecs; au nord, on voit Biet-Meskal, creusée en grotte, comme Biet-Danaghel, dans les flancs de la montagne ; à l'ouest, la cour se continue et forme terrasse au-dessus de Biet-Golgothadontle niveau est, par conséquent, inférieur à celui des autres églises; on y a accès par une galerie voûtée et un escalier. Bien que Biet-Golgothane présente que Tapparence d'une seuleéglise, elle est divisée en deux qui sont Golgothaet Kodos- Mikaël.
Le deuxième groupe possède quatre églises et se relie au précédent par une tranchée étroite, qui, se dirigeant de l'ouest à l'est, conduit dans une première cour où se trouvent Biet- Gabriel etBiet-Abba-Libanos; enfin une galerie de peu de longueur conduit à une dernière cour où l'on voit Biet-Mercurios et Biel-Ammanouël.
Ces onze églises sont toutes orientées selon le rite chrétien, ce qui prouve déjà qu'elles ont été bâties après le v siècle (date assignée par M. RalTray à l'édification de ces monuments), car c'est seulement à partir du vi" siècle que les chrétiens ont observé cette règle qui a pris naissance en France. Avant cette époque, on célébrait le culte dans les anciennes basiliques, qui n'étaient pas toutes orientées uniformément. »
Ces quelques mots dits sur l'ensemble de ces églises, je commencerai la description de détail par Biet-Gorghuis.
[Saint-Georges], — Dans la galerie à ciel ouvert A il existe, dans la paroi de gauche, six trous circulaires que l'on appelle escalier de Lalibéla. La tradition affirme que le négoussLalibéla descendait cet escalier à cheval, lourde force
ses arcs et ses fenêtres, des arcs et la peinture des plafonds de Biet-Mariam, des fenêtres de Biet-Golgotha, le mur intérieur de l'église Saint-Emmanuel, le portrait de Lalibéla et un bas-relief placé au-dessus de l'entrée de Biet- Mariam et représentant saint Georges terrassant le dragon. Je n'ai reproduit que le plan général de l'église Gorghuis, qui est indispensable pour comprendre la description.
prodigieux qu'aucun cavalier n'a depuis jamais pu exécuter. La cour oii se trouve Bicl-Gorghuis forme un carré exact de 22 mètres de côté. Les parois ont une hauteur de IS mètres au nord et de 9 mètres au sud-ouest. On y remarque des cryptes assez profondes servant de sépulture aux habitants. Les Abyssiniens emploient plusieurs procédés pour la conservation des morts ; quelquefois ils placent le cadavre dans un tronc d'arbre creusé ou entre des planches reliées entre elles par des lanières, d'autres fois ils enroulent le corps dans une peau de bœuf tannée, appelée djendi, assujettie également par des lanières, et le déposent convenablement dans ces cryptes. Les cadavres se dessèchent et se conservent assez bien.
Lorsqu'un habitant de Lalibéla meurt hors de sa province, son corps est rapporté par un de ses parents et déposé, comme il est dit, dans l'enceinte sacrée.
Il existe encore, dans les parois, des chambres ou grottes où les prêtres rangent les instruments de musique et tous les accessoires ; il en est d'autres qui servent de baptistères, lorsque l'eau y vient.
Dans un angle de la cour, au nord-est, se trouve une petite construction, également monolithe, ayant comme dimensions 2 mètres sur 2"", 50; elle sert de logement au prêtre.
Au sud, on remarque un baptistère extérieur creusé dans le sol ; on sait qu'autrefois on plaçait toujours les baptistères en dehors des églises, et que ce n'est qu'au x^ siècle qu'on les a mis à l'intérieur.
Les chambres désignées plus haut et ce baptistère sont alimentés d'eau par une espèce de petit canal creusé dans la paroi de la cour, au sud-est.
Pour construire Biel-Gorghuis, on a creusé dans le rocher l'espace de la cour en laissant au centre le bloc qui devint l'église ; extérieurement on Ta taillé pour laisser le soubassement et les marches, et intérieurement, on l'a creusé, fouillé et sculpté en y laissant les murs, les piliers et les cintres.
Le plan de Biet-Gorghuis, dessiné d'après l'architecture byzantine, formé par une croix grecque; de la cour, pour pé-
nétrer dansTég^Iise, il faut monter sept degrés; la hauteur du soubassement, de ce côté, est de l'°,50, et comme le sol de la cour est en pente, la hauteur à l'est n'est plus que de O^jSS, et il n'y a que quatre marches.
Elle est très ornementée, et les fenêtres en sont excessivement originales. On voit que l'art arabe n'y est pas étranger, car elles alToctent ces formes contournées et capricieuses qu'on remarque dans les mosquées musulmanes, et qui ont donné naissance au style ogival. Les chambranles verticaux des fenêtres sont des surfaces planes au nombre de trois; ils ne prennent la forme de colonneltes, ou de boudins, qu'au-dessus des corbeaux d'ornementation et se terminent au sommet par un fleuron que nous commencerons à apercevoir en France à la fin du xi« siècle ; par une anomalie assez curieuse, on voit réunis dans le fleuron la croix grecque et le croissant musulman. Les corbeaux forment bandeaux dans les trumeaux ; leurs ornements très simples et d'un relief très peu accentué ont eu beaucoup à souffrir des injures du temps ; il en est de même de quelques fenêtres.
En suivant la tranchée B, puis le Jordanos, on peut aller, paraît-il, au groupe des six églises par une voie souterraine (n° 10) ; mais nous reviendrons sur nos pas, et, sortant des tranchées par la galerie A, nous nous rendrons dans ces monuments en traversant le village.
lSaï?it-Sauveur]. — De ces six églises, la plus remarquable par ses belles proportions, par l'ampleur de son plan, est, sans contredit, Biet-Médiné-Allem. Sa longueur totale est de 33°, 50 sur 23™, 50 de large, et intra miiros elle a 16"", 10 de largeur sur 26 mètres de longueur. Elle possède cinq nefs et huit travées. Ony remarque intérieurement vingt-huit piliers carrés de l'^.lO de côté, surmontés par des chapiteaux se composant d'un, listel et d'un quart de rond. Ils sont tous reliés entre eux par les arcs à plein cintre qu'employaient les architectes byzantins. En face de chaque pilier de nef ou de travée latérale, il existe contre le mur des pilastres de 35 centimètres de
saillie, et qui se relient entre eux et les piliers par des arcs plein cintre, ainsi qu'on peut s'en rendre compte sur le plan ^ Le plafond n'est pas voûté, les murs extérieurs ont l'",20 dans leur plus grande épaisseur ; selon le rite grec, l'autel est séparé du reste de l'église par un mur s'élevant à la hauteur des chapiteaux, et reliant les piliers de la deuxième travée, qui isole le maître-autel. A droite et à gauche de celui-ci, se trouvent deux pièces servant de sacristie ; dans les deux murs latéraux et extérieurs deux portes donnent passage aux fidèles; enfin un mur semblable au précédent sépare la première travée des autres, de sorte qu'il reste cinq travées pour les fidèles.
Mais si l'intérieur est admirable, l'extérieur ne lui cède en rien comme beauté et comme grandeur architecturale. Trentedeux piliers, de forme carrée ou rectangulaire, entourent le monument, et, à la façade principale ainsi qu'à la postérieure, un fronton rappelant vaguement ceux des monuments grecs, couronne les huils piliers et forme au-dessus de l'édifice une terrasse endos d'âne. Une rangée de grecques en demi-cercle court sur toute la longueur du fronton dont chaque angle est orné d'une croix curviligne ; quelques moulures plates encadrent le tout ; pour les façades latérales, cette ornementation se continue et forme entablement. Ce monument n'a pu survivre intact à son antiquité ; plusieurs piliers sont brisés ainsi que l'entablement, et leurs débris épars jonchent le sol. Comme particularité, les piliers d'angle seuls sont carrés et reliés à leurs voisins par un voussoir à hauteur du deuxième bandeau mouluré. Ce sont surtout les fenêtres de style grec mélangé d'arabe qui donnent à cette église ce caractère particulier qui la distingue de Biet-Gorghuis ; il y a deux rangées horizontales de fenêtres, chacune d'elles correspondant à une travée ou à une nef. Celles du rez-de-chaussée aft'ectent le carré ; c'est tout simplement un ti*ou dans lequel des meneaux en forme de croix grecque donnent à l'intérieur de l'église de beaux effets d'ombre et de lumière. Au-dessus de chacune de ces fe-
{. Voir la noie, page 152.
nêires, on remarque deuxbossag-es de forme cubique. Dans la façade est, ces baies ne sont plus carrées ; l'ouverture, de forme irrég-ulière (une ellipse rencontrée par un rectangle), style arabe, est à la partie supérieure de la croisée, et au-dessous sont des ornementations grecques : ce sont des bâtons rompus de divers dessins, des croix à branches égales, et même de simples dés en relief. Ces dessins sont, en général, effrités parle temps, et môme ceux de la deuxième fenêtre sont complètement effacés . Les fenêtres du rang supérieur sont en plein cintre et laissent pénétrer la lumière par des sortes de découpures en forme de cercles, de croix et d'étoiles qui donnentun ensemble excellent; cette ornementation est imitée de Tart arabe, tandis que celle des fenêtres inférieures est byzantine. Toutes ces découpures ont été fermées par des vitraux convexes et très épais, comme il en existait dans les monastères du moyen âge.
Ces fenêtres sont mal conservées ; il n'en existe qu'une à la façade sud, qui soit en assez bon état et qui possède encore quelques vitraux.
La cour où se trouve Mediné-Allem est rectangulaire ; elle a 43 mètres de longueur et 38 mètres de largeur ; elle est creusée à une profondeur moyenne de 10 mètres.
[Sainte-Marie], — En sortant de Médiné-AUem, on pénètre dans la deuxième cour de ce groupe par une petite voûte; on aperçoit alors Biel-Mariam, de petite dimension, mais dont l'intérieur mérite une mention spéciale. Elle possède trois nefs et trois travées : l'abside, à Test, est séparée des fidèles par une muraille à hauteur de la naissance des arcs. Les piliers, reliés par des arcs à plein cintre, n'ont pas de chapiteaux; l'art byzantin s'est complu dans cette ornementation de bâtons grecs ou rompus qui décorent les voûtes. Tous ces ornements ont un relief d'environ 0™, 04 et reposent généralement sur une imposte. Le fond est noir, et les bâtons grecs sont peints en vert ou en rouge brique. Quant aux impostes, elles affectent différentes formes; c'est tantôt un simple plan un peu en saillie,
tantôt un cylindre ou une petite baguette, tantôt des moulures. Dans tous les cas, elles sont toujours peintes comme les bâtons rompus. Une voûte se fait remarquer par une décoration toute particulière : c'est un entrelacement de courbes noires, vertes, blanches, jaunes, et bleues d'un éclat très vif, séparées seulement par un léger trait noir. Elle n'a pour imposte que quelques moulures : au-dessous, il y avait des fresques actuellement effacées. Le dessin est rompu à la clef de voûte par une croix grecque à côtés reclilignes en saillie. Le nu du mur est peint en damier, mais il en reste peu de vestiges. Un autre arc, orné de bâtons grecs dont les creux dessinent une série de croix, a son imposte ornée de bandes rouge-brique, blanches et vertes ; la bande blanche est coupée en deux par ungros Irait noir. A la clef de voûte, le nu du mur a été creusé en cercle et on a laissé en saillie une croix grecque aux côtés gracieusement contournés; aux quatre angles sont des ornements creusés; le fond du cercle est peint en rouge brique, la croix est bordée d'un trait noir. Mais l'arc le mieux décoré est celui de la planche X'; il possède une imposte cylindrique ayant des grecques en relief ainsi qu'une croix; au-dessous existe un ornement également en saillie. Les bâtons rompus sont très compliqués^ et la clef de voûte possède une étoile à six branches et au centre une croix aux côtés curvilignes. Le nu du mur est rougebrique, le fond des branches de l'étoile et de la croix est noir; la croix et les branches de l'étoile sont blanches. L'arc de îa planche X est à peu près semblable au précédent; les bâtons rompus offrent des dessins différents, et l'imposte ne comporte que des moulures.
Les plafonds ont été recouverts de peintures murales qui ont disparu ; il en reste quelques traces à l'un 4'eux : c'est une croix bordée d'un large trait noir avec des bandes transversales en vert foncé, fond blanc, encadrées par deux traits noirs. Aux quatre angles on voit comme ornements deux rosaces et deux damiers placés diagonalement.
i. Voir la note, page 152.
A la porte de Biet-Mariam. il y a un tambour d'entrée couvert en chaume, et au-dessus on aperçoit un bas-relief informe, qui ne dale pas de la même époque que rédifîce, et qui doit êlre de provenance portug^aise, car il rappelle leur manière. Or on sait que Christophe de Gama a pénétré dans le pays, au commencement du xvie siècle, à la tête de cinq cents Portugais. Ce bas-relief représente saint Georges, achevai et armé d'une lance, terrassant un dragon.
Dans le mur extérieur de Biet-Mariam a été ménagée une espèce de tribune ou plutôt une galerie contournant Téglise. Cette tribune est percée de jours permettant de voir dans l'intérieur. La légende dit que Lalibéla assistait de là aux offices divins. C'est également dans cette église que se trouve le tombeau de Lalibéla.
[Eglise de Golgotha]. — Biet-Golgotha est cette église monolithe dont le toit formant terrasse ne dépasse pas le niveau de la cour de Biet-Mariam. Comme on l'a vu plus haut, cette église est double : Biet-Kodos-Mikaël et Biet-Golgolha.
Leurs fenêtres offrent ce mélange de grec et d'arabe que nous avons remarqué dans Biet-Gorghuis. Les unes sont de simples croix percées dans le mur, les autres des carrés divisés en quatre parties par des meneaux en forme de croix latine. Il y en a qui affectent le plein cintre avec des moulures plates, et dont le corbeau et les chambranles verticaux sont ornés de courbes entrelacées et en saillie. Enfin, quelquesunes, comme à Biet-Gorghuis, sont découpées en ogive avec une colonnette-boudin faisant le tour complet de la baie et placée sur un méplat extérieur; elle est terminée à la partie supérieure par un fleuron avec la croix grecque et le croissant. Tous ces ornements sont en saillie ainsi que les fleurs et les feuilles des corbeaux.
[Église des Vierges et de la Croix]. — Les églises de Danaghel et de Meskal ne présentent rien de remarquable, si ce n'est qu'elles ne sont pas détachées de la montagne ; ce sont
des grottes creusées à même dans le roc. Leur ornementalioQ est très simple et il y a peu de peintures; les voûtes sont les mêmes que celles deBiet-Mariam.
Enfin, dans le deuxième groupe, parmi les quatre églises qui le composent, on remarque Biet-Ammanouël, dont les voûtes ornées de grecques comme à Biet-Mariam reposent sur des chapiteaux semblables à ceux de Médiné-AIlem. Le mur, entre deux voûtes, a, comme ornementation, des moulures horizontales taillées en biseau qui sont d'un très bel effet; il est percé de fenêtres rappelant celles de Médiné-Allem. Le haut de cette église est plat, sauf la nef centrale où il est voûté en forme cylindrique.
[Église de Mercure]. — Biet-Mercurios contient des peintures à fresques représentant saint Georges, saint Maurice à cheval et une Yierge à l'Enfant.
[Abha-Libanos]. — Quant à l'église Abba-Libanos, construite par Maskal Kébra en l'honneur de son mari Lalibéla, elle n'est pas complètement isolée de la montagne à laquelle elle tient par un de ses côtés; son toit est couvert de végétation. On remarque à l'intérieur une peinture murale assez originale, dont la couleur rouge brique commence à disparaître : c'est le portrait du négouss Lalibéla ayant à sa droite et à sa gauche Maskal Kébra, sa femme, et Abba Libanos(ces deux derniers portraits sont presque entièrement effacés). Depuis, les Abyssins en ont arrêté les traits et les contours avec du charbon.
[Église de Gabriel], — Biet-Gabriel, enfin, imitée de l'ancien temple de Jérusalem, n'est autre chose qu'un tabernacle entouré d'un parvis qui rappelle celui où le Christ annonçait la parole sacrée aux Juifs.
Toutes ces églises ont été taillées au pic et certaines traces extérieures l'indiquent suffisamment; pourtant, à l'intérieur, on a dû promener le ciseau sur la surface des murs et des piliers si douce et si lisse au toucher. En outre les peintures
murales n'auraient pu t^tre exécutées, et il est impossible de sculpter les fins reliefs de Biet-Mariam, par exemple, autrement qu'au ciseau. En somme, ily alàune prodigieuse dépense d'efforts accumulés, et l'esprit se plonge dans une profonde rêverie, lorsqu'il tâche de se représenter la marche infatigable de l'activité religieuse, creusant dans la montagne ces galeries et ces tranchées, et déblayant ces blocs immenses, où elle sculpte ensuite ces monuments qui, par leur sombre majesté, rappellent, non seulement les édifices égyptiens, mais aussi les temples mystérieux de l'Inde, restes de cette civilisation orientale dont un dernier reflet brille encore à la cour des radjahs indépendants de l'Angleterre. (Gabriel Simon, L Ethiopie, Paris, Challamel aîné, 1885, p. 300-317.)