‹ Vie de Linné, rédigée sur les documens autographes, et suivie de l'analyse de sa correspondanceChapitre 22 sur 50 · C. LiimÉ · texte numérisé non relu

C. LiimÉ

Upsal, le 17 Juin 1773.

Lettre quatrième.

Au noble et savant docteur , envoyé de Flore au Cap de Bonne-Espérance.

J'ai tant de remercîmens à vous faire pour les nombreuses plantes que j'ai reçues de vous , et qui toutes sont ou très-rares ou nouvelles , que je ne sais si je pourrai vous en faire assez. Nul botaniste ne m'a fait éprouver une plus vive satisfaction , et je vous avouerai avec naïveté que je ne comptais pas sur tant de générosité ; mais si j'ai pu penser que vous me traiteriez moins bien que vous ne faites, vous m'avez bientôt forcé à la reconnaissance, et je vous tiens aujourd'hui pour le plus généreux des hommes.

Vous seul avez plus fait pour la flore du Cap que tous les botanistes qui vous avaient précédé dans

thuube&g. 1771 — 1774* 2o5

ce pays. J'ai travaillé sans relâche à ces plantes pendant huit jours, et je ne pourrai les avoir examinées toutes avant un mois. Ayez la bonté de m'envoyer un spécimen plus complet du numéro 4o3*, dites-moi, je vous prie, le nom du fruit que vous avez envoyé au docteur Baëk.

Je ne désire rien tant que voir la journée où , heureusement de retour dans votre patrie , vous me permettrez de discourir avec vous sur les merveilles végétales que je tiens de votre généreuse amitié.

La Thunbergia manque à ma collection. Je désire beaucoup l'avoir, car je possède presque toutes les plantes dont j'ai établi les genres.

Mille et mille remercîmens pour les superbes ognons qui accompagnaient l'envoi des plantes. La moitié environ est arrivée ici détériorée, le reste est en fort bon état 5 Dieu veuille qu'ils me donnent des fleurs. S'il en était ainsi , je pourrais les analyser publiquement et faire connaître tout ce que vous valez.

Veuillez , mon cher docteur , m'envoyer quelques semences des plantes du Cap , afin d'enrichir le jardin botanique. On m'a annoncé qu'à bord du yacht de Stockholm se trouve un paquet pour nous et venant du Cap , par la France. Il contient peut-être ce que vous avez eu la bonté de nous envoyer suivant l'avis que vous en donnez dans votre dernière lettre.

Si vous pouvez examiner le ehrysitrix , vérifiez-en le sexe et étudiez-en soigneusement le firuit. La plante ressemble au sisyrinchium qui croit au Cap, mais au lieu de trouver une fleur à l'aisselle de la feuille, ou y trouve une petite houppe de soie.

Je vous en écrirai plus long une autre fois ; je m« trouve forcé de clore cette lettre , car mon ami le doc-

206 G0Uan>01l1>AirGB »S UMWt*

tewt Bkmtin m'assure que le navire cpii dbit la por« ter Ta mettre à la roile*

(Cette lettre n'est pas signée et ne parle point de date $ elle est Traisend)lablenient da printen^ de

Lettre cinquième.

Charles Linné i son ami le doctemr Thunbeigy en* ▼07e de Flore au Cap.

J'ai reça en son temps yotre chère lettre^ et 00mme tontes les lettres précédentes , eUe m'a fait le pins grand plaisir. Vous devez être maintenant compté parmi vx» plus savans botanistes.

Votre genre Hadhia me semble très-solidement établi, et devra certainement être adopté.

Ce que vous m'adressez sous les; noms de eteOimm, de ttdlera et de ttettaria doit être réuni dans un seid et même genre; il en est de même du tteïlena qui appartient au genre hypoxii * quoique vous paraisriex le regarder cooune différent , ce que je vois par vos notes. VHelonioê minuia aurait-il du rapport avec ces plantes^, je vous croirai si vous me l'assurez, car je n'en ai jamais vu que des échantillons desséché». Je crois me souvenir que les styles étaient visiblement

* Ces plantes , en effet , ont été comprises dans le même genre sons les runaMèlHypoxUttelUUa^êerrata et villoêa. Tbniiberg en arait fait le %eQrefabricia qui n'a poiot été adoptée Le genre êtêllaria des botanistes est une cary ophjliée; le geore etellera une thytnelée. Moench a un genre siellarU formé ans dépens des genres scilla et ornithogalum ; ce genre n'a point été adopté.

** Ce rapport ayantété confirmé , Y Jlelonioê minuta Lino. ml passé dans le gense kypoxU aTec le mèaie nom générique.

THUHBEEG. 1771 — 1774» ^07

inclines en arrière; je ne puis croire que les pédoncu-. les soient alternes; ils sontTraisemblablement disposes en ombelle. On devra nécessairement mettre cet helomas avec yos ateUina.

Je ne possède pas le genre augea* et je le regrette yivement, car je veux tâcher de réunir tous les genres que vous avez créés.

Yos jàrabù capensùet trijida ont un fruit tellement semblable à celui de VUeliophUa, que je suis disposé à TOUS demander de les placer dans ce genre**.

D'après \e faciès et l'organisation des]£leurs, je serais disposé à croire que votre Helonias viridis est un mêfanthtutn ***.

La plante que vous m'adressez sous le nom de Mon^ Hnia reticulata doit être un heliconia **** , bien que que l'on doive noter quelques différences essentielles. Laissez à votre sparmannia le nom de montinia, car je ne puis changer ce nom que j'ai déjà donné à une plante de l'Hexandrie trigjmie *****.

UAntherieumspiraiey doiit j'ai mis le bulbe en terre,

* Augea capensisy Thunb. ; ce genre, dédié à un jardinier du Cap qui accompagna Thunberg dans ses excursions , ne renferme qu'une seule espèce j c'est une plante herbacée annuelle.

** h'jérabis capensis n'existe comme espèce dans aucun ouvrage général ; peut-être a-t-il été réuni à Yjirahis trifida qui est devenu un heliophila, l'H. pinnata L. F.

*** Melanthium viride, Thunb.

**** Cette plante est devenue le Strelitzia Reginœ Ait. Hort, Kew,

***** Ce genre sparmannia que Linné annonce avoir fondé dans rhexandrie trigynie n'a pas été publié par ce naturaliste qui , plus tard, consacra à Sparmann un bel arbre du Cap , appartenant à la polyandrie.

208 GOEESSPOIIDAICCE DE. LINNÉ;

a poifôsé des feuilles, mais n'a point fleuri ^ je suis donc encore incertain du genres si les fleurs sont eo ombelle et si ses pédoncules ne sont pas alternes, peut-être devra-t-on reconnaître en lui un crinum^hien que fort peu semblable à ses c( ngënères. S'il n'en ctait pas ainsi je ne saurais plus que vous dire *•

\I Adonis œthîopica est fille de V Adonis capensis et a pour père V Adonis umbellala. C'est vraisemblablement une génération hybride. Cette plante ne devraitelle pas constituer avec V Adonis capensis , un genre distinct des adonis. Vous pourrez facilement décider la chose en étudiant un fruit mûr**.

Vous trouverez j'espère au Cap la monsonia *** du Maniissa qui ressemble tant aux géranium multiflores. Je n'ai pu m'empêcher de sourire en reconnaissant comme hybride, mais fertile et capable de reproduire sa race , cette autre espèce à feuilles bipennées que vous m'avez envoyée.

Votre anthericum est une plante extrêmement embarrassante, je doutais qu'elle appartînt vraiment à ce genre , quoique j'en eusse la preuve sous les yeux.

Le Cynoglossum capense****est une espèce distincte.

Le Penœa laterifolia sera bien nommé , car toutes les espèces ont des feuilles opposées *****.

* Plus tard Linné confirma son premier jugement.

** Ces deux Adonis ont servi plus tard de type à Salisbury et à Decandole pour constituer le genre KnowUonia.

*** Monsonia speciosa, Linn.

**** Il n'existe pas de Cynoglossum capense* Serait«-ce YJachusa capensis de Thuuberg , aujourd'hui si commune dans nos jnrdins botaniques.

***** Thunberg avait vraisemblablement ècT\\.laleriflora^ espèce aujourd'hui conservée, et Linné aura lu par erreur aterifolia .

THUHBI&G. 1771 — ^774* ^9

Le lAnum mûmpicum, me parait être suffisamment distinct de ses congénères.

Dans VAntherieum CaudafeltM les filamens sont-ils barbus? les feuilles sont-elles égales conmie dans Virù ? Est-K^ que toutes les espèces du genre heliophila n'ont pas des feuilles alternes?

Les dix ëtamines du Gerardurfi ddvaricatum sonteUes égales entr'elles? Il n'y a point de calice tubuleux.

Parmi les plantes que tous avez envoyées au doc-? leur Baek y il en est une que je ne puis rapporter à rien deçowu; c'est un arbrisseau à feuilles quaternées, serrées^ linéaires , plus larges que celles du pinus^ dont les fleurs sont monopétales, tubuleuses^à cinq dents et i cinq étamines*, le style est filiforme et le germe su-r père* Ditesrmoi de grâce ce que c'est que cette plaute; je n'ea connais ni le genre ni l'espèce "*"•

Ne consacrez de plantes qu'aux personnes qui ont bien mérité de la science , autrement toute émulation cessera 9 et tous compromettre^ TOtre propre dignité en faisant blâmer tos décisions. Je conserTerai les noms que tous aTez donnés^ mais choisissons une autre base à FaTenir. Le docteur Montin est un trèsdocte et très-honorable botaniste; mais tous ceux qui pourront un jour égaler son mérite en sont loin encore ; il faut donc attendre pour leur consacrer le nom d'une plante. Ne tous offensez pas de ma franchise , et sachez-moi tout prêt à me soumettre à tos obseiTTations, si les 03i,ennes n'étaient pas suffisamment goûtées de tous.

Que pensez-TOus de Conunerson qui Tient de mourir sans aToir décrit uue seule plante, et qui ne laisse pas un seul ouTrage? Les Ognoj;i» que Pat^ apporta

* Retxia capensis^ Thunb.

iSlO GOlULESPOKDAirGE DE Lllllfé* .

en Europe de votre part, sont heureusement arrives en France; ils sont , m'écrit-on, en pleine végétation* MUle remercîmens pour ceux cjue vous m'avez envoyés ; plusieurs d'entr'eux sont, vi vans; le Palmier est plein de vigueur. Quel était donc ce gros bulbe si inégal à la surface?

Le coolpon n'est-il pas une espèce à^evonytnug *? Dites-moi donc quelque chose, je vous prie, sur le syphilas , plante monadelphe à fleur tétrapétale , régiilière **.

Serait-il possible que l'on trouvât des calophyUum au Cap ***?

Votre Cacalia scandens ne serait-il pas plutôt un vupatortum ****? Les termes dans lesquels vous me parlez du Cap , de ses montagnes, de ses champs et de ses forets, en font à mes yeux un véritable paradis terrestre.

Ainsi donc le guayacum y vit spontané *****?

Veuillez déterminer soigneusement le sexe du genre hrahejum ******.

J'ai formé le projet de fonder une société,dont vous, Sparmann , le docteur Baek , Montin , et quelques autres que je vous proposerai , seront membres *******,

* Fusanus compressas , Linn.

** Cette plante a été nommée par Linné fila Aïtonia. capensis.

Aucun calophyUum ne se trouve dans cette localité. Nommée Èupalorium scandens par Linné, cette plante est devenue un mikania,

***** Le Guayacum officinale est un arbre ^l'Amérique. L'arbre que Linné avait nommé G. afrum est une léguraineuse devenue le Schotla speciosa, Jacq.

****** Brabejum stellatifolium, L.

******* Cette société n'a point été formée.

THUNBBRG. I77I — 1774- 211

Comptez bien que je vous donnerai de mes doubles ^ deux ou trois fois autant de plantes que j'en ai reçu de vous,

HAndromeda droseroides est un erica , quant au nombre des parties de la fructification*, c'est un awdrotneda paur le port *.

Vhemuis , cette grande ombellifère dont la feuille est tomenteuse , m'a donne beaucoup de peine à étudier. Mon hermasy celui qui est décrit dans le Mantùsa^, diffère du vôtre, et par le port et par le sexe; ce sont deux espèces distinctes , une grande et une petite; à moins qu'on ne veuille voir en elles deux variétés d'une même plante.

Il ne me semble pas possible qu'il existe jun the^ sium à feuilles opposées, comme on le voit dans le Thesium Colpoon de Bergius***.

(Cette lettre n'était ni datée ni signée.)

Sixième lettre.

Cher compatriote et savant docteur,

J'ai reçu , pendant le cours de cet été , les deux paquets que je dois à votre généreuse amitié-, ils renfermaient un grand nombre de plantes rares et j'ai tressailli de plaisir en les ouvrant. Aussi , depuis le commencement du mois d'Août, ai-je éprouvé la joie la

* Cette plante est devenue, en définitif, V erica glutinosa

Berg.

** La plante du 7tfa/2//5sa eslVHermas depauperata, L. L'ombellifère que Linné compare avec elle, est VH, gigantea, L. Le toment des feuilles est si abondant qu'on Temploie au Cap à faire divers objets tels que des ganls, des bas , des bonnets , file. ( Cfr. Voy. au Cap, de Thunb. 1,118.)

*** Fusanus compressus , L.

212 GommssponpAircE db liihé*

plus Tiye et la plus pure. Je suis pënëtrë de reconnaissance pour le sacrifice que vous me faites', des planta dont TOUS n'ayez qu'un échantillon. Que Dieu me permette de vous en remercier dignement !

J'ai vu les belles collections du docteur Baek , et j' j ai admiré des choses très-remarquables, entre autres . une plante^ ayant des fleurs pentandriques , un seul pistil, une corolle tubuleuse quinquefide et des feuilles semblables à celles du pin, quoique plus larges et plus écartées ; j'ignore à quelle Jbmille elle peut appartenir.

Vos nombreux ixia et tos orehû ne peuvent asses être admirés.

La eampanula à feuilles imbriquées de havt en bas, ou roulées , est un roella **.

Rienn'estplus étonnant que TOtre Aêtrantia eiUarU*

Je n'avais jamais entendu parler de VErica reioria dont les feuilles sont recourbées en arrière.

Le docteur Montin m'a donné un petit échantillon du Thunbergia.

Le Mesambryanthemum pinnatifidum mérite ce nom à cause de la forme de la feuille , circonstance fort remarquable dans ce genre.

V Adonis eapensîs à feuilles linéaires , est une hybride , née d'un père inconnu.

Le phryma est déhiscent par le côté latéral du calice. Quel est le genre dans lequel rentre cet heliophUa à fleurs jaunes *** ?

Le Pioralea capitaia^ espèce trifoliée, n'est-elle pas

* Retzia capensis, L. Linoé en a parlé dans la précédente lettre.

** Roella muscosa^ L. F.

** HeliophUa lufea , Linn.

thvuberg. 1771 — i774» 3^^

herbacée? UHedytarum imbricatum^ à feuilles simples, me semble avoir de Faffinité avee VHedyiarunt sirohili/irum **•

Le monêonià à cinq ëtamines et à trois anthères^ dont les feuilles sont simples et lobées *** , me semble être une hybride de ht Momonia speeiosa, dont les' feuillet sont bFpinnées.

LeXeranthemumJulgidum^i une bienbelle plante-

VOihonna virgineu porte 5 — 7 feuilles dentëes et montredepetites fleurs entre chaque feuille.

Quoi de plus admirable que de voir une lobelia vo^ fiibUe*^*!

Votre dùa est conservé d'une manière étonnante.

Clîffhrtià alûieifblia! qni eût pu reconnaître ce genre d'après leyaci^* ? J'ai reçu trois échantillons dé VHermatgigantea ( Buphvrumintegrifoliufn y hiriutum)y l'un d'eux me semble différent des autres; peutêtre cela tient-il uniquement au sexe?

Rosen est mort dans le courant de cet été. Boudrie a été nomn^ professeur extraordinaire, et Flygare, secrétaire de l'académie. Hesselgren, ayant succédé à Annerstedt, Aurivillers a eu la chaire de langues orientales^. Suedellus,qui lui est adjoint,va professer la poésie. Ghristiernin remplace Aspen, qui a pris sa retraîte^ il a pour successeur lé jeune Berchen qui, luimême , succède à son père. Mellcrcreutz^ s'est retiré ,

* Hattîa imbficatâ, THunb.

** Zornia8trobilifera,\j,

*** Je crois que cette, espèce est devenue là Monsonia FilU Linn. F. connue d'Aïton sous le nom de W. lobata,

**** Cette plante est sortie du genre lobelia , c'est le Cyphia volubilis de Bergius.

!tl4- GOtUiESPOIlDAIfCE DE LtKKi^

l'astronome Mallet a eu sa place , et on a donné à cer dernier Prosperin pour successeur.

Jamais la mortalité n'a été si grande en Suède que cette année. La famine , les fièvres malignes et la djssenterie ont tour-à-tour désolé nos provinces. Heureusement que les récoltes sont abondantes^ et plus, peutêtre, qu'on ne les a jamais vues. Salvius est mort, ainsi que Gunnerus , fondateur de la société de Trunhem. Van-Swiéten vient aussi de payer sa dette à la nature : il a suivi de près le botaniste français Commerson , tout récemment arrivé d'un voyage autour du globe.

Le roi dJAngleterre a fait établir un vaste jardin dans lequel il aréuni le plus grand nombre possible de plantes.On voit,àcôté de chacune d'elles,une étiquette en bois indiquant les noms génériques et spécifique» d'après ma nomenclature ^ le roi de France avait fait la même chose il y a plus de deux ans , à Trianon, près de Versailles. Une nouvelle chaire de zoologie a été fondée à Edimbourg^ et l'on suit , dans l'enseignement, les bases établies dans mon Systema animai lium. Le pape avait ordonné , il y a quinze ans environ, de brûler ceux de mes ouvrages qui parviendraient dans ses États; il vient aujourd'hui de destituer un professeur de botanique qui ne comprenait pas ma méthode, et l'a fait remplacer par un autre professeur. Celui-ci devra suivre dans ses cours publics mes nouvelles théories et les développer.

J'apprends que vous allez vous transporter aux Indes le printemps prochain; que Dieu vous accorde un heureux voyage. Pensez à moi aussi souvent que je pense à vous ; cela m'arrive chaque fois que je touche à vos plantes : les étudier c'est en quelque sorte converser avec vous.

TBONBEftG. 1771 — 1774» ^1^

Je suis ;, mon cher docteur , avec toute raffection

possible 9

Votre très-obëissant serviteur.

Upsal , le 39 Octobre 1778.

Septième lettre.

Cher et courageux docteur,

Hier j'ai éprouvé un bien vif plaisir en recevant votre dernière lettre^ celle où se trouve incluse la description du genre syphtlds*, description faite avec une txès-grande exactitude.

Votre Cyeas coffra appartient-il bien à ce genre? En avez-vous observé la fructification? Il est, je le sais, . fort semblable aux cycoM^ mais ses feuilles sont délicates , et nullement disposées en spirale. Cette dernière circonstance m'étonne beaucoup **.

VAnihericum speciosum ne pourra jamais faire partie du genre tradescantia y je suis, de ce côté, tout-àfait de votre avis.

Il me semble que les espèces de cyphia , de Bergius sont des lohelia. L'an dernier, j'ai reçu de la nouvelle Grenade , pays situé à là côte occidentale du Pérou , une admirable collection de plantes , parmi lesquelles se trouve un lohelia ***5 il ressemble si parfaitement à un columnea , qu'on jurerait que c'en est un. Mais

* Ce genre a été, plus tard, définitiveraent fondé sojxs le nom à'aï/onidi peut-être le nom de s^pki las a-t-il été abandonné à cause de sa ressemblance avec le nom d'une affection redoutable et trop bien connue.

** Cette plante est placée dans le genre zamia sous le nom; spécifique de cycadifolia,

*** Lobelia Columaeœ, Linn. F..

3l6 GOftliS8P05l»AlfGE DE lÀSJXÈ.

ccmime l'ovaire est infère , et que les étamines scmt en tout semblables à celles des lobelia, je ne sais plus qu'en penser.

L'affinitë qui existe entre les genres draccma et asparuLgus est si grande que j'avais d'abord placé les dracama comme espèces du genre asparcLgus *•

Je sais comme vous que les genres mahemia et ftermannia sont des genres plutôt naturels qu'artificiels^.

Il me semble impossible que mon êolandra soit un hydroeotyle. J'en possède deux espèces. On m'apprend que vous avez ëcrit au docteur Montin , à Bergius, et à la société royale de Londres ***relativement  ce genre; puisque votre avis différait du mien pourquoi ne pas m^en avoir écrit? cela eût été mieux , et bien plus utile ****.

Je conviens avec vous qu'il existe une très-grande affinité entre les genres o€nnpanula et roeUa ; il en est de même des genres pkytetMna et tracheUutn j si voisins de l'un et de l'autre, qu^on ne peut marquer la limite qui les sépare. .

Vous auriez dû appliquer le nom de fabricia à un genre plus solidement établi. Votre aitonia a-t-il des caractères constans? Pourquoi avez- vous employé le nom de niassonia pour un genre nouveau? Le wia#gonia est depuis long-temps admis par tous les bota-

* Témoin les Asparagus Draco , striatus , termmaUs et graminijhlius de cet auteur.

** In actis Anglorum dit le texte original.

**^ Linné vent sans doute dire ici que les différences qui séparent ces genres sont très-difficiles à exprimer par des mots.

**** Ce genre 50/a/îd/o, admis par Gaertner, n'a point été adopté par les auteurs. La plante dont parle Linné est derenue VHydrocoiyle Solandra de Linné fils. Le aolandra de Swartz» le seul coDseryé; appartient aux salariées.

TKVHBBEG* 177I — 1774* ^^7

tiistes , il est trèsHX)QTeaablement ëtâbli et ses espèces 8e trouyent dans presque tous les jardins de l'Europe^.

L' Académie dés sciences vient d'envoyer par un navire de l'État, cent rixdalers qu'dle vous destine; j'ai l'intentkm de vous proposer pour éU:e admis dans son sein«rik

Veuillez, mon cher ami, examiner avec soin la fructification des genres urctopus et ^ih/rysUhrix.

Nous attendons maintenant votre retour; je suis surprisque vous n'ayez pas reçu les lettres que je vous ai écrites.

Je suis pour la vie , noble et savant docteur, votre très-dévoué ,

IJpsal , le so Novembre,

P. S. Le professeur Falck est mort pendant ses voyages en Sibérie, ainsi que le professeur Gmelin qui parcourait la Tartarie; deux volumes des travaux de ce savant voyageur , contenant la première partie de la relation de cette excursion ont paru en même temps que les quatre volumes du Voyage de Pallàs ; ces deux ouvrages contiennent un grand nombre de choses nouvelles et curieuses.

Rappelez-vous , je vous prie , que je n'ai encore reçu de vofls aucun insecte du Cap. En avez- vous trouvé quelques-uns qui puissent constituer de nouveaux genres?

Il est incroyable que vous ayez contribué autant que vous l'avez fait aux progrès de la botanique

* Cette plante est devenue , je crois, le type du genre tulbagia, ( 7. jilliacea, Lion.)

220 GOEASSPOIIDAHGE DE hOWÈ.

dlJpsal s'était sincèrement attaché k ce sayant ; il loi dédia un genre de la famille de portalacées. La lettre qui ouvre cette correspondance porte la date du 4 Janyier 17689 c'est la réponse à une lettre de Gisdœ. Linné lui accuse réception d'une dissertation sur le système des plantes , et s^exprime conune il suit: « Je ne puis tous donner , au sujet de votre mémoire ^ toutes les louanges que vous méritez. Vous vous montrez, dans cet ouvrage, le plus zélé de mes défenseurs ; ainsi vos bienfaits me préviennent; puissé-je quelque jour m'acquitter envers vous ; j'espère vous prouver tôt ou tard que vous n'avez pas obligé un ingrat. » Giseke méritait en effet ces éloges. Dans un discours d'inauguration , que ce savant prononça , il entre* prit de tracer le tableau des progrès de la matière médicale depuis quelques années , et rendit A Linné la plus éclatante justice. Ce travail ayant été impri* mé, fut adressé à Upsal afin que Linné pût indiquer les fautes dans lesquelles le jeune auteur avait pu tomber ; la réponse de Linné fut aussi bienveillante que possible et la reconnaissance fit taire la critique. 11 est question , dans cette même lettre 9 des doutes proposés par Altone, sur le sexe de diverses plantes , dans un mémoire qui était encore inccmnu en Suède, à cette ^KKpie de la correspondance; Giseke ne fdt pas d'abord en mesure de donner une analyse rigoureuse de la brochure d' Altone, car lui-même ne la possédait pas ; mais enfin l'ayant lue , il indiqua une prétendue anomalie signalée par le critique dans le système sexuel : le figuier et la mercuriale» Mais Linné démontra bientôt à Giseke que ces anomalies supposées confirmaient le système sexuel au lieu d^y porter atteinte. « J'avais, dit Giseke dans ses notes^

»• DIBT&ICK GISEKE. I768 ^77^* 221

oublié comme un novice , que donner du irait ou des semences fertiles, étaient deux choses fort difiSérentes. Ainsi 9 daDsle figuier par exemple, le fruit se forme par l'accroissement du calice , et dans la mercuriale par celui du germe ; et cependant ces fruits ne renfer*ment pas de semences fertiles* »

Dans la lettre dont nous venons déjà de âdre connaître quelques passages, Linné fait éclater une bonne foi bien rare aujourd'hui parmi les savans. Quoiqu'il eût à se plaindre des critiques amères d'Adanson , il désirait pouvoir lui rendre justice. « Vous me deman-»des , écrit-U , les caractères des ordres naturels : je voi^ avoue naïvement que je ne puis vous les donner. S'il «n était autrement, j'établirais bientôt des classes et même un système naturel tout entier : je pourrais, i la vérité , fidre connaître les caractères conununs à la plus grande partie des plantes que chaque ordre renferme; et,en donnant ainsi des mots pour des caractères, tromper les ignorans; mais cela ne servirait à rien; je suis forcé de laisser cette tache à ceux qui viendront après moi.

»yous avez compris ^ dites-rvous , les caractères des femilles d'Adanson; vous êtes le seul qui soyez dans ce cas. J'ai beaucoup étudié pour tâcher de les débrouiller, mais je n'ai pu y parvenir. Si vous en aviez un jour 1b loisir, indiquez-moi quelques-uns des caractères di£» férenciels des ordres établis par c^ auteur , afin que nous puissions nous en occuper ensemble ; et qu'il me soit possible de rendre un jour à cet auteur la justice qu'il mérite. Jusqu'ici , i l'exception des ordres naturels qu'il a pris à R.... , et à d'autres auteurs], je n'en trouve aucun qui soit nettement tranché des ordres Toisina* Mais il y aurait beaucoi^ à dire sur ce sujet

233 CORRESPONDANCE DE LIICIVÉ.

importants! nous avions l'occasion de causer ensemble. Ma main, dëjà fatiguëe, m'oblige de me borner à ce peu que je vous en écris. »

Les lettres qui suivirent celle dont nous venons d'entretenir nos lecteurs , sont d'un moindre intérêt. La plupart d'entr'elles ne sont même que de simples lettres de remercîment ou de félicitation sur quelquesuns des événemens heureux de la vie de Giseke. Nous allons en analyser rapidement quelques-unes.

Dans sa sixième lettre ( 8 Mars 1772 ) , Linné établit que l'absence d'air dans les poumons ne détermine pas de lésion dans ces organes •, il en donne pour preuve les amphibies qui , dans l'eau , expirent l'air qu'ils avaient inspiré , sans qu'il leur soit besoin d'en emprunter immédiatement à l'air ambiant. Passant à la botanique , Linné assure avoir trouvé une fleur mâle dans le spmacia femelle. 11 établit que le genre bignfh nia est monoïque ; affirme que les strobiles du houblon ne sont pas des fruits , mais des sortes de calices^ et qu'il en est de même des strobiles du mûrier et de ceux du figuier.

Dans une septième lettre (28 Décembre 1 7 74) > Linné dit avoir reçu la doxoscopie de Jung et les dissertations de Scheuchzer sur les fécules alimentaires ; dissertations dans lesquelles deux espèces nouvelles de polygala sont indiquées. Il annonce à Giseke qu'il vient de recevoir quelques centaines de plantes de la Sibérie , du Cap de Bonne-Espérance , de la nouvelle Grenade et de Surinam ; les dernières lui ont été données par le roi de Suède. Linné apprend à Giseke la mort de son cher ami Baek. Dans une huitième et dernière lettre (25 Novembre 1775), Linné écrit à son correspondant qu'il vient encore de recevoir.

p. DIETRICK OISERE. I768 — ^77^- 225

des plantes et des insectes de diverses contrées du globe. Il lui fait connaître qu'il est occupé à terminer la* partie du Systema naturœ qui traite des animaux, et croit pouvoir lui annoncer la fin de cet ouvrage pour le printemps suivant. Cette assertion est précieuse , et confirme que Linné ne cessa de travailler qu'en cessant de vivrez il expira environ quatorze mois après avoir écrit cette lettre.

Après la mort de ce grand naturaliste, Giseke correspondit avec Linné fils; on ignore si cette correspondance fut active et durable. Le recueil auquel nous empruntons ces détails ne renferme qu'une seule lettre dont voici l'analyse :

Linné fils s'excuse ( Upsal 1779 ) d'avoir autant retardé sa réponse ; mais il s'occupe sans relâche d'un supplément au système végétal , et s'efforce d'y faire entrer une foule de plantes qui lui arrivent de tous les pays. Il est forcé, en outre, de perdre beaucoup de temps à la cour pour y diriger le musée du Roi. Il annonce une nouvelle édition des ordres miuiels^fDe ordmibu» naturalihus) de son père; et il tentera d'élever cet ouvrage au niveau des connaissances actuelles. Il ferait paraître de suite le 9®et dernier volume des^mcnitéê académique»^ s'il trouvait un libraire éditeur. n attendra pour donner une nouvelle édition de la fnoHire médicale^ qu'U ait obtenu des renseignemens sur diverses productions de l'Amérique , notamment sur la fève Saint-Ignace, le cubébe, le bois de Rhodes, le baume du Pérou, l'ipecacuanha; le caoutchouc, les bois d'ébène , de santal , etc. Après avoir terminé cet ouvrage , il doit s'occuper du Systema zoologicum^ et peut-être aussi du Systema vegetabilium, puis du Gênera et de la PhUosophia botaniea. Il doute de pou*

Tçpr jami^s faire rëimprimer le Sp^deê pUmlŒtum^ I^ous ayons cru devoir donner l'ënumâration Gomplète dkçs travaui^ projetés par Linné fila , pour mon-^ . tirer qu'il n'était point tout-à^fait indigne de sa naisa^iice; et que s'il ne pouvait espérer d'atteindre la hf,ute renommée de son père, il était [digne du moina de maTche? sur ses traces. La tâche qu'il s'était impoeée était inunense; malheureusement une mort prëm^t9rée l'a empêché de la remplir *•

Dru DauRT.

Du 3 Août 1770, (Une seule lettre. )

Envoi de l'ouvrage intitulé : IllustraHanâ offiaturai hiêtarifywherein are exhibited upwardt qf^^ofi^ JUV6S of eafotie imects ^ on 5o capper plates, hy D. Drwmf^y Londan 4-* 1770; l'auteur a cru devoir, dit-il, cet hommage au père de l'histoire naturelle.

J. J. ROUSSEAV.

21 Septembre 1771. (Une seule lettre.)

Tout le monde sait que ce {dbHosophe est autewr de lettres élémentaires sur la botanique , précédées dHiae introduction dans laquelle sont discutées les causes qui .retar4eiQt pu qui accélèrent les progrès de cette science. Di|;ç. que ces lettres sont des chefs-d'œuvreade

* Qa doit, à Gisç^e ua journal latia dans lequel il 9 résumé quelques -unes de ses conversations avec Linné. Np^s plsrçons les plus intéressantes dans la partie anecdotiqi^e de cet ouvrage.

jr. jr. aoussBAU. 1771* 225

styk, de grâce et de raison, est chose superflue ; nommer Rousseau suffit sans doute pour quiconque a lu quelques-uns des écrits de cet auteur. La lettre qu'il écrivit à Linné est peu connue; elle nous montre ce philosophe toujours préoccupé de l'idée qu'il était en butte à la haine des hommes; et cherchant, dans la botanique, un refuge'contre le malheur et la persécution. Un cœur tendre et aimant , trompé dans ses afjfections , demande à la nature de combler le Ti4e affreux que les illusions détruites laissent après elles ^ c'est ce que fit Jean-Jacques, c'est ce que fera tout honmie qui sera malheureux ou qui croira l'être. Cultiver les plantes, étudier leurs formes, suivre leur développement, descendre dans leur organisation pour en admirer la structure , est une douce étude à laquelle ne succède ni le regret, ni le dégoût ; Rousseau, misantrope^ se fit botaniste et revint souvent, et comme malgré lui , de l'amour des plantes à l'amour des hommes. Nous donnons textuellement ici la lettre du philosophe genevois.

Paris ce aj Septembre 1771.

« Recevez avec bonté. Monsieur, l'hommage d'un très-ignare , mais très-zélé disciple de vos disciples, qui doit en grande partie à la méditation de vos écrits, la tranquillité dont il jouit, au milieu d'une persécution d'autant plus cruelle qu'elle est plus cachée , et qu'elle couvre du masque de la bienveillance et de Pamitié, la plus terrible haine que l'enfer excita jamais. Seul avec la nature et vous , je passe dans nos promenades champêtres des heures délicieuses , et je tire un profit plus réel de votre Philosophia botanicfi que de tous les livres de morale. J'apprends avec joie que je ne vous suis pas tout-à-fait inconnu , et que

^26 GORRESPOHDAirGB BE VVSHt.

TOUS voulez bien même me destiner quelques-unes de Iros productions. Sojnez persuadé , Monsieur, qu'elles feroÀt nia leicture cbërîe , et que ce plaisir deviendra plus vif encore par celui de les tenir de vous. J'amuse ïna vieille enfonce à Mre une petite ccdlectioii de fruits €t de graines. Si parmi vos trésors il sie trouvait queltpies rebuts dont vous voulussiez faii'e ttn heureux y songez à naoi; je les recevrai. Monsieur, avec reconnaissance 9 seul trïbut que je puisse vous offiîr ; mais -que le cœur dont elle part ne rend pas indigne de vous* » Adieu, Monsieur, continuez d'ouvrir et d'interprétar aux hommes le livre de la nature. Pour moi , content d'en déchifier tpielques mots à votre suite dans la fkmille du règne végétal , je vous lis, je vous étudie^ Je vous médite , je vous honore et je vous aime de tout mon €œur« >>

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