J. ELLIS
SîfiUina naiurœ, du Gênera planiarum et de la Pki^ hsophia hotemica. Il propose à Linnë un genre nouveau celui à'halesia , établi sur une plante ligneuse de l'Amérique septentrionale , maintenant fort répandue dans nos jardins botaniques. La plupart des difficultés proposées à Linné par Ellîs étant aujourd'hui résolues, et les faits douteux faisant presque tous partie du domaine de la science , nous nous contenterons d.'extraire de cette correspondance ce qui peut seulement servir à faire connaître le caractère de Linné ou celui des naturalistes ses contemporains ; nous ne ferons d'exception que pour quelques communications qui précisent la date de plusieurs découvertes importantes.
Ellis , dans sa seconde lettre (3i Mai 1757) , déclare que les conferves sont des plantes dioïques ; il assure en avoir vu les organes sexuels ainsi que les semences. Il est surtout question dans la réponse de Linné (8 Février 1758), d'une espèce de singe nommé troglodyte ou homme nocturne , animal figuré par Bontius, distinct, suivant lui, du satyrtis de Tulpius qu'on montrait alors à Londres. Linné apprend à Ellis qu'il vient de recevoir d'Adanson le voyage au Sénégal, et il en loue l'exécution. Il regrette de ne pas avoir sous la main une histoire naturelle d'Alep écrite en anglais, et dit attendre avec impatience l'ouvrage d'Edwards sur les oiseaux et les quadrupèdes rares.
Il résulte d'une lettre de Linné ( 8 Décembre 1768 ) , que ce grand naturaliste , toujours occupé des intérêts de son pays , avait cherché à élever des cochenilles qu'il avait reçues du Mexique avec des cactiers 5 il eut le chagrin de les voir périr par
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la négligence du jardinier charge de les soigner. Noos avons déjà dit qu'Ellis en avait obtenu de Garden.
Ellis et Linné s'étaient flattés Tun et l'autre de pouvoir acclimater l'arbre à thé dans leur patrie, et se sont transmis à ce sujet plusieurs communications. Linné apprit à Ellis que Louis XV lui avait fait adresser, comme provenant du véritable arbre i thé j une branche de catneUia ^ ( 8 Novembre 1769 )• Il fait connaître qu'il possède plusieurs ihêa dans les serres du jardin d'Upsal ; maiç qui , malheureusement , ne fleurissent ni ne fructifient ; EUis lui apprend à son tour (16 Janvier 1770 ), que le nombre des ihea qui existent en Angleterre, dans les jardins des curieux j dépasse le nombre cent. II l'avait déjà entretenu de deux arbustes à thé , nés en Angleterre dans le jardin d'un amateur , lesquék avaient , au dire de Collinson , plus de vingt-cinq ans d'existence (29 Mai 1762).
Indépendamment des cochenilles et dû thé que Linné voulait importer en Suède , il résulte de plusieurs passages de ses lettres qu'il s'e£força d'y introduire aussi la vraie rhubarbe. Ce fut lui qui le premier établit le Jtheum palmatum en culture régulière -, il provenait de semences tirées de Tartarie.
La conservation des graines , pendant les voyages de long cours , attira toute l'attention de Linné, qui donne à Ellis j comme excellent , le moyen suivant (8 Décembre 1758): On place les semences isolées , et par couches , dans un bocal de verre qu'on remplit de sable bien sec -, l'ouverture est close avec une vessie ou, à son défaut, avec du papier. Cela fait , on place ce bocal dans un vase de dimension telle qu'il puisse être entouré de toutes
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parts par une couche , de deux pouces au . moins d'ëpaisseur ^ d'un mélange fait avec une partie de sel commun (hjdro-chlorate de soude) , deux parties de sel ammoniac (hydro-chlorate d'ammoniaque) et de trois de nitre ( nitrate de potasse ) réduit en poudre, mais non desséché. Ce mélange Jrigortfiquê a pour but , dit Linné , de paralyser l'action de la chaleur ambiante j qui accélère la germination des semences ou dispose les insectes à les attaquer. EUis remercie linné de cette communication (aS Janvier 1769) , mais il lui iait remarquer, avec raison , que ce prétendu mélange frigorifiqne, à l'état sec , n'a aucune action sur le thermomètre , et qu'ainsi , il ne peut serrir tout au plus qu'à absorber l'humidité de l'air. Ellis dit s'être assuré que le meilleur moyen qu'on pût employer pour conserver long-temps les semences riches en principes aqueux , était de les entourer d'un mélange de poix , de résine et de cire. Des glands ainsi préparés et long-temps gardés ont ensuite très-bien germé -, il en fut de même des capsules du ^lea. Linné , quelques années après , dit avoir mis ce moyen en usage, mais avec des succès divers.
On voit par plusieurs passages des lettres qui composent la correspondance de Linné, que ce naturaliste consultait toujours ses correspondans sur les noms i donner aux plantes qu'il recevait en communication. Cette condescendance n'était pourtant pas sans bornes, et il voulait qu'on se conformât rigoureusement aux règles tracées dans ses ouvrages fondamentaux. En voici un exemple : Ellis avait désiré le nom à^attgtMta pour une plante qui plus tard servit à former le genre gardmia , Lâonéj s^ refusa
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dans ces termes (29 ÀTril 1760 ) : « Je suis inforHïë j mon cher ami^ que tous éprouyez quelque mécontentement de ce que je n'ai pas encore admis yotre nouyeau genre y et que je ne lui destine pas le nom $augusta» Voici quelles sont les raisons qui motiyent mon refus : d'abord j'ai quelques doutes siir ktyalidité du genre ^ le fruit ne m'est pas bien connu^ et je ne suis certain ni du nombre des étamines, ni de celui des segmens de la corolle ; mais quand bien même je l'adopterais , je ne pourrais lui donner le nom que yous proposez. Le maître ne peo^t transgresser la règle qu'il recommande à ses disci* pies; or, yous sayez que j'ai établi comme principe fondamental de ma nomenclature que les adjeetiâ M pouyaient sei^yir comme noms de genre ; o^ést Itti adoptant ce principe qu^ je me suis cru autorisé ft changer bon nombre de noms admis par d'aiitres att<* teurs, au grand déplaisir d^une foule de gens. Mais, eûtnme je n'ai pas poussé cette séyérité à Fex^éofiê^ et que j'ai admis les genres mvrabiltê et gléHomi^ mes adyersaires m'ont yertement blâmé , et ils n^ont pas entièrement tort. Si j'adoptais à Tayénir de pareils noms, je serais inexcusable, et en oppositiM ayec moi-même. » Ellis ( 23 Juin 1760 ) reconnaît la justesse de ces objections, et propose pour celte plante, au lieu du nom d^a/ugusta^ celui de ^«^rdénia, que Linné adopta aussitôt. Dix ans après (18 Décembre 1770 ) , fUlis demandait en ces terÉM^ l'établissement d'un nouyeau genre : « Je suis contrarié de vous contraindre presque à d(mner !c nom de gordoma au lasianihus^ à cette belle mo*nadelphe que dernièrement yous ayez reçUfe de moi; mais je me trouye en quelque sorte engagé,
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car j'en ai donné les caractères devant notre société royale, et mon excellent ami, M. Gordon, a agrëë ma politesse. Vous pourrez, si cela vous plait, conserver à cette plante le nom spécifique de lasianihus. M. Gordon connaît bien les plantes , et doit être compté parmi vos plus chauds admirateurs. Il porte toujours votre santé avant celle du roi d'Angleterre, et vous désigne communément sous le nom de roi de la Botanique , avec la qualification de mylord Lirmœus. Son fils a plus souvent vos ouvrages dans ses mains que la Bible , et il met en ce moment un grand zèle à aider la personne qui traduit en anglais votre Gênera. » LLoné acquiesça sans peine à la demande d'Ellis, et le genre gordonia fut adopté. C'était avec raison que ce grand botaniste se montrait sévère dans ses noms génériques; car la plupart des critiques qui lui étaient adressées portaient principalement sur sa sjmonymie. Lorsqu'il s'agit de consacrer un genre à Garden , naturaliste fort zélé , Linné hésita et demanda à EUis s'il avait fait quelques travaux en histoire naturelle. «On me reproche toujours, lui écrivait-il , de dédier mes genres à des amis j je veui éviter de pareils reproches à l'avenir , et n'accorder cette marque de considération qu'aux seules personnes qui se livrent avec succès à l'étude de la nature. » Plusieurs lettres de cette intéressante correspondance sont consacrées à combattre là prétendue animalité des séminules de champignons, mise en crédit, comme on sait, par le baron de Munckausen, et défendue par Linné avec une extrême réserve, dans sa correspondance particulière seur lement. Il prie EUis (1®' Janvier 1769), de faire
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à ce sujet quelques expériences, et celui-ci s'empresse de le satisfaire ( 8 Septembre 1 767 ). Il déclare qu'après avoir soigneusement examiné lés seminules des Âgaricus campestris et jimeiarius, il les a trouvées complètement inertes ^ leur mourement, dans les liquides qui les tiennent en su^ pension, est uniquement dû à l'agitation imprimée par les animalcules qui s'y développent; ceux-ci sont nombreux et si complètement pellucides, qu'il faut un grand soin pour ne pas les confondre avec les séminules. C'est cette grande ressemblance qui explique l'erreur dans laquelle est tombé Muncka\isen et ses sectateurs. « Que les êtres examinés soient ou non des animalcules , répondit Linné ( Octobre 1767 ), il est certain, du moins, qu'ils Rattachent au fond du vase^ d'abord solitaires , puis agrégés, puis enfin réunis en masse confuse, après quoi seulement naissent les champignons. L'eau commune ne fait jamais naître une aussi prodigieuse quantité d'animalcules , et l'on sait que la seule infusion des champignons donne lieu à un développement de productions fongueuses. » Ellis (3o Octobre 1767 ) essaie de combattre ces objections. « Lorsque les animalcules ont péri ^ et que l'eau est évaporée en totalité , il peut se développer, dit-il, dans cette sorte à^humtig quelques séminules de champignons, parce qu'elles se trouvent dans des circonstances favorables à leur développement. Il croit avoir vu le mouvement des séminules du Lycoperdon Bovista, et il l'attribue à une sorte d'irritabilité. Mais lors même qu'il en serait ainsi que le prétend Linné, on devrait s'étonner que des séminules d'un lycoperdan, donnassent naissance à
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des muûor. Ce ne sont donc pas les sémînules de la plante soumise à l'expërience , qui se dëveloppei^, mais bien celles dont l'air est le réservoir, et qui circulent avec lui, etc.
Ellis donna plus tard le complément de ces expériences dans un mémoire spécial , inséré dans les TrantacUong philosophiques (T. ix,p. i58). Il est bien prouvé aujourd'hui que les séminules des champignons ne sont point des ovules, toutefois il est juste de dire que rien n'est plus singulier que ces productions^ elles diftèrent de tous les végétaux connus, et méritent peut-être de former une section entièrement isolée; c'est ainsi que l'ont pensé MM. Nées d'Esenbeck et Uornschu qui veulent en faire mi règne dictinct, en opposition avec le règne végétal, et dans lequel la nature essaie sa dernière facuUé créatrice, en revêtant de formes nouvelles les: élémens organiques.
Dans les dernières années de la vie de Linné, on commençait à vouloir s'occuper sérieusement de cryptogamie; mais les théories présentées alors étcdent bien imparfaites. « On écrit beaucoup en Allemagne sur les mousses, dit Linné (8 Août 1771). ffil faut en croire les nouveaux observateurs , les capsules (urnes) de ces plantes seraient des fleurs mâles. Ils veulent nier qu'elles aient des fleurs femelles^ et affirment qu'elles se reproduisent de bourgeons ou de gemmes. Il me semble absurde de soutenir cjue la nature ait créé des fleurs mâles, sans en avoir créé en même temps de femelles. Je voudrais bien , mon cher EUis , que vous eussiez quelques loisirs à consacra à l'étude de cette tribu des v.égétaux. »
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Tous les correspondans de Linné se crurent obligés de lui adresser des félicitations sur son anoblissement. EUis se distingue entre tous par l'élévation des sentimens qu'il exprime, <( L'honneur que vou3 a fait dernièrement le roi de Suède n'ajoutera rien , dit-il 9 à l'éclat de votre nom ^ mais néanmoins vos amis en éprouveront une vive satisfaction. Puissie^-vous posséder long-temps votre nouvelle dignité , et continuer à éclairer le genre humain. Vos excellens écrits ont fait comprendre la nature, et aplani les di£B[cultés qui empêchaient les bommes de se livrer à son ^tude-, éojez toujours leur guide, et. je jouirai de votre gloire. » On voit , en lisant les lettres qui furent alors écrites à Linné, combien était nouveau pour ses correspondans le style qu'ils croyaient devoir employer pour témoigner dignement leur respect 5 l'un l'appelle M. le Baron , l'autre lui donne de l'Excellence; celui-ci le qualifie de vir nohUis y cet autre le nomme M. le Chevalier, mais bientôt quittant cette allure étrangère chacun revint à ses habitudes, et ces expressions: mon digne et vénérable maître^ mon illustre ami, prévalurent. On dut s'apercevoir bientôt que le respect pour un nouvel anobli se perdait toutà-fait dans le respect qu'un grand homme inspire toujours à ceux qui sont dignes de le comprendre.
On trouve dans la correspondance d'EUis un assez grand nombre de faits relatifs à des personnages connus ; nous noterons les principaux.
Eliis se plaint amèrement (24 Septembre 1766), du plagiat de Buttner qui cherche à s'approprier ses découvertes sur les zoophytes et les corallines. Il ne faut pas confondre ce Buttner ( David -Sigismond-
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Auguste), professeur de botanique à Gottingue, auteur de quelques ouvrages de botanique peu estimes, avec un autre Buttner (Chrétien- Guillaume) , de Wolfenbuttel , philologue distingué , qui disait q[ue Linné et lui s'étaient emparés du titre de l'ouvrage dèGrotius, intitulé : Jus naturœ etgentium; que Linné avait pris natura et que lui avait eu en partage gantes, Linné console Ellis et lui annonce qu'il a écrit à Munkausen , qui , jouissant d'une grande considération scientifique en Allemagne , lui fera facilement rendre justice. Ellis parle en termes fort convenables des critiques amères de Pallas * sur les travaux de Linné concernant les zoophytes. « La manière insolente dont Pallas vous traite (5 Juin 1767) , me fait douter, lui dit-il , que ses opinions en matière de science soient solidement établies. » Quel regret ne dut point éprouver Pallas de ces critiques peu mesurées , puisqu'il fut forcé de convenir , peu de temps après la publication de Pouvrage qui les renfermait, que Linné avait eu raison de ranger les corallines et les conferves dans deux règnes diftérens? Chercher à faire prévaloir la vérité en employant des expressions sages et mesurées, c'est avoir deux fois raison; émettre une opinion fausse en termes tranchans et dogmatiques, c'est avoir deux fois tort.
Miller, dont il est fait mention dans les lettres d'EUis^ est présenté comme un homme laborieux mais vain et d'un commerce difficile, qui vécut presque toujours en mésintelligence avec les chefs
* Né fin 174^; lïiort en 1811.
l8o CCUASSPOHBAirCE DB UHHl^.
des divers ëtablissemens dans lesquels il fiit eioployé» (28 Décembre 1770.)
« Le docteur Kalm , fixé depuis plusieurs années en Amérique 9 dit Ellis (28 Décembre 1770 ), est un de ces cbefs américains qui méprisent les Anglais. Je lui ai adressé , par un ami , de la semence de Rheum pcdmatmny mais il s'est dispensé de me remercier , et se serait cru déshonoré s'il eut penaé avoir quelques obligations à un habitant de la métropole. S'il plait à Dieu, nous verrons bientôt humbles, ces révoltés américains. Kalm vous doit de la reconnaissance, car vous avez pris soin de cultiver son esprit ; sans vous il serait tout-àHbit sauvage. »
Il est un nom qui revient souvent dans la correspondance d'Ellis : c'est celui de Solander. Ce naturaliste voyageur naquit en Suède , dans le Nordland. Il voyagea en Laponie, à Archangel et & Saint-Pétersbourg; et obtint de son père, à la scdlioitation de Linné, dont il était l'un des disciples les plus zélés, la permission de voyager en Angleterre; il s'y rendit, s'y fit des amis et des protecteurs puissans qui travaillèrent à sa fortune. Il lui arriva une aventure assez piquante et qui eut été fort désagréable pour tout autre qu'un naturaliste. Un jour qu'il se trouvait à bord d'un vaisseau de guerre alors en rade, le conmiandant, qu'il était allé visiter, reçut l'ordre de partir pour les Canaries afin de s'emparer de quelques bâtimens de commerce qui s'y trouvaient. Solander fut obligé de l'accompagner , car l'ordre de partir une fois reçu , personne ne peut plus communiquer à terre. Solander prit son parti de bonne grâce et fit tourner