‹ Vie de Léon XIIIChapitre 131 sur 148 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Léon XIII est le premier des Pontifes à reconnaîre l'importance de la Presse moderne. — Léon XIII dans ses audiences avec les hommes de la Presse. — Madame Séverine du Figaro.— Elle donne une intéressante description de son audience, et un portrait personnel de la Sainteté. — L'Encyclique valedictoire de l'an 1902.

N peut bien dire que Léon XIII a été le premier des Pontifes qui ait reconnu la grande importance de la Presse comme auxiliaire de l'Église. ù\ D'autres Papes, sans doute, et particulièrement son prédécesseur, Pie IX avait conçu une idée vague de son utilité ; mais après avoir connu l'Abbé Lamennais et VAvam', le Saint Siège sentit quelque chose comme de la défiance contre un auxiliaire, qui comme les bataillons mercenaires des siècles passés, pourrait être plus dangereux à ceux qui les payaient qu'à leurs ennemis. Le Pape actuel fut le premier à accorder ce que l'on appelle une entrevue à un journaliste pour des fins journalistiques. Il accorda une entrevue à M. Louis Veuillot. Ce fut un de ses'premiers actes comme Pape. Après ce temps il accorda des entrevues à divers autres journalistes éminents. C'est à rémarquer que quand il ré fusa ce privilège à M. Stead et M. Zola, il l'accorda à une dame réprésentant le Figaro, Madame Séverine. Elle était une Socialiste et non pas une Catlioliqtie, et son objet était d'obtenir du Saint Père une déclaration contre la violente croisade en paroles que l'on avait commencée en France contre les Sémites.

Madame Séverine nous a laissé une relation très remarquable de cette entrevue avec Léon XIII, non pas seulement

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parcequ'elle nous le fait voir de plus près, mais à cause des caractères sous lesquels ce Pontife voit les problèmes si controversés de notre temps.

" Le Pape m'a -p^rw plus blanc que ses portraits le réprésentent. Il me parut plus humain, et plus touchant; moins le Souverain, plus un Apôtre, et presqu'un grand-père. Une tendre, timide bonté parait se cacher dans sa bouche, et semble vouloir nous parler quand il sourit ; mais le nez long et ferme révêle une volonté inflexible, la volonté qui peut attendre.

' 'Je parlai de Jésus pardonnant à ses bourreaux, et allégeant leur ignorance comme excusant leur brutalité ; et je demandai si ce n'était pas le devoir des Chrétiens avant toute autre chose de suivre cet exemple." — "Jésus," répondit le Pape, "versa son sang pour tous les hommes sans exception, et spécialement ceux qui avaient besoin d'un plus fort rançon, parcequ'ils ne croyaient pas en Lui, et étaient telkment obstinés dans leur incrédulité. Il a laissé à Son Église un grand devoir à remplir envers ces hommes — le devoir de les ramener à la vérité ! " '

"Par la persuasion ou la persecution, Saint Père ?" — "Par la persuasion,' ' répondit vite le Pape. " L'œuvre de l'Église ne peut s'accomplir que par la douceur et la fraternité. Elle doit tâcher de déraciner l'erreur, mais toute violence est contraire à la divine volonté et à ce qu'il nous a enseigné aussi bien qu'au caractère de mon ofiBce et au pouvoir que j'exerce."

" Alors, de guerres religieuses ? "

" Ces deux mots se contredisent," dit le Souverain Pontife, avec un geste emphatique

" Une guerre de races, Saint Père ?"

"Quelles races ? Tous les hommes descendent d'Adam, que Dieu lui-même a créé. Quelle différence fait-il si des êtres humains en différentes latitudes différent eu couleur et en physiognomonie. Leurs âmes sont de la même substance spirituelle, formées par la même moule. Pourquoi envoyons-nous des missionnaires aux hérétiques et aux sauvages ? Parce

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PORTRAIT DE LEON Xlll

Pris par le Photngraph Officie' le 14 ( )ctiibre, 1902, et présenté aux Imprimeurs à Philadelphie.

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