CHAPITRE XV
LÉON Xin ET l'eSPAGNÈ.
La médiation des souverains j3ontifes est une conséquence de leur pouvoir suprême. — Opinion des écrivains protestante, — Leibnitz veut établir à Rome un tribunal présidé par le pape. — Exemples empruntés à l'histoire.
— Conflit au sujet des îles Carolines. — Résistance énergique des Espagnols.
— Lé prince de Bismarck propose le pape pour arbitre. — L'Espagne accepte.
— Prompte décision de la cour de Rome. — Satisfaction des deux gouvernemcnls. — Mort d'Alphonse XII. — Ratification solennelle des articles proposés par le pape. — Allociition consistoriale. — Léon XIII envoie l'ordre du Christ au prince de Bismarck. — Le grand chancelier remercie le souverain pontife cl l'appelle • sire ».
^^fijl N le sait, le pape est le chef suprême de l'Église, le pasteur des brebis et des agneaux, le vicaire de Jésus-Christ et le père commun de tous les fidèles. Ces sublimes i'onclions devaient nécessairement amener, une fois les peuples barbares convertis à l'Évangile, Tinlervention des papes en qualité d'arbitres entre les diverses nations et les maîtres qui les gouvernaient, entre le roi et ses sujets, le suzerain et ses vassaux. En effet, les papes furent de bonne heure et très souvent choisis pour exercer cet office pacifique.
El puisque la médiation que Léon XIII a exercée, à l'automne de 1885, entre l'Allemagne et l'Espagne doit faire le sujet principal de ce chapitre, il semble à propos de rapporter ici les paroles d'un historien prussien du dix-neuvième siècle sur la mission des papes'. « Durant le moyen âge, dit Ancillon, quand l'ordre social n'existait pas, la papauté seule peut-être a sauvé l'Europe de la barbarie. Elle créa des liens
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'd'union entre les nations les plus éloignées; elle servit de centre commun et de point de ralliement pour les Étals isolés... C'était un tribunal suprême, établi ausein deTanarchie universelle, et ses décrets furent souvent aussi dignes de respect qu'ils étaient respectés. Elle empêcha, arrêta le despotisme des empereurs, compensa le défaut d'équilibre et affaiblit les inconvénients du système féodal (1). »
Voltaire lui-même affirmait que les intérêts du genre humain exigeaient qu'il y eût un frein à la puissance des souverains, une sauvegarde poiir la vie des peuples. Ce frein religieu.x, du consentement de tous, pouvait être placé dans les mains des papes. Les premiers pontifes, en ne se mêlant point aux querelles temporelles, si ce n'est pour les apaiser, en avertissant les rois et les peuples de leurs devoirs, en réprouvant leurs fautes, en réservant l'excommunication pour les grands crimes, avaienttoujours été regardés comme les images de Dieu sur la terre.
Telle est en substance l'opinion de Leibnitz (2). Cet illustre personnage voulait qu'il y eût,
à Rome même, un tribunal présidé par le pape, qui, dans les siècles précédents, avait réellement figuré en qualité darbitre
(1) Frédéric Ancillon, 1766-1837, Tableau des révol. du syst. polit, de l'Europe.
(2) Leibnitzii opera, V, p. 65.
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Pig. 11^. — LTs,...„;i.. ^i,,,; oiii,, , — Statue d'Alphonse X le Sage, roi de Casiille, dans la cathédrale de Tolède; D'après l'Icoùografia E^anola, de Carderera.
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el de juge entre souverains. Ce grand homme déplorait la désorganisation qui régnait en Europe, comme suite de la division causée par Luther et comme conséquence des doctrines réformées, exactement comme Léon XIII le fait dans ses lettres, surtout dans renc3'c]ique Immorlale Dei, il regrettait que la suprématie pontificale ne fût pas universellement reconnue.
Une chrétienté dont tous les peuples obéiraient ainsi au souverain pontife, formerait une société où le Christ régnerait, commanderait, assujettirait tout le monde à son empire. L'histoire montre que les nations occidentales se sont soumises à l'Église avec la plus sincère piété. Alors même que ce régime n'eût pas reposé sur le droit divin, il est clair du moins qu'il fut établi avec l'assentiment universçl (1-).
Leibnitz, désirant voir la grande famille chrétienne préservée du despotisme des princes, d'un côté, et sauvée des terribles calamités de la guerre, de l'autre, devait se rappeler deux occasions où les papes 'avaient> dans les derniers siècles, exercé les fonctions de médiateurs. La première fut Celle où le pape Alexandre VI fut choisi comme arbitre par les sou- •verains d'Espagne et de Portugal, à propos de leurs disputes sur la limite de leurs possessions respectives au nouveau monde; l'autre fut la médiation proposée par la Russie pendant le pontificat de Grégoire XIII et dont nous avons une narration authentique (2).
La restauration, en pratique au moins, sinon dans le droit international, de l'arbitrage pontifical, serait un bienfait immense pour le monde moderne. C'est ce qui a été démontré encore une fois par le résultat de la médiation de Léon XIII dans l'affaire des îles Carolines.
Le groupe d'îles de l'océan Pacifique connu sous le nom de Carolines et Palaos avait été découvert par des navigateurs espagnols. Leur éloignement de la ligne ordinaire suivie par le commerce et leur peu d'importance relative dans le siècle où elles furent découvertes, empêchèrent toute pensée sérieuse de colonisation. Cependant les missionnaires espagnols,
(\) Leibnitzii opera, ibidem.
(2) 1372-1583. Cf. Revue des (questions historiques, janv. 1885,
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uniquement soucieux des intérêts spirituels des insulaires, n'abandonnèrent pas l'archipel. Sous le règne de Philippe V, on attacha plus d'importance à ces travaux apostoliques, que les gouvernements précédents n'avaient pas suffisamment encouragés.
Fig. 1IG. — Les gloires religieuses de l'Espagne. — Sainte Thérèse désignée par Urbain VUI, en 1027, pour patronne de l'Espagne. D'après un portrait du XVI'' siècle.
A Rome, la Propagande regarda d'un œil favorable le zèle des missionnaires espagnols, prit ceux-ci sous sa protection et seconda en tout les bonnes intentions du roi. Les papes euxmêmes louèrent beaucoup le souverain et stimulèrent sa générosité envers les prêtres dévoués qu'il envoyait sur les vaisseaux de l'État jusqu'au fond de l'Océanie,
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Malheureusement la guerre de succession, qui se poursuivait en ce (emps-ià même, finit par anéantir à peu près et la marine militaire de l'Espagne et sa marine marchande. La mission de l'archipel des Carolines dut être abandonnée pour le moment, et il fallut renoncer au projet de former là un établissement solide et durable.
Quel que fût en théorie le droit de souveraineté acquis à l'Espagne par la découverte des Carolines et leur occupation temporaire, ces îles, en 1870, à la naissance du nouvel empire germanique^ semblaient être dans la situation de terres abandonnées qui pouvaient devenir la possession légitime du prejnier occupant.
L'Allemagne, unie sous le sceptre des Hohenzollern, conçut le dessein 'do posséder une marine puissante, d'avoir à elle un empire colonial où sa population surabondante trouverait un vaste champ pour son industrie, sans rompre les liens qui l'attachaient à la mère patrie. ,0n empêcherait ainsi l'émigration de ces millions d'Allemands prêts à suivre leurs compatriotes dans les vastes régions des États-Unis.
L'ouverture du canal de Suez et la perspective de percer l'isthme de Panama donnaient une grande importance aux îles de rOcéanie. Des relations s'établissaient entre l'Australie et le port de San-Francisco. et le monde commercial se familiarisait avec tous les groupes et tous les archipels qui couvrent l'Océan. L'Angleterre et la France rivalisaient l'une avec l'autre dans leur désir d'occuper les points les plus favorables à la navigation et au commerce international. Seuls, •les États-Unis regardaient avec indifférence cette soif d'extension territoriale, devenue une passion en Europe. L'Allemagne, ou plutôt son grand chancelier cherchait, à découvrir les côtes ou les îles inoccupées, afin d'y planter le drapeau de l'empire.
De 1870 à 1875, l'Angleterre avait remarqué l'importance des deux groupes qui constituent à l'Orient et à l'Occident l'archipel des Carolines et des îles Palaos. En 1875, la Grande- Bretagne et l'Allemagne résolurent toutes deux de s'emparer des positions les plus favorables de cet archipel. L'Espagne protesta, et les deux puissances envoyèrent à Madrid une note
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idenlique, déclarant qu'elles ne pouvaient reconnaître les
Fig. 117. — Les arts en Espagne. — Mausolée de Philippe II, roi d'Espagne, près du maître autel dç l'Escurial ; par Lçpni. D'af)rès ïlconografia cspafiola, de Carderera.
prétentions dé l'Espagne à la souveraineté sur ces îles. Pendant ce temps-là des colons allemands s'étaient établis
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sur diverspoints de l'archipel et y avaient commencé des plan-, talions florissantes et des stations de commerce. L'entreprise des Allemands fit comprendre au gouvernement espagnol qu'il avait négligé ou son devoir ou son intérêt dans ces lointains parages. Malheureusement, et nous en demandons pardon à une nation que nous avons tant de raisons d'aimer et d'honorer, l'Espagne était, comme sa voisine la FrancC) en proie à ce mal chronique et terrible, l'anémie morale produite par le philosophisme voltairien. La contagion lui était venue de, l'autre côté des Pyrénées. Le pays, représenté par les classes gouvernantes, bien que le poison fût dans toutes ses veines et que ses forces eussent décliné visiblement, se croyait aussi robuste que jamais. Son amour-propre fut donc blessé au Tif lorsque la note de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne devint publique.
Quand, au commencement de 1885, les journaux espagnols annoncèrent que le drapeau allemand avait été arboré dans les Carolines, l'indignation ne connut plus de bornes. Cependant les choses traînèrent en longueur. Des nouvelles en partie contradictoires permirent au sentiment national de se calmer un peu. Le 14 août, le gouvernement adressa une protestation officielle à toutes les cours contre l'acte d'occupation; trois jours après, le 17, le cabinet de Berlin notifia au cabinet de Madrid qu'il avait pris possession de l'île d'Yap. Aussitôt l'Espagne entière' sembla se lever pour protester contre ce qu'une nation fière et belliqueuse regardait comme une insulte. 11 y eut dans la capitale des démonstrations qui firent craindre pour la paix. Mais le gouvernement agit avec dignité, fermeté et modération.
Des semaines se passèrent en négociations trop -lentes au gré de la population. Finalement, l'Allemagne ne voulait se désister en rien de ce qu'elle croyait être ses droits. Le jeune roi d'Espagne, qui avait de graves soucis et voyait ses plus Belles provinces désolées par les tremblements de terre ou ravagées par le 'choléra, ne voulut pas se lancer dans une guerre désastreuse en cédant trop vite à l'émotion populaire: Arriva enfin la nouvelle que dans le port de Jomil, à l'île .d'Yap, les deux drapeaux rivaux avaient été arborés sur le
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rivage en signe de possession, le 25 août. Deux vaisseaux de gnerre, l'un allemand, l'autre espagnol, avaient, presque à
Fig. 118. — Le çardinnl Jacobini, ancien secretaire d'État.
la même heure, exercé sur le même territoire un acte de souveraineté que les passions surexcitées prirent pour un acte d'hostilité.
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La nouvelle était arrivée- àJVIadrid le 4 septembre, Le lendemain toute la population sembla descendre sur la place et dans les mes; on attaqua le palais de l'ambassadeur d'Allemagne, l'écusson impérial fut arraché et foulé aux pieds; le drapeau allemand fut mis en lambeaux par la foule et brûlé sous les yeux mêmes de l'ambassadeur. La crise était sérieuse pour le jeune roi; cependant il tint ferme. Sans paraître céder à la pression qu'on exerçait sur lui, il donna ordre à son ambassadeur à Berlin de se tenir prêt à partir dans les vingtquatre heures.
Le prince de Bismark eut alors l'heureuse inspiration de proposer que l'on soumît au souverain pontife les prétentions des deux gouvernements, avec obligation de part et d'autre d'accepter son jugement comme définitif. La proposition fut agréée à Madrid d'autant plus volontiers qu'elle venait d'une puissance protestante, qui avait avec le saint-siège, dans ce moment-là même, un très grave différend. Le 2i septembre, on annonça otTiciellement que Léon XIII avait accepté l'office de médiateur.
Il ne perdit pas un instant et fit examiner la question sous tous ses aspects. 11 choisit une commission cardinalice composée des diplomates et des juristes les plus habiles, leur enjoignant d'user de toute la diligence possible, vu la gravité des circonstances.
Le 2o octobre, le cardinal Jacobini, secrétaire d'Etat, communiquait la décision du souverain pontife aux cabinets de Berlin el de Madrid. Elle contenait quatre points sur lesquels les deux gouvernements devaient s'accorder. Le i'ait que l'Espagne avait découvert l'archipel en litige et lui avait donné son nom, et qu'elle avait autrefois occupé ces îles, formait la base principale pour une entente pacifique.
Les Allemands, de leur côté, devaient avoir pleine liberté â'occuper des terres dans ces îles, d'v développer l'agricullure, l'industrie, le commerce, sur le même pied que les Espagnols eux-mêmes; et r.\llemagne y aurait une station niaritimfe, avec la plus parfaite liberté de navigation. Vuilà la substance de celte décision mémorable. Elle affirmait et maintenait la souveraineté de l'Espagne; elle sauvegardait aussi^
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les droits et les intérêts allemands. Elle donnait ainsi satisfaction aux deux gouvernements et aux deux peuples. Toute crainte de guerre disparut aussitôt, et tout le monde applau-
^ '^ I ïV mi'^"^? ^
Fiy. 119. — L'Espagne chrétienne. — Alliance des deux puissances. Entrée solennelle de Clément VII et de Cliarles-Quint à Bologne. Réductir>n d'un fragment de la fresque de Brusasorci, de Vérone; gravé par L. de Cranach.
dit à cette solution. Le traité basé sur ces articles fut signé au Vatican, le 17 décembre 1885. Cette conclusion avait été retardée par la mort d'Alphonse XII, le 23 novembre précédent- Le bienfait d'une paix inespérée, au lieu des calamités d'une
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guerre désastreuse, fut le dernier bienfait que le jeune roi put léguer à son peuple. Il avait eu le courage de résister aux clameurs et à la violence populaire qui le poussaient à déclarer la guerre, comme il avait eu la force de braver à plusieurs reprises les dangers de la peste qui décimait ses provinces. Il voulait enseigner à ses sujets que le vrai courage ne consiste pas à suivre l'entraînement d'une passion violente, même quand celte passion nait du sentiment de l'honneur national outragé. Les Espagnols ont appris par son exemple que le calme en face d'une contagion mortelle fait plus, dans les moments d'alarme et d'excitation publique, pour préserver les hotnmes des atteintes du mal, que toutes les précautions de la science.
Alphonse XIII â succédé en naissant au Irùne d'Alphonse XII. Puisse la reine régente veiller sur son lîls, comme Bérengère veilla sur le jeune roi Ferdinand! Puisse l'esprit chrétien qui inspira toute la vie de la reine Bérengère et de son glorieux (ils, revivre dans leS souverains leurs descendants et dans les femmes espagnoles. Des deux côtés des Pyrénées, les princes et les peuples ont besoin de l'héroïsme chrétien qui brilla dans les deux sœurs, Bérengère et Blanche de Castille, et dans leurs fils, saint Ferdinand et saint Louis deux des plus grands rois qui aient honoré un trône chrétien. La reine régente, Marie-Christine, a voulu que Léon XIII fût le parrain de son enfant. Que l'étoile du pontife porte bonheur à son filleul et à l'Espagne (1).
L'acte de médiation de Léon XIII mérite qu on s'y arrête un inst.inl. Les relations du saint-siège et avec l'Espagne et avec l'empire allemand olfraienl, au mois de septembre 1883, plus d'un point dilTicile et délicat. L'administration de Canovas del Castillo, malgré ses professions de foi, ne sut pas résister aux tendances radicales de la législation et de la presse; et ces tendances étaient funestes au bien-être d'une nation chrétienne, puisqu'elles avaient pour objet de laïciser l'éducation. Le concordat de 1834 garantit de la manière la
(1) Augurer : :i]j|iareiu flamniautia luniina ccelo Sidereoque rubeiis fulgel ab axe dies.
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plus expresse que rien dans renseignement public ne sera contraire à la religion catholique; mais les stipulations solennelles de ce concordat ont été solennellement el; constamment violées. La surveillance que doivent avoir les évêques sur les écoles publiques de tout grade, et qui est si explicitement assurée par ce traité entre les deux pouvoirs, est devenue dans la pratique une lettre morte.
En 1885, le souverain pontife avait à traiter, en Espagne, avec un gouvernement conservateur qui cédait aux forces de l'irréligion. Est-ce que les hommes d'Etat de 1 Espagne n'apprendront rien des malheurs de leurs voisins? Croient-ils que les arbres qui, sur les rivages de la mer Morte, portent des fruits amers sous les plus beaux dehors, produiront à Madrid de.> fruits délicieux?
En Allemagne, la sagesse et la modération de Léon Xlll avaient fini par gagner l'estime de l'empereur et du chancelier. La fin du culturkampf approchait. Cette médiation de Léon XIII, hommage suprême rendu et à la suprématie spirituelle et à la souveraineté temporelle du prisonnier du Vatican, avait prouvé à tous les hommes intelligents que les lois de Mai avaient fait leur temps et que la pacification religieuse allait bientôt s'accomplir.
Ni le prince de Bismark ni son souverain ne pouvaient traiter désormais en ennemie la religion qu'ils venaient d'honorer aux yeux du monde dans son chef suprême.
Dans l'allocution du 15 janvier 1886, Léon )i.\\\ rendit compte au sacré collège de la négociation qui avait si heureusement amené la paix entre deux grands peuples. Nous avons déjà fait connaître et l'histoire de la querelle et les points essentiels de l'accord proposé par le médiateur. Voici la conclusion : « Ainsi s'accomplit un événement auquel les courants actuels de l'opinion publique ne nous avaient nullement préparés. La Providence voulait que deux nations illustres rendissent hommage à l'autorité suprême dans l'Église, en lui demandant de remplir un office tellement en'Jiarmonie avec sa propre nature, et d'interposer son action pour préserver entre elles la paix et la bunne entente. C'est là le fruit de cette influence salutaire et bienfaisante que Dieu a attachée
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au pouvoir des souverains pontifes : supérieur à l'envie jalouse de ses ennemis, et plus fort que l'iniquité dominante de ce siècle, ce pouvoir n'est sujet ni à la destruction ni à la décadence.
« De tout cela aussi il devient évident combien sont funestes ces guerres que l'on ne cesse de faire au siège apostolique, ainsi que l'amoindrissement de sa liberté légitime. Car ce ne sont pas seulement la justice et la religitm (pii en souffrent, mais le bien public lui-même; puisque, dans la condition actuelle de la, chose publique, si critique et si sujette aux bouleversements, la papauté pourrait rendre au monde de plus grands services, si on lui laissait sa parfaite liberté et ses droits intacts, afin qu'elle pût consacrer toutes ses forces, sans entraves, au salut du genre humain. »
Dans les différends qu'on a soumis à l'arbitrage d'un tribunal international, combien n'a-t-on pas vu de délais, de dépenses, de mécontentements! On n'a pas oublié, par exemple, cette cour qui s'est assemblée à Genève pour décider la question pendanle entre l'Angleterre et les Étals-Unis, au sujet des dommages causés par l'.Alabama.
11 suffira de rappeler ici les actes de courtoisie qui ont suivi la conclusion du traité de pai.K entre l'empire allemand et l'Espagne. Le saint-père envoya au prince de Bismark le grand cordon de Tordre du Christ avec une de ces lettres qu'il sait si bien écrire. Le prince lui répondit dans les termes de la plus vive reconnaissance et du plus profond respect. La presse italienne s'était efforcée d'amoindrir la signification de l'acte du grand chancelier choisissant le pape détrôné comme médiateur. Sans doute , disaient les « ennemis jaloux et envieux », le pontife romain a été choisi parce qu'il est le chef spirituel de deux cents millions d'hommes; mais on n'a pas pensé au souverain, au roi dépouillé et prisonnier.
La lettre de remerciement du prince de Bismark commence par le mot Sire. Quand elle fut publiée, la presse italienne nia son authenticité et la fidélité de la traduction; mais, après avoir exhalé son dépit et sa colère, elle dut ad.nettre que le prince chancelier avait choisi le mot pour faire hommage au « Roi plus grand que les rois mêmes ». Plus tard, l'empereur
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Guillaume envoyait à Léon XIII une croix pectorale en or, ornée de diamants et de rubis.
Puis est venu l'accord solennel entre la Prusse et le saintsiège, et Léon XIII a été une seconde fois proclamé , en Allemagne, le prince de la paix. Pourquoi faut-il ajouter qu'il est à Rome, dans la cité des papes, le pHsonnicr du Vatican!