‹ Vie de Léon XIIIChapitre 132 sur 148 · CO · texte numérisé non relu

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que tous les hommes sans aucune exception sont les créatures du même Tout-Puissant. La différence est qu'une partie du genre humain a le bonheur de connaître la vraie foi, et l'autre n'est pas si heureux.

*' Ils sont tous égaux devant Notre Seigneur, parcequ'ils existent tous par sa divine volonté."

Voilà un Programme qui semble audessus de la nature humaine par l'immense étendue de sa charité. C'est le Sermon des Sept Béatitudes appliqué aux conditions actuelles. Il efiace, comme l'Evangile lui-même, les lignes entre Juif et Gentil. Comme Notre Divin Sauveur mourut pour tous les hommes, ainsi son Vicaire sur la terre travaille et prie pour tous les hommes afin que leurs sentiers soient en paix, en amour fraternel, en pureté et bonheur domestique.

La haute et chrétienne intelligence de Léon XIII avait toujours regardé la guerre comme une chose horrible. Dès les premières heures de son Pontificat il avait travaillé de tout son cœur pour condamner l'habitude de mettre un terme par l'épée aux querelles des nations ou des Princes. Il fit tout son possible pour éviter la guerre entre l'Espagne et les Etats-Unis. La guerre en l'Afrique du Sud lui était également odieuse ; mais en cela, comme dans la guerre d'Espagne, il était impuissant à faire la paix; ni l'un, ni l'autre belligerent n'était sujet au Saint Siège. La longue guerre dans l'Afrique méridionale, avec ses compte-rendus hebdomadaires de carnage et de cruauté a dû être au cœur du Pape une cause de vive souffrance et d'indignation, mais que pouvait-il faire pour mettre fin au conflit, puisque les belligerents n'étaient point de son troupeau?

Il avait été empêché par les secrètes et malhonnêtes machinations du Ministre Italien, de prendre part à la convention internationale tenue à la Hague, où son influence en faveur de la paix eut été irrésistible. Puis la jalousie de l'Angleterre l'empêcha d'exprimer hautement ses sentiments sur la guerre d'Afrique.

Cependant il ne pouvait pas faire taire les cris de sa conscience sur celles guerres cruelles.

' ' Des guerres injustes, ' ' écrivait-il, ' 'sont aéclarées par des nations très-puissantes contres les peuples faibles . ' ' Même au risque d'oflFenser un riche et puissant empire, le Saint Père ne pouvait s'empêcher de protester, qu'il n'était pas honorable d'avoir la force d'un géant, mais que de s'en servir contre un plus faible est une lâcheté et un crime.

Léon XIII a toujours attaché un prix inestimable à la création et au service d'une presse Catholique supérieure dans tous les pays Catholiques. ' ' Un journal Catholique, ' ' il écrivit une fois, ' ' est une mission perpétuelle. " Plusieurs fois, en s'addressant à des deputations des journalistes Catholiques, il recommanda au corps des journalistes la création avant tout d'une telle presse.

En même temps il traça les lignes que les directeurs doivent suivre fermement et conscientieusement, afin de rendre de vrais services à la cause de l'Eglise. Le respect de l'autorité légitime doit être un de leurs plus saints devoirs. L,a modération dans l'assertion des droits des Catholiques et l'absence de toute récrimination doivent distinguer tout vrai journal Catholique.

Le fait que l'entrevue dont nous avons parlé, et qui a été accordée à Madame Séverine, causa un peu de surprise en certains quartiers, en d'autres on éprouva du chagrin. Les esprits les plus conservateurs dans l'Église furent un peu troublés des sentiments exprimés par le Souverain Pontife. Ils différaient des traditions du Pape. Mais Madame Séverine triomphait. Son manuscrit fut lu au Cardinal Rampolla avant d'être imprimé. Cela fut équivalent à l'approbation du Pape. Le message que cette femme délivra ainsi au monde fut, sous plus d'un rapport, le plus important qui ait jamais été délivré depuis que l'Église est devenue une puissance.

C'est la proclamation de la Fraternité Humaine. Les Socialistes sont regardés comme des gens pratiques comme distingués des gens romantiques. Si Madame Séverine avait été naturellement ainsi disposée, son tempérament a dii changer totalement et involontairement en présence de la magique

influence de Léon XIII. Plusieurs personnes avaient, avant elle, senti la puissance de son charme. Mais une Socialiste ne pouvait guère voir évanouir ses préjugés, aussi facilement qu avait fait celle femme doctrinaire

Sa description de la personalité du Pape et de l'impression quelle produisit sur elle-même attestent la vivacité de leur

iplL.. , r^^-i/'i ^'-''"' ^"^""'^''^ ^^^^ ^^^^^ du Pin dans 1 Kcus on de famille des Pecci. Ses yeux sont aussi clairs et brillants que 1 étoile du matin qui luit au sommet de r arbre héraldique. Sa voix a un son lointain, accoutumée plutôt a monter vers le ciel qu'à descendre à nous.

" I.e Pape s'exprime avec élégance et correction en Français, avec un tout petit accent qui dit qu'il est Italien et qui donne a ses remarques une agréable saveur. L'exclamation Italienne accoutumée ' Ecco ! ' revient souvent comme un coup de fouet dans sa conversation, pour la stimuler ou la changer." ^^ la.

Dans l'Encyclique, que l'on désigne généralement comme le ^ estament et dernière volonté" de Léon XIII, parcequ elle commence par une note d'adieux très touchante, le Pontife remarque encore la part que la Presse doit jouer dans la solution des grands problèmes de la société moderne. Il montre ainsi qu'il regarde l'office du /ournahste comme venant en second lieu après celui du Prêtre Pendant qu'il écrivait ces lignes il leur donnait une application pratique en accordant une entrevue à l'un des plus nobles représentants de la Presse, Monsieur William O'Brien membre du Parlement Anglais. Le Souverain Pontife lui parla très tendrement de l'affection qu'il chérisait pour le peuple Irlandais, à cause de leur constance dans la Foi et leurs nombreuses vertues, et il termina l'entrevue en leur donnant ainsi qu'au journaliste la bénédiction Pontificale Cet e entrevue était d'une très grande importance, parceque quelleques années auparavant. Monsieur O'Brien publia le fameux document connu en Irlande comme " Le Plan de Campagne ' ' un mouvement agraire que le Souverain Pontife lut oblige de condamner comme contraire à la loi morale

LEON XIIT.

C'est à cause du zèle qu'il avait pour l'avancement de la vérité que le Pape er.couragea de la sorte la mission de la Presse. Comme l'Eglise du Christ n'avait rien à cacher, son ardent désir était qu'on examinât toutes ses phases, et qii' elles fussent discutées et analysées.

C'est pour cette fin qii'il fit ouvrir les manuscrits du Vatican les plus anciens pour qu'ils deviennent accessibles aux savants de tous les pays et de toutes les croyances. A cette fin il invita les savants Catholiques à commencer l'œuvre des recherches historiques à leur source la plus pure et la plus authentique. Car, en nul autre lieu peut on toucher les sources si vives de l'antique nistoire sécrète. Sa sincérité en lançant les savants du monde entier sur les traces de l'histoire des premiers siècles de l'Eglise est attestée par une lettre écrite à l'un des plus renommés de nos historiens modernes, le Docteur Pastor, auteur des plus précieux ouvrages de la littérature de notre siècle, qu'une certaine école de critiques regarde comme absolument trop franche et trop sévère en traitant certains abus du passé :

" Continuez, bien-aimé Fils, à dévouer les riches dons de votre intelligence à peindre et à placer dans eur vraie lumière, avec une parfaite vérité, les actes des Pontifes Romains.' Et plus loin : " Nous pouvons nous féliciter, chaque jour de plus en plus, d'avoir ouvert les Archives du Vatican aux recherches des savants.

" Outre qu'il ne peut plus être dit que l'Eglise a peur des recherches historiques, cette mesure a rendu possible la compilation de savants ouvrages qui aident la cause de la vérité et aident le progrès de la science historique."

Ceci était parfaitement en harmonie avec l'attitude du Pape envers deux autres sujets très- importants du jour, l'étude de la Bible, en rapport avec la plus haute critique, et le rapport de la Science avec la Révélation. Il aurait étudié ces sujets avec la dernière profondeur, jusqu'à les exhausser et en l'esprit d'une véritable étude, qui n'est que la recnerche de la vérité dernière, et non point le désir de mettre a néant ce qui a été révélé, ou de détruire la créance en Ceiui qui a

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révélé tout ce qu'il a cru nécessaire au salut étemel de l'homme.

I^a date de 1" Encyclique, appellee Valédictoire, était le 19 Mars 1902. Elle commençait en remerciant Dieu de lui avoir donné si long temps à vivre, et continua à prier avec la plus grande ferveur les prélats et prêtres de l'Église de s'opposer avec la dernière énergie l'union si formidable de tous les ennemis secrets et déclarés de l'Église et de la Foi Chrétienne, pour la destruction de l'Église aussi bien que de tous les systèmes qui sont nés de ses enseignements moraux. Puis il montra les consequences et la nature d'une fausse pnilosophie et traça la révolte du lô^""^ siècle à la révolte contre l'Autorité et la Révélation, qui affirma hautement le droit du jugement privé :

' ' Ea route ainsi montrée aux orgueilleux philosophes du dix-huitième siècle, ils allèrent plus avant que leurs Coryphées ne voulaient. Ils jetèrent le ridicule sur la Sainte Écriture, et rejettèrent tout le corps de la doctrine révélée, avec le dessein de pouvoir étouffer dans la conscience des hommes toute croyance religieuse et de déraciner tous les germes de l'esprit Chrétien. De ces sources coulèrent les systèmes désastreux du Rationalisme et du Panthéisme, du Naturalisme et du Matérialisme, qui voulurent revivre sous d'anciennes formes les erreurs autrefois réfutées si victorieusement par les Saints Pères et Apôtres des temps les plus Chrétiens.

" En cette manière la guerre déclarée contre l'Église prit une forme de gravité plus sérieuse que dans les temps passés, due à la fureur et à l'universalité de l'assault. Car l'incrédulité moderne ne se contente pas seulement de douter ou dénier quelque dogme en particulier de la Foi, mais elle nie tout le corps des vérités consacrées par la Révélation, et démontrées par les principes appuyés, principes fondamentaux, qui enseignent à l'homme pourquoi il a été créé, le maintiennent dans les bornes du devoir, lui inspirent le courage et la résignation, et, en lui promettant la justice incorruptible et le bonheur parfait au delà du tombeau, lui enseignent la nécessité de subordonner le temps à l'éternité, la terre au ciel. Et

qu'est-ce donc que l'on met à la place de ces grandes, sublimes et consolantes vérités ? Un scepticisme désolant, qui gèle le cœur, et étouffe toutes les magnanimes aspirations de la conscience ! ' '

L'Encyclique continue à faire une revue catégorique des diverses accusations contre l'Église. " I,' Église, l'ennemie de la Science et des Études ! Elle est certainement la vigilante Gardienne de la doctrine révélée, mais sa vigilance même la rend la digne patronne de la science et la nourrice de toute bonne culture. Non, eu ouvrant son cœur aux révélations du Verbe Éternel, la Suprême Vérité et le Premier Principe de toute Vérité, l'homme ne pourra jamais faire taire ou faire oublier aucune sorte de connaissance naturelle ; car les rapports du Verbe Divin avec notre intelligence ajouteront toujours puissance et clarté aux conceptions de l'intelligence humaine, en la préservant de grandes inquiétudes et d'erreurs en les questions importantes. Du reste dix-neuf siècles de gloire gagnée par le Catholicisme, en toutes les branches des connaissances humaines, suffisent bien pour mettre à néant l'assertion mensongère.

"Car à l'Église Catholique il faut attribuer le mérite d'avoir propagé et défendu la sagesse Chrétienne, sans laquelle l'univers evit été encore enveloppé des ténèbres épaisses d'un vil paganisme, et dans l'état d'un barbarisme un peu plus moins abject que le paganisme de Grèce et de Rome. A elle appartient la gloire de nous avoir sauvé et transmis les précieux trésors des sciences, et des lettres des anciens Païens ; d'avoir créé les premières écoles populaires, et d'avoir fondé des Universités qui existent encore, et sont célèbres encore de nos jours ; d'avoir donné abri soiis ses ailes protectrises aux plus illustres artistes, et d'avoir inspiré la littérature la plus élevée, la plus glorieuse, la plus pure.

"L'Église, l'ennemie de la liberté ! Hélas, comme est-elle travestie la conception qui sous ce nom signifie l'un des dons les plus précieux du Souverain Maître, et que l'on emploie au contraire pour justifier l'abus et la licence? Si par liberté, on signifie l'exemption de toute loi, de tout ce qui s'oppose à

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notre volonté, et la permission de faire tout ce que nous voulons, cette liberté là serait certainement condamnée par l'Église, ainsi que par toute âme honnête ; mais si ^a.x liberté l 'on entend la faculté rationelle de faire le bien vite et grandement ou sur de grandes lignes, selon ce que prescrit la loi éternelle, et c'est précisément en ceci que consiste cette liberté qui est digne de la nature humaine, avantageuse à la Société ; — l'Église, surtout, et plus que tout autre la favorise, l'encourage, et la protège.

" L'Église usurpe les droits de l'État Civil et occupe le champ de la politique ! — Mais l'Église sait, et elle enseigne que son Divin Fondateur a enseigné et ordonné que l'on rendît à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu, sanctionnant par ces divines pai'oles l'immuable et perpétuelle distinction, chacun dans sa sphère respective suprême ; — importante distinction, — et distinction qui a joué un grand rôle dans le développement de la civilisation Chrétienne. Sou esprit de charité la rend étrangère à toute espèce de desseins hostiles ; elle tâche seulement d'occuper sa position naturelle à côté des puissances politiques, pour travailler avec elles sur le même sujet, c. a. d. sur l'homme, et sur la société humaine, mais dans ces voies et avec ces intentions surnaturelles qui font partie de sa divine mission.

"D'injustes guerres," — continue l'Encyclique — "sont faites par de grandes et puissantes nations contre de petits et faibles peuples. Il se fait des armaments exaggérés parmi les grands empires, qui produisent des effets plus désastreux que la guerre même. Toutes celles choses troublent profondément la paix universelle. D'incessantes alarmes, et l'inquiétude générale ont provoqué chez les peuples l'anarchie, qui désormais formera une ligue formidable contre les Empereurs, les Rois, et les Présidents de tous les Gouvernements. Ces Gouvernements devront adopter les mesures les plus énergiques pour défendre la vraie liberté et devront obliger leurs sujets à obéir aux lois qui commandent l'enseignement de la Religion.

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