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dont ils sont revêtus, et elle a pour fins de propager la foi par toute la terre, et de remplir la sublime mission qu'a l'Église de sauver le monde. C'est pour cela que les souverains pontifes ont transféré à la Propagande une part si importante de leur pouvoir; c'est par elle qu'ils font arriver aux peuples les plus éloignés les bienfaits de la Rédemption. D'innombrables contrées de l'Afrique, de l'Asie, des deux Amériques, de rOcéanie et de l'Europe elle-même sont redevables à celte noble institution de la lumière divine et de cette civilisation véritable qu'enfante l'Évangile. Et c'est pour mettre la Propagande à même de correspondre à une si haute destinée que les papes lui ont donné si généreusement de leurs propres biens, avec d'abondants revenus, engageant par leur exemple et leurs exhortations le monde catholique tout entier à le§ imiter. Il ne faut donc pas s'étonner si des hommes, peu favorables d'ail leurs à l'Église catholique, ont toujours donné les plus grands éloges à celte institution. Il n'est pas surprenant que le gouvernement impérial français n'ait point touché aux biens de la Propagande, et que le guerrier qui paraissait alors l'arbitre de l'Europe, se soit plu à la combler d'éloges et à la protéger.
Le caractère de cette institution papale étant donc d'une telle nature, tout acte qui tendrait d'une manière quelconque à l'assujettir à un pouvoir qui lui est étranger, ou à mettre des obstacles à son action, serait un attentat contre la liberté du chef de l'Eglise dans l'exercice de son autorité spirituelle, dans l'accomplissement de son ministère apostolique. « Pour ces raisons si graves, ajoute Léon XIII, nous élevons la voix et nous dénonçons aux catholiques du monde entier, qui sont intéressés de tant de manières à la Propagande, ce nouvel outrage fait au saint-siège. »
Les premiers, à la suite du pape, qui protestèrent avec élo- . quence contre la sacrilège injustice commise par le gouvernement italien, furent les évêques missionnaires, qui devaient tant à la Propagande. Quand on sut l'arrêt de la cour de cassalion, de tous côtés arrivèrent à la capitale du monde chrétien les cris d'alarme des églises et de leurs pasteurs.
jLe 17 mars, le vicaire apostolique de Coimbatour écri'
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vait au saint-père , du fond des Indes Orientales : « Pénétré de douleur en apprenant la récente iniquité commise par le gouvernement d'Italie, je viens en mon nom et en celui de tous mes missionnaires protester contre la conversion des biens de la Propagande, et témoigner à Votre Sainteté toute la part qne nous prenons à la peine qu'a dû lui causer eette nouvelle spoliation
« Trouverait-on dans le monde une mission qui, dans ses mauvais jours, n'ait été soutenue parles dons de la Propagande? Nous, du moins, sortis à peine de la terrible famine qui en 1877 et en 1878 fit plus que décimer ces populations du sud de l'Inde, nous ne saurions oublier que, lorsque nous implorions la charité de nos frères d'Europe, l'aide que la Propagande s'empressa d'envoyer à nos missions désolées nous mit à même de soutenir les affamés, en attendant de nouveaux secours, qui, grâce à Dieu furent abondants. Ainsi, protester contre la conversion des biens-fonds de ce charitable institut, c'est m'acquitter d'une dette de reconnaissance.
« La voilà donc maintenant et désormais appauvrie, cette magnifique institution cle la Propagande créée par les papes, maintenue d'âge en âge sous leur tutelle paternelle, enrichie des dons de toutes les nations catholiques; cette institution qui a produit dans les siècles passés de si grands résultats pour l'extension du royaume du Christ, et qui , toujours restée dans sa sphère, continuait à faire bénir Dieu et l'Eglise au sein des nations idolâtres ; et ses fonds sont livrés à la merci d'un gouvernement révolutionnaire, qui se montre sans cesse l'ennemi de l'Eglise et du nom chrétien ! Ah ! mille fois honte à ces gouvernements hypocrites qui prétendent se baser sur la foi pour détourner de leur but le bien des fidèles, le patrimoine des pauvres et les fonds réservés à la propagation delà foi (1). »
« Nul mieux que nous, missionnaires », écrit le vicaire aposc tolique de Pondichéry, « ne comprend et ne ressent l'iniquité de celte nouvelle spoliation, nous en faveur de qui ces propriétés avaient été constituées par le saint-siège , et qui ei\ avons partagé les avantaps §QU? tant de formes diverses.
^1) La Propagande. La cqnversionç dei suoi boniimmobili, I, p. 61, 62,
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« Nous n'avons pas oublié particulièrement la générosité avec laquelle la sacrée congrégation de la Propagande s'emipressa de venir au secours de nos néophytes et du peuple inidien en général, à l'occasion de la terrible famine qui désola le sud de l'Inde, pendant les années 1877 et 1878. Nous savons aussi pertinemment qu'elle ne refuse jamais son assistance aux missions dans les besoins si divers et si multipliés qu'elles éprouvent (1). »
De la Chine s'élèvent aussi des voix éloquentes pour protester avec une égale énergie contre ce qui est justement appelé « une nouvelle spoliation » Voici quelques fragments de la lettre de M°'" Chausse, préfet apostolique du Kuang-Song '• « Jusqu'au fond de l'extrême-Orient a retenti douloureusement le coup inique que le gouvernement piémontais vient de porter aux missions, en frappant la Propagande, dont les biens, comme une source immense, allaient chaque année, par mille canaux divers, répandre la fécondité et la vie dans toutes les parties du monde.
« Si par ce nouvel outrage. Très SaintVère, les représentants de la justice italienne ont voulu montrer aux peuples de la terre que vous n'étiez plus un roi libre, mais un roi enchaîné au caprice du char révolutionnaire, ils ont parfaitement réussi. L'œuvre de la Propagande n'est-elle pas la première œuvre des pontifes-rois chargés par le Christ d'enseigner les na-lions (2)? »
L'épiscopat canadien-français ne se contenta pas d'exprimer sa douleur au saint-père ; il sollicita l'intervention de la Grande- Bretagne. Si, dans tout l'empire britannique et les États-Unis,' un mouvement s'était organisé d'un commun accord entre le clergé et le peuple, les deux gouvernements se seraient peutêtre entendus pour faire révoquer la sentence du tribunal romain, et obtenir la restitution des biens de la Propagande. Mais, malheureusement, il n'en a pas été ainsi et on n'a pas su profiter de l'occasion.
Voici en abrégé la lettre de l'épiscopat canadien : « Les soussignés, archevêques et évoques de la province de Québec,,., çle-
(1) If/idem. CI'. Annales.
|2) Annales fie la propugation de la Foi, 3?
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mandent humblement à Votre Majesté la permission de lui exposer que la sacrée congrégation delà Propagande, à Rome., est pour les catholiques de cette province, aussi bien que pour une très grande partie du monde catholique, l'organe officiel du pape pour la direction de leurs affaires religieuses, et qu'une sentence récente d'un haut tribunal italien, concernant les propriétés possédées par cette congrégation, tend à priver celle-ci d'une partie notable des ressources dont elle a un besoin absolu pour l'administration qui lui est confiée. »•
L'expression est trop modérée. La Propagande n'est pas seulement « l'organe officiel- du pape pour la direction des affaires religieuses » des catholiques du Canada; elle est le bras droit des papes dans la fondation, la création et l'administration des églises du Canada et de toute l'Amérique. Les biens de la Propagande ont été donnés non seulement par les papes, mais par les cardinaux, les évêques, les prélats romains, par toutes les nations de la chrétienté pour une œuvre internationale et humanitaire, s'il en fut jamais. Tout le Canada, toute l'Amérique a un droit de justice réel et incontestable sur ces biens. Il ne suffisait pas de protester contre cette spoliation, en laissant remarquer la grande part qui revient à la Propagande dans l'administration de l'Eglise universelle.
La congrégation des Oblals de Marie Immaculée a bien saisi ce point capital de la question. « Devant la spoliation nouvelle,... les pouvoirs publics eux-mêmes, dans quelques Etats, catholiques ou non, ont reconnu la justesse des réclamations faites par leurs sujets et pris en main la défense de leurs intérêts compromis. Cette juste revendication a été pour nous un soulagement de cœur et une lueur d'espérance; nous nous sommes empressés, comme nous le devions, de nous y associer.
« Nous protestons, au nom de la propriété menacée, quels ([ue soient les sophismes employés pour dissimuler la menace. Quelle, propriété sera désormais assurée, si la plus sacrée ne l'est pas? Et en matière d'usage, quel est le meilleur juge de celui qui possède légitimement ou de celui qui iisûrpe par violence?
« Nous protestons, au nom de nos pères, les donateurs. lU
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ont aliéné nos héritages terrestres pour nous en assurer un meilleur, et bien volontiers nous ratifions ces actes de haute
Fig. ,114. — Protestations contre les spoliateurs delà Propagande. Le cardinal Lavigerie, archevêque d'Alger et de Carthase.
Sfeigesse et de généreux dévouement pour les causes sacrées de la siinlc Église. Mais, être privés de l'héritage terrestre et ne point voir s'établir le règne de Jésus-Christ, ce n'est point ainsi que nous l'entendons, et, réservant tous nos droits
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dans l'avenir, dès ce jour, par l'intercession des saints personnages qui ont doté l'institution, par l'intercession des saints apôtres Pierre et Paul, nous en appelons devant le Dieu de toute justice qui tient en ses mains les destinées des nations, du droit de la force à la force du droit (1). »
L'Australie proteste à son tour par l'organe de ses évoques réunjs à Sidney. « Nous avons appris que des hommes sans équité, par le plus grand des crimes, se sont emparés des Jbiens de la S. C. de la Propagande, de cette congrégation que l'on a bien appelée le bras droit du pape dans Je gouvernement de toute l'Église et l'administration des affaires. »
L'Afrique, par la plume éloquente du cardinal-archevêque d'Aller, élève aussi la voix. « Comme chef des nombreuses missions de. notre Afrique, dilJe prélat, il est de mon devoîfi de joindre mes protestations à celles qui s'élèvent ou.'^^nt s'élever de toutes parts... Dans une œuvre d'apostolat, la direction, l'enseignement qui éclaire, ne sauraient suffire. Il y faut, plus peut-être encore que tout le reste, la charité qui vivifie. Les barbares ne se' laissent toucher d'abord que par les bienfaits. Ils admirent des hommes qui, en se donnant eux-mêmes, donnent encore, par surcroît, tout ce qui est à eux pour adoucir les misères, les souffrances qui les entourent.
« La Propagande y pourvoit. Elle confie aux missionnaires qu'elle envoie la distribution de ses aumônes, souvent royales. La Chine, les Indes, avec leurs famines, les îles de la Grèce et les îles lointaines l'ont appris récemment encore. Voilà ce qu'est la Propagande. Institution unique au monde, querÉglise catholique pouvait seule concevoir et réaliser. Institution, ajoutons-le, qui a été l'une des gloires lesplus'pures de l'Italie C'est en Italie qu'elle est née. Ce sont des Italiens, les papes, Grégoire XV et Urbain VIll, qui l'ont fondée. Jusqu'à l'heure présente, la Propagande a été dirigée, maintenue, développée par des Italiens illustres qui ont été ses préfets et ses ministres.
« En retour de ce concours et de ces bienfaits, elle a préposé des Italiens aux missions dont ellç a la garde autour du
(I) La Propagande, 1, p. 13;i-137,