‹ Vie de Linné, rédigée sur les documens autographes, et suivie de l'analyse de sa correspondanceChapitre 17 sur 50 · KLLtS · texte numérisé non relu

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«ê voyage au profit de l'histoire naturelle; il préluda ainsi à des courses plus lointaines. Les recommandations de Linné FaTaient fait accueillir avec tant de distinction en Angleterre, qu'il résolut de «*y fixer. Bientôt il fut nommé professeur suppléant au muséum britannique , puis sous-I)ibliothécaire du même établissement , enfin la société royale de Londres l'admit peu de temps après dans son sein. Linné le nomme toujours, dans les lettres d'Ellis, son disciple bien-aimé; il remercie affectueusement •es amis anglais, de la réception qu'ils font à Solander; mais craignant que ces politesses ne fussent stériles, il demanda et obtint pour ce jeune compatriote la place de professeur d'histoire naturelle à Saint-Pétersbourg, alors vacante , et s'empressa de lui apprendre cette heureuse nouvelle. L'étonnement de Linné ne connut point de bornes en ne recevant aucune réponse; il en fut vivement affecté, et dès-lors le nom de cet élève chéri s'échappa moins souvent de sa plume. Solander a-t-il pu croire que son illustre maître cherchait à l'éloigner de Londres par quelque motif secret et peu honorable? cela expliquerait le silence de Solander^ mais nous sommes disposés à penser plutôt qu'il y eut de l'ingratitude, ou tout au moins une négligence qui en est bien voisine*. Voici ce qui semble en fournir titie preuve irrécusable : « Dites à Solander , mon cher Ellis (8 Décembre 1767), qu'il écrive à sa respectable mère; elle n'a pas reçu de ses nouvelles

* Dans les notes manuscrites laissées par Linné, Solander est taxé d'ingratitude. Mais telle était la réserve de cet homme extraordinaire que Ton ne voit rien transpirer de cette accusatiott datist sa correspondance particulière.

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depuis plusieurs années, et s'en désole. Apprenez* lui, je vous prie, qu'elle réside actuellement à Pîthoa. » Le fils qui néglige sa mère doit être un élèye ingrat. La tendresse de Linné qui paraissait éteinte se ranima pourtant à la nouvelle, donnée par £llis (8 Septembre 1767), ^ue Solander était malade; il témoigna à ce sujet de vives inquiétudes et elles ne cessèrent qu'après la nouvelle d'un entier rétablissement.

Ellis apprend à Linné (19 Août 1768), que Solander a été choisi par Banks pour l'accompagner dans un voyage qui va être entrepris autour du monde. Banks, nommé directeur de la partie scientifique du voyage, assura à Solander une rente viagère de 400 guinées; il emmena avec lui deux dessinateurs, un secrétaire, quatre domestiques, et dépensa en approvisionnemens , en livres, en instmmens, etc., plus de 260,000 francs. « Ce voyage 9 dit-il, est votre ouvrage et celui de vos écrits. )i Indépendanmient d'histoire naturelle, l'expédition devait s'occuper d'astronomie , observer le passage de Vénus sous le disque du soleil , et chercher à faire de nouvelles découvertes dans la Mer du Sud. On sait que le capitaine-commandant était le célèbre Cook ; il n'est pas nommé une seule fois dans la correspondance d'Ellis, et l'on doit s'en étonner. Linné, dans sa réponse, donne de grandes louanges au patriotisme de l'Angleterre, et déclare les Anglais le peuple le plus généreux de la terre. Ellis (5 Décembre 1765), le remercie en ces termes : « Les Anglais sont bien reconnaissans de la bonne opinion que vous avez d'eux ; nous reconnaissons chaque jour la supériorité

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des Suédois sur les autres nations européennes. Tous ceux que nous avons vus ici sont polis, biea élevés et instruits, sans qu'on remarque en eux la vanité des Français, la froide apathie des Hollandais ou l'impudence des Allematids. » Ellis annonce le retour de l'expédition (16 Juillet ,1 77 1 ) , à Linné , qui répond en ces termes à son correspondant (8 Août 1771 ) : « J'ai appris l'agréable nouvelle du retour de mon cher Solander en Europe. Grâces soient rendues à Dieu qui l'a si visiblement protégé dans les dangers d'un si long voyage. Si je n'étais chargé d'années et chétif de corps, je partirais à l'instant même pour Londres , afin de voir ce héros de la botanique y mais je dois y renoncer. »

Écoutons plus tard Linné exprimer ses craintes sur le sort des collections rapportées par les voyageurs^ « Je viens de lire dans plusieurs journaux étrangers que notre ami Solander a formé le projet de revoir au printemps plusieurs nouvelles contrées découvertes par M, Banks et par lui. Cette nouvelle m'a affecté au point de me priver entièrement de sommeil. Que les espérances de l'homme sont trompeuses ! J'espérais, et le monde savant avec moi, que bientôt on allait jouir du fruit de ce voyage. Est-il vrai que l'on doive craindre de voir ces collections sans rivales, et qui pouvaient servir si utilement la science, devenir

la proie des insectes Je vous supplie par

tout ce qui est grand et bon, vous si digne appréciateur de semblables trésors, de faire tout ce que vous

pourrez, afin que l'on puisse en tirer parti.. ^

Que de plantes extraordinaires ces voyageurs ont du récolter! Le Pérou, le Chili et les îles de la Mer du Sud leur auront fourni une si prodigieuse quau«

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titë de choses nouvelles, qu'ils doivent en avoir pour leur vie entière à décrire et à figurer. S'ils entreprenaient un autre voyage, il leur arriverait peut-être ce qui est arrivé à Moïse à l'égard du Canaan* A combien croyez-vous qu'on puisse porter le nombre des insectes récoltés?. Y aura-t-il beaucoup de nou^ veaux genres ? Que pensez-vous de leurs mollusques? Sont-ils nombreux? Qu'on y songe bien; les insectes peuvent dévorer les collections , la maison qui les renferme être brûlée, les hommes qui sont le plus capables d'en tirer parti, mourir. Toutes choses sublunaires sont incertaines, et il ne serait pas sage de se confier à un avenir que personne ne peut garantir. Pressez, mon ami , pressez la publication de ces nouvelles découvertes. Je confesse que mon vœu le plus ardent est de voir cette entreprise terminée avant de mourir. »

Linné écrivait plus tard ce qui suit à Ellis ( 20 Décembre 1771) 2 « Je vous supplie de persuader à Solander de m'envoyer quelques échantillons de plantes du Banskia ou Terra australis^ afin que je puisse me faire une idée des productions de cette terre jusqu'ici inconnue. En faisant cette demande appuyezvous de mon vieil attachement pour lui; j'attends cela de son honorable caractère , et de son zèle pour la botanique. Rappelez-lui que c'est par moi qu'il a obtenu de son père la permission de se livrer aux sciences naturelles ; que je Fai chéri comme mon propre fils et reçu sous mon toit. Dites-lui que c'est moi qui lui conseillai de visiter l'Angleterre , qui l'introduisis auprès de vous, et qui lui valus ainsi tous les amis qui Font si bien accueilli dans ce pays ; ajoutez que c^est moi qui lui fis obtenir la place de professeur à Saint-Pétorsbourg. S'il répond à mon attente, je le

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croirai quitte envers moi. Mais persuadez-lui surtout de publier ses découvertes botaniques avant de songer à un autre voyage...» Etait-ce en ces termes qu'un maître devait s'adresser à un élève reconnaissant? L'illustre promoteur de toute grande entreprise scientifique avait-il besoin de descendre jusqu'à la prière , et ne devait-on pas aller au-devant des vœux de celui qui pouvait dire (même lettre 20 Décembre 1771): «Mon élève Sparrmann visite maintenant le Cap de Bonne- Espérance 5 Thunberg, un autre de mes disciples , accompagne au Japon l'ambassade anglaise ; le jeune Gmelin parcourt la Perse-, mon ami Falk , la Tartarie; Mutis, le Mexique-, Kœnig fait d'heureuses incursions dans le Tranquebar -, le professeur danois Rottboll publie les plantes récoltées à Surinam par Rolànder ; enfin, les découvertes importantes faites en Arabie par Forskall vont bientôt voir le jour à Copenhague. »

EUis précéda Linné dans la tombe -, mais le naturaliste suédois l'y suivit de bien près , et ne put consacrer de longs regrets à sa perte.

Pennant.

5 Décepibre 1756 et 2 Mai 1770.

Pennant était un savant anglais qui s'occupait particulièrement de zoologie. On lui doit de nombreux ouvrages dont les principaux sont : la Zoologiahritanntcay ouvrage orné d'une grande quantité de belles figures; V Histoire des Quadrupèdes ouvrage de luxe imprimé à Londres , etc. Il est également connu par un voyage en Ecosse et dans les Iles Hébrides.

Deux lettres seules adressées à Pennant par Linné

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composent cette correspondance. Elles sont d'un médiocre intérêt. Dans l'une Linné félicite Pennant d'avoir découvert une nouvelle coquille ( Cancha anomia ) et d'avoir ainsi jeté quelque lumière dans la branche des sciences naturelles qui s'occupe de la conchyliologie. Dans l'autre il lui annonce qu'il a reçu des mains du docteur Troil le Synopsis des quadrupèdes et la Zoologie indienne dont il est auteur \ il le remercie et lui déclare qu'il s'abstiendra de juger sa nouvelle méthode 5 il se bornera seulement à bien distinguer les espèces que son estimable correspondant vient d'établir. Linné exprime un vif désir de posséder les autres ouvrages de Pennant et surtout le traité des Oiseaux.

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