LÉON XIII ET LES BIENS DE LA PROPAGANDE
bassin de la Méditerranée. Les missions italiennes de Tunis, de Tripoli, d'Alexandrie, de Jérusalem, de Beyrouth, d'Alep, de Smyrne, de Constantinople, d'Athènes, semblaient, grâce à elle, une couronne d'honneur à leur mère patrie, et l'Italie devait à la Propagande de voir sa langue presque exclusivement parlée dans toutes les échelles du Levant.
« Il semblait que devant une telle gloire et de tels services on eût dû hésiter à détruire cette grande institution ou à la forcer de se transporter sous un ciel plus libre. Aux jours plus mauvais, tous l'avaient respectée, même les maîtres étrangers. Rien n'y a fait cependant. Les biens de la Propagande ne viennent pas seulement de l'Italie : ils ont leur origine dans la libéralité des fidèles du monde entier, qui ont, pour cette fin, remis leurs aumônes entre les mains des pontifes.
« L'Espagne lui a fourni dans la personne d'un de ses représentants le palais même où elle réside. L'Autriche, là France, l'Allemagne, le Portugal, l'Angleterre et jusqu'aux jeunes États-Unis d'Amérique, tous y ont contribué directement par leurs empereurs, par leurs rois, par leurs évoques, par leurs fidèles. Dans les livres d'or de cette institution admirable, on peut trouver à côté des noms des papes, des cardinaux, des princes, le nom d'une humble femme qui à elle seule a voulu fonder un diocèse. Et ce sont ces biens fournis par toutes les nations catholiques pour servir à la civilisation du monde, dont un Etat particulier voudrait disposer à son caprice (i). »
Le saint-père, dans le consistoire du 24 mars, ne manqua pas de stigmatiser d'une façon solennelle l'acte qu'il avait déjà flétri au commencement de ce même mpis; il sut parler, comme il le fallait, de ce gouvernement spoliateur. L'univers entier ne vit dans la sentence de la cour de cassation que l'acte du gouvernement.
« Nos ennemis, dit Léon XIII, ne cessent pas un instant d'exécuter tous leurs desseins, et ils s'établissent ici sur un pied assez solide, pour persuader à tout le monde qu'ils ont
(1) La Propagande i, p. 1-45-133.
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lé meilleur droit d'y être et qu'ils veulenty rester à jamais. »
Il fit, dans son allocution, l'historique du fameux procès et protesta énergiquement contre l'inique sentence de la cour et contre l'atteinte portée à son pouvoir spirituel. Il n'avait pas attendu la fin de mars pour informer officiellement les cours amies du saint-siège de ce qui venait d'arriver. Dans une circulaire du 10 février, le cardinal Jacobini (1), au nom du saint-père, réprouva la conduite du gouvernement piéniontais. Cette note diplomatique fut publiée dans tous les journaux, au delà et en deçà des mers; elle produisit une impression très défavorable à la cour de cassation et au gouvernement; les journaux protestants eux-mêmes, par exemple aux États-Unis, ne dissimulèrent pas leur surprise et leur indignation.
En Angleterre, le Times appela la sentence et l'acte du gouvernement une confiscation pure et simple des propriété de la Propagande ; il cita comme résultat de la conversion des biens-fonds en Italie telle mense épiscopale, qui rapportait 00,000 livres par an, lorsque le gouvernement s'en empara, et qui ne produisait plus que 18,000 livres grâce aux manipulations du fisc.
En France, le journal des Débals répétait la fameuse phrase qui exprime si bien la vérité, que l'on paralysait le bras droit du pape par cette inique sentence. V Indépendance belge, peu favorable à l'Eglise, comme on le sait, disait que chaque État devrait chercher à sauver de l'incamération la partie des biens de la Propagande appartenant à ses nationaux. Il citait l'exemple des États-Unis, qui avaient prolesté contre la conversion des biens du collège que possédait à Rome le clergé américain, sous la direction de la Propagande. Les autres nations auraient dû faire de semblables protestations et obliger le gouvernement italien d'admettre bon gré mal gré l'intervention étrangère en cette question.
Le saint-père, afin d'empêcher que les legs et donations en faveur de la Propagande provenant des contrées Catholiques,
(1) Le (Ordinal Jacobini est mort dans le mois de févTÏer 1888. II a été remplace à la secrétairerie d'État par Son Eminence le cardinal Rampolla.