Sophie y née en 1764, et qui épousa M. Duse, à Upsal
Origihe du hom de Linné.
2. Le nom de Linné vient, à ce qu'on assure du suédois linden, tilleul} il parait qu'il y en avait un trèsbeau devant la porte de la champêtre demeure de la famille de Linné, entre Tomsboda et Liqnhult. L'usage de porter conmie surnom,le nom d'une plante ou d'un animal est firéquemment suivi en Suède , et très-souvent le surnom prévaut. Remarquons en passant qu'il
DE LIKNé. ù55
est assez singulier qu'on ait donné un surnom empconté au règne yëgétal, au père de l'homme qui a le plus fait pour Tëtude des plantes.
3. Les auteurs étrangers qui écrivent le nom de Linné , niettent tantôt Linnaeus , tantôt Linnée , et tantôt enfin Linné ; cette dernière orthographe est la seule qui soit correcte *, Linnaeus est le nom latinisé; il arrive fréquemment , dans le nord de l'Europe j que les personnes qui se livrent aux sciences prennent lar désinence en us; cela vient sans doute de l'habitude où l'on est d'écrire en latin , qui est la langue universelle. Plusieurs botanistes ne sont guère connus que par leur nom latinisé, témoin Ruellius (la Ruelle)^ Tragus (le Bouc) j Dodoneus (Dodoens) , Amatus Lusitanus (Amato le Portugais) , Lobelius (Lobel) y Glusius (Lécluse), Aldinus (Aldini), Rumphius (Rumph), Ruppius (Ruppi), A^eliuR (Afzell), et enfin , de nos jours, Martius et Acharius. La manière la plus incorrecte d'écrire le nom de ce grand homme est de l'orthographier Linnée ; j'ai sous les yeux un ouvrage moderne qui traite des sciences naturelles et médicales où on l'écrit de cette manière. Aucune des nombreuses lettres autographes de Linné n'est signée Linnée , et si l'on écrit quelquefois ainsi, c'est pour se dispenser de mettre la désinence en us, traduite par le doublement de la lettre e. Quelques personnes prennent grand soin de mettre le chevalier Von Linné*, je leur recommandé , quand elles voudront parler du grand Bacon; dé ne point oublier son titre de baron de Yerulam.
Jbvnbssb de Likhé.
4> Rothmann mit entre les mains de Linné l'JjTsrioirê naturelle de Pline, et lui recomnianda la lecturt
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de cet ouvrage , plus propre à ^rer un jeuu« élève qu'à lui servir de guide. Linné eut toute sa vie beaa«coup de goût pour les écrits du naturaliste romain, et il prit de lui la concision , qualité la plus remarquable de son style. Il est possible que Linné ait emlnrassé à l'exemple de Pline, l'étude de toutes les branches de l'histoire naturelle, afin de mériter ainsi le surnom de Pline du nord y que divers panégyristes se sont plu à lui dcmner.
5. La mère de Linné fut tellement contrariée de le voir suivre une autre carrière que celle de l'^^e, qifelle défendit expressément à Samuel , son autre fils , d'entre dans le jardin de son père , dans la persuasion où elle était que Charles y avait puisé le goût des sciences naturelles. Une petite portion de ce jardin était qualifiée du nom de jardin de Charles.
6. Linné nous apprend que, pendant le s^our qu'A fit au Gjrmnase et au coUège de Wexio , ses progrès furent très-lents 5 cette lenteur, que l'on qualifia d'ineptie , s'explique facilement par la mauvaise direction qu'on donnait aux études , et par ce besoin irrésistible qui attirait le jeune enfant dans les campagnes fleuries où s'élevaient les plantes, objets de son amour.
7. On a pris soin , dit Cuvier , de conserver le nom du maitre inepte qui faillit faire d'un grand homme un obscur ouvrier *, il se nommait Lanarius. Ce fut d'après son conseil que Linné entxa en apprentissage chez un cordonnier, d'autres disent chez un tailleur ou chez un menuisier. Linné , dans ses biographies , ne parle pas de ce Lanarius. Quelques biographes , loin dexeprpcher à ce pédagogue d'avoir cherché à exercer une fâcheuse influence sur le jeune éeoUer, disent au
contraire qu'il jugea favorablement de Linnë , et Pen* eouragea à suivre la botanique y pour laquelle le jeune écolier avait un goût très-prononcé.
8. Le choix de Lund, que firent les parens de Linné pour y placer leur fils , n'était point le résultat du caprice*, ils avaient un parent dans le collège de cette ville, et ils comptaient qu'il serait le protecteur de Charles. Leur, attente fut trompée : Charles arriva à Lund le jour même de la mort de ce parent qu'on nommait Humœrus.
LlltlfÉ ÉTUDIANT.
g. Les biographes de Linné ont écrit que Eilian Stobœus, professeur à l'université de Lund, voulut faire de Linné un copiste ; tant il y a peu de bienfeûteurs désintéressés. Occupé , dit-on , tout le jour de ses études universitaires et du travail ingrat que Stobœu3 lui donnait à faire , il n'avait de loisir que les heures dérobées au sonuneiL
Les autographes laissés par Linné ne disent point qu'il fiit copiste de Stobœus, mais seulement que ce médecin essaya de lui faire écrire des consultations et que l'écriture de Linné fut trouvée trop mauvaise pour qu'on pût tirer parti de lui conune secrétaire ou comme copiste.
10. Les bienfaits de Stobœus* lui permirent d'aller à XJpsal, l'Athènes de la Suède ^ mais il épuisa bientôt le peu de ressources qu'il avait. On le vit succeçsi- Tement répétiteur de ses condisciples et professeur de
*Linhé ne dit point que Stobœus ait fait pour lui des sacrifices d'argent. Ses parens lui remirent celui qui lui ^tait néceandre pour aller à Uptal.
'latm 9 langue qu'il avoue iogéauement n'ayoir connue ^Àfbnd que fort tard. Quel que fut l'excè&de sa imsère, il est douteux qu'il putjamais être rëduit à raccom- :^oder>les yieillescbaussures de ses copicurisudl/es; uéfBuijoipins la ;plupart dea biographes de .Linné le disi^t .xpositiy.ement.
11. Linné reçut quelques secours de diverses personnes charitables , qui dirigeaient spécialement leurs bienfaits sur les jeunes étudians; mais ces secours furent insuffisans. Il attrapait par-ci , par-là quelques dîners ; et se trouvait trop heureux de se vêtir de quelques vieux habits qu'on lui donnait. L'impérieuse nécessité, le força d'avoir recours au métier que son père avait résolu de lui donner. Il se mit donc à r^coQuaoder, av£C du carton et des écorces d'arbres, les sohUcp^ que ses camarades lui avaient donnés. {Sioewer.)
12. Linné a parléxle son amiÂrtedi dans des termes oqui les honorent tous deux :
« Je revenais, en 1728, de Lund à Upsal , dit Linné, dans sa préface de V Ichtyologie, et voulais me livrer à l'étude de la médecine ; je demandai le nom de celui qui l'emportait sur tous les autres par son savoir; dbacun me nomme Artedi. Je brûle de le voir *, il pleurait la mort de son père. Je le trouve pâle, défait et les cheveux épars*, il ressemblait à Rai, tel que nous lie représente la gravure. J^une encore, il avait l'^prit .mûr et profond , les mœurs et les vertus antiques. La conversation tomba bientôt sm: les pierres, les plantes, les animaux. Je fus enchanté des observations curieuses que, dès la première fois^ il ne craignit pas de me communiquer. Je lui demandai son amitié : il clésiraitla mienne. Nos cœurs, fiirent bientôt ^'^moos^^
«t nous cultivâmes pendant sejpt joiois , à Upsal , cette andtië sainte avec la même ardeur et les méubes charmes. J'étais son meilleur ami, et personne plus que j!*]d ne m'ëtait cher. Que cette intimité nous était prélieuse • siyec quel plaisir nous la voyions se fortifier «t Vacci^oitre 2 la différence -même de nos caractères nous était Utile, ^on jugement était plus sévère que: le mien, il observait lentement, ntais avec plus de soin 5 même émulation nOt^» animait. Comme je déses- >péràis de devenir aussi instruit que lui dans la chimie , j'abandonnai cette scicûce ; il cessa aussitôt tfétudier la botanique , à laquelle je consacrais toutes mes veilles. Nous çontinm^naes à éxjdorer: ainsi les averses parties dés sciences; et, quand l'un de nous ée voyait vaincu par Fàutre , il le. prodamait comme «cm mdtre. Nous nous disputions le^^ri^derichtyologle; mais bientôt je fus forcé de lui r0ir<*re les armes , et •dte lui abandonner cette |jartie de Fhiétôu? iwtturdl?; ^^àrà quenelle des amphibies. Je réussissais mieux que Itli dans la coûnàissance des oiseaux et des iiisectds^ 'àilësi ne s'^n occupa-t-il |Mresque plus ; mais comme "ftélis marchions égaux dans laliÂologie et l'histoire des quadrupèdes 9 nous nous livrâmes dmultanément -âfl^tte étude. Dès que l'un de nous disait mxe obser- -tâtion, il lacomÊftifttiquait àsonami^et peude jours ée "passaient sâito que l'un n'apprît ^àl'autxe quelque irtoUveàufé cûrîetl^ H piquante, ^idasi stimulais , 1%, ^éUccfès ^urdnnait nos efforts. Gbacpie «ob ^ ma)^^ la '^9tsmice de^nos log^fâëns, nous nous ccw^atuii- '^^lîtos4ïôs:peÎBèsHet4i<[>s plaisiâ^. Clet faeureusr i^âMs iMi^a peu-, je piîrtis^[K>«f te Lapoûie, il i^mûMûtqêA j^^ir fAngtetéi^ et tôe StâégfatÂf^Bf 4]^s#g^âÉÉmM^lls
^6o IBUNESSE
» £d 1735 , je yais à Leyde; j'ignorais où était Ar*« tedi et le croyais à Londres. Je le reyois soudain et lui conte mes aventures; il m'apprend les siennes. Il ëtait pauvre et nullement en état de prendre ses degrés en médecine. Je le recommande à Seba^ qui se T'attache pour publier son ouvrage sur les Poissons, et Artedyi va le joindre à Amsterdam.
» Mes Fundamenta hotanica à. peine achevés 9 je me hâte de les lui communiquer, il méfait voir sa Phiiosophia iehtyologica , et se ^propose de terminer au plus vite l'ouvrage de Seba, pour y mettre la dernière main. Il me montre tous se; i manuscrits que je n'avais pas encore vus; l'heure me pressait, et je conunençais à prendre un peu d'impafience de ce qu'il me retenait si long-temps. Âh ! si j'f^vais su que ce fiissent ses dernières paroles, combirjn j'aurais voulu prolonger cette -dernière entrevue \
» Quelque {.emps après , conmie il revenait de souper chez Seba par une nuit obscure , il tombe dans le canal; personne ne le voit et il y périt. Ainsi meurt dans les eaux le plus grand des ichtyologistes , qui avait toujours fait ses délices de l'étude des êtres qui vivent au sein de cet élément.
» J'apprends son sort; je vole et vois ses tristes restes ; je fondis en larmes, et résolus aussitôt de sauver sa gloire ; j'ai tenu mes engagemens. Ce fut avec bien des peines que je me procurai ses papiers ; son hôie voulait les vendre à l'encan. M. Cliflfort les achète et me les donne. Je dérobai tout le temps que je pus aux* occupations qui m'accablaient ^ pour revoir les ouvrages de mon malheureux ami. Qui pouvait mieux éditer ses oeuvres que moi , tout plein de son sltjle^ de ses idées 9 de sa méthode et de sa manière ?
DE LIRBÉ. 261
ie passai six mois en Hollande pour donner cette édition: heureux de remplir le devoir d'un ami, et d'acquérir une mémoire étemelle à celui qui m'était ravi pair une mort si prompte. Je serais joyeux d'avoir en* levé à l'oubli le plus grand ouvrage qui existe en ce genre. Artedi a rendu cette science la plus facile de toutes 9 et c'était celle qui offirait le plus dé difficultés. Plût au ciel qu'il existât plusieurs Artedi pour décrire le règne animal tout entier ! »
LINNÉ VOTAGBUE.
.12. Linné disait communément qu'il ne fallait voyager dans les contrées étrangères qu'après avoir visité son propre pays. Suivant lui , il n'y avait de véritable naturaliste que le naturaliste voyageur. Il profita de ses premiers instans de faveur pour obtenir des fonds destinés à faire voyager des jeunes gens aux firais de l'Etat. Le gouvernement français a adopté cette sage mesure sur la proposition qui en a été faite par les professeurs administrateurs du Jardin des Plantes.
i5. On trouve dansles j4in(Bniiate9 acadeimcœ{toin* V. 1759), un mémoire intéressant, intitvlé Imtmctio peregrinatoris, Linné y trace rapidement les règles à suivre pour rendre les voyages fructueux. Ce qu'il dit touchant la récolte et la conservation des objets récoltés est aujourd'hui suivi par tous les naturalistes ^ mais ils négligent trop souvent ce que notre auteur prescrit relativement à d'autres points^ sur lesquels il veut que les voyageurs arrêtent leur attention. Tela sont la géographie des lieux qu'ils parcourent , Fagriculture, l'économie publique et politique, l'histoire, le commerce , etc. Linné exige que l'on ne fironde ni les lois^ m les usages , ni la religion deapeupleaque l'on visite^^
!^4 LinsÈ
Ce pays comptait aIor$ une foule d'hommes cëlèbre» qui deyinrent tous ses protecteurs et ses amis. Boerhaave y Cliffort , Lawson , Burmaim , Gronovius , Glay-^ ton, Van-Swiëten, Kramer , Van-Royen, etc.
Voici comment Linné raconta à Giseke ses aventures en Hollande. (^Extr. du journal déjà eM. )
« Boerhaave , mëdecin de Cliffort, lui dit un jour , il vous faudrait , pour vous préserver des inconvë* niens de vos longs repas, et vous aider à comliattre votre hypocondrie , un médecin qui réglât votre régime , et avec lequel je pusse consulter dans les circonstances extraordinaires. Je ne demanderais pas mieux , répondit Cliffort , mais où le trouverai-je. Il j a ici un Suédois , continua Boerhaave , qui fera votre affaire, et qui , étant botaniste , pourra en outre surveiller votre jardin.
» J'avais été voir Burmann de la part de Boerhaave, et il m'avait demandé, dans la dernière visite que je lui fis , s'il me serait agréable de vOîr des plantes , ce que d'abord il m'avait refusé , prétextant des affaires. Lesquelles voulez-vous examiner, me dit-il? — Le plus g^and nombre et même la totalité, repris-je; mais j'ignore quelles sont celles que vous possédez. Alors il en prit une en me disant : celle-ci est très-rare. J'en demandai une fleur, et l'ayant ramollie dans la bouche , je déclarai , après l'avoir étudiée, que c'était un laurus. Ce n'est pas un /ai«n««, s'écria Burmann. — C'est une espèce de laurus, continuai-je, et même c'est le Luurus Cinnamomum* — Pour un cmnamomtém^ j'en conviens, dit-il. Alors je le convainquis facilement que c'était une espèce du genre laurusy et il en fut ainsi de plusieurs autres plantes que nous vîmes. — Voulez-vous m'aider à terminer mes ouvrages sur Ceylan^
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me demanda-t-il aussitôt : je vous donnerai un logement; j'acceptai. Ce fut sur ces entrefaites, et après m*être ainsi engage, qpie je fus recommandé par Boerhaaye à Cliffort. Celui-ci m'ayant invité à aller le voir i Hartecamp avec Burmann , nous montra sa bibliothèc[ue ; Burmann y trouva le deuxième volume du Sloane, qu'il n'avait pas encore vu. Je l'ai en double , dit Cliffort, et je vous le donnerai , à condition que vous me céderez Linné. On me laissa pourtant ratifier cet échange, et je me décidai pour Cli£fort, qui m'offirit mille florins par an, la table et le logement. Jamais je n'ai vécu plus heureux. En entrant dans le jardin, je fus de suite conduit dans la serre , où se trouvaient des plantes inconnues, notamment de belles liliacées du Cap de Bonne-Espérance. Après les avoir examinées, j^en déterminai une partie , et déclarai les autres nouvelles : ce qui charma Cliffort.
» Après avoir passé environ une année de cette manière, j'eus le désir de visiter l'Angleterre; j'en parlai à Cliffort, qui consentit à ce voyage. Croyant pouvoir faire le trajet en un jour, et revenir en aussi peu de temps , j'avais promis de ne pas rester absent plus de huit jours; mais il me Mlut une semaine pour passer seulement de Rotterdam à Londres.
» Lorsque j'allai rendre visite à Philippe Miller, qui était la cause principale de mon voyage y il me montra le jardin de Chelsea , et me nomma les plantes en se servant de la nomenclature alors en usage , comme y par exemple : Symphytum consolida major, jU»re hUeo. Je me tus; ce qui lui fit dire le lendemain : Ce botaniste de Clifibrt ne connaît pas une seule plante. J'appris ce propos , et lui dis, au momeat où il se servait des mêmes noms , n'appelés pas ces plante» ainsi; dqw»