Linné eut un frère puiné, nommé Samuel, qui
INB LIIfinÊ. • 3iS
survit la can^ière «octësiastique , €ft ^ÈfaA suicëéâà à son père. SoB-oocupation principale ëtait de soigna l'ëfltieation des abeilles^ il publia méttie^ aw cette pattie de Pagronomie , un ouvraf^e qmfat accueilli faTcm^ Uement, et qui lui valut le sumotn de Si Kung,riA des alieiâles^ il vivait encore en 1789.
86. Linné fut père d^un fils qui ne marcha que de loib sur ses traces, mais qui ne vécut point sans gloire ; et de plusieurs filles 9 dont les deux dernières firent un court séjour à iParis 9 n y a peu d'années. L'une d'elles^ ElisabeUi-Oiristine, se fit connaître au monde savant, en 17722, par une découverte qui fut consignée dans les Mémoires de l'académie de Stockholm, de la même année , et qui est relative au Tropœolum majui dont les fleurs jettent des étincelles électriques à des interyalles inégaux, lors du crépuscule.
En 1826 , cette demoiselle adressa à la société linnéenne de Parb de nombreux échantillons de la Idn^ nœU boréalis^ récoltée en Mai 1826 , à Satnmarby, propriété du législateur de la botanique.
87. Linné fils mourut sans laisser de postérité. On brisa sur sa tombe l'écusson paternel quepw-* sonne ne devait plus désormais porter»
PORTBAIT DE I^lfHÉ.
88. Linné était d'une taille moyenne; mais pim près de la petite que de la grande. Son «mbiEmp^int était médiocre , ses muscles se dessinaient assez forte*^ ment, ses veines étaient saitlantes. Il détestait les disputes , et ne répondait jamais à ceux qui écrivaient contre lui , disant que ^'iX ayait tort il ne pourrait ja*
8i6 HOiriiBUBs miNBim
mais se donner raison^êt que s'il aivait raison^il Faurait tant que dorerait le monde. Il n'était ni paurre ni riche^ craignait d'avoir des dettes , et éôiTait plutôt pour l'honneur que pour l'aident. Jamais il ne négligea ses leçons et avait soin d'exciter l'émulation parmi ses élèves. Sa mémoire était excellente ; mais vers la soixantième année de son âge il devint oublieux des noms propres. La dissimulation lui fàt toujours im* possible; le luxe lui déplaisait. Il était sobre , nere-^ mettait jamais ses occupations au lendemain , notait de suite ce qu'il observait , n'osant pas se fier i sa mémoire. Il avait beaucoup de méthode , et disait souvent qu'il aimait mieux être reprb trois fois par Priscian* que de l'être une seule fois par la nature. On lisait sur la porte de sa chambre à coucher : Innœui viviie : numen adesL
87. La pièce à laquelle Condorcet fait allusion (Voyei page 507), est très-peu connue; nous avons été asses heureux pour la trouver; elle consiste en de courtes phrases aphoristiques, semblables à celles que cet homme illustre employait dans ses ouvrages descriptifs. Linné se traita avec bien moins de sévérité que Condorcet ne parait le croire.
Occipite gibboy ad suturant lambdoideam tratu-' verse depressOy pili in infantia nivei^ dein/iisci, in senio canescentes, Oculi brunnei^ vivaces, acuUêsimi, insu eximio. Frons in senio rugosa, f^erruca obliteraid in bucca dextra et alia in na^i dextro latere, Den» tes débites y cariosi ab odontalgia hcereditaria in jw tfeniute,
Animus promptus y mobUis ad ira/tn et ketiHamei
* Grammairien célèbre de Césarée. -*-■
mœrùret, eiio placabatur; kUarii in juveniute, née m senio torpidtM, m rebut agendis promptùêimus^ inceau levis, agUis.
Curai domeêticaê cùtnnUUehai uxori^ ipse naturof productii uniee intentât; incepta opéra adjinem perduxilj nec in iiinere reipexii.
HONITEUaS KEIYDUS A LlIClTé.
88. Linnë fut anobli. On assure que ses lettres de noblesse lui dirent accordées, non en considération de ses travaux botaniques, mais pour avoir trouvé le moyen de faire multi plier les perles , dans le Mya margariHfera. ( Voyez plus haut , page 278. )
89. Le roi d'Espagne , Charles III , l'invita à venir «'établir à Madrid pour y professer l'histoire naturellej, avec l'oflâre d'une pension de 2000 piastres (10,000 fr.), celle de lettres de noblesse , et la permission d'exercer librement sa religion. Linné répondit que s'il avait quelques talens, il les devait à sa patrie*
90. Linné ^t en Suède le premier savant qu'on vit 4écoré de l'étoile polaire.
91. Les honneurs rendus à Linné mort sont aus» variés que nombreux. L'académie de Stockholm fit graver son portrait à Paris.
Hope lui fit ériger à Edimbourg un monument en pierre, et prononça , en 1778 , en ouvrant un cours de botanique, l'éloge de Linné. L'inscription que ce botaniste mit sur le monument est remarquable par sa simplicité^ eUe consiste dans ces trois mots :
Linnœo pçMuilf J. Hçpe.
S^Q COUJKÎTIOBS
92s. l^diiodeNoaillealuifit âevev «a momoMnC dMMini jaidia: c'était un cénotaphe a^ec le buate da linnë dans un médaillon entouré par la Unnma at tA^ema , pJUmte dédiée au duc de Noaillee, nommé 9mA duG d'Aj^en ^ idée ingénieuse qui rapprocluiit ainsi le prince du naturaliste.
95. Le nom de Linné a servi de qualification à plor sieurs sociétés botaniques* Telles sont les sociétés linnéennes de Londres ^ de Lyon , de Bordeaux et de Caen. U en existait une à Paris en 1788.
94f Vacadémie des belles-lettres, histoire et antiqpttés det Stpckbolm, instituée en 17&3 , proposa un psix pour le meilleur élbge de Linné écrit en latil^> en firançaja ou eo iXalien. Un âoge français parvint seulement à l'acs^émie > qui proposa un autre prix ^ur la meilleure inscription latine ou. suédoise 9 tjuiée à être placées suir \p moAumeat (pi'<m alors dans le jardin bptani^pie \ ce ftit A& Gnmuor Baekmana qui remporta^ le pri^ , et riosoriiptiQn fitf gravée sur le monument. Ce littérateur l'avait préseor iée comme une simple ofirande à Linné : Ut fia tihtwra feram.
95. Voici en quels termes s'exprima le roi de Suéde ^ djBvant les Etats., l'année qui suivit celle df^ la mort de ce naturaliste : « L'université d'Upsal a aussi attiré mon attention. Je n'oublierai jamais ce qu^ la chancellerie de l'université m'a témoigné d'anaQivr avant que je montasse sur le trône« J'ai institué daos son sein une nouvelle chaire , mais hélas ! j'ai perài un homme dont la renommée: rempli^^t runiversat que la Suède s'honorera toujours de compter parmi tes en£auis. Upsal.se ra[^lleKa lyng-temps tout ce
DB LUfNlft. 5l9
qu'elle dût de cëlëbrité à celui qui porta le nom de Liimë* »
96. A la mort de ce grand homme , le roi de Suède jRt frapper une médaille. OnToyait sur la face le buste de linnë , et sur le revers Cybèle abattue , entourée de plantes et d'animaux , avec cette légende : Deafn luctut angU atntssi y et dans le champ : Poit oUntutn^ Vpêàliœ die 10 Januarii 1778 ^ rege jubetUe.
GoiiUCGTIOKS DE LlIlKé.
97. Après d'aussi grandes marques d'estime dûnoté^ i linné par le peuple suédois et par le souverain , l'é^ tranger doit s'étonner d'apprendre que les coUectioof de l'iUustre professeur manquent A la Suède > et qu'elles sont devenues la propriété d'un simple partir culier anglab. Rendons compte de cette singularité.
D existe > dit-on, en Suède une loi qui rend l'Etat héritier d'une partie du matériel des successions ^ quand le défunt a exercé des fonctions relatives î l'enseignement dans les universités. Madame linnë craignant , après la mort de son fils, dont elle pleurait la mort récente , qu'on ne s'emparât du csdiinet de feu son mari , fit secrètement proposer à Banks, l'herr hier et la bibliothèque; mais celui-ci, n'étant paç alors en mesure de faire cette emplette, en parla i IML Smith, qui sentit toute l'importance d'ui^ pareille acquisition. Madame linné voulait looû livres sterling; M. Smith en offrit 900, qui fiirent accepr tées. Le consul anglais , i Upsal , fut ibhargë secrètement de faire l'expédition de cette prëqieuse acquisition, mais U en trw^girc^ quelque ohoi^i l^Jpà/Hf
330 G0LLEGTI05Sr
murmura et menaça même de s'opposera l'enlëTement des caisses. Le roi instruit de la transaction faite entre M. Smith et la veuve de linné , fit prier cette dame de conserver à la Suède les collections dont elle allait être privée , l'assurant bien (jue sa munificence la dédommagerait des inconvéniens qui pourraient résulter pour elle de cette rupture. Mais il n'était plus temps , et l'on apprit que les caisses étaient embarquées à bord d'un vaisseau anglais qui était dans le port voisin. Aussitôt le roi donna ordre d'armer une frégate; sur ces entrefaites^ le bâtiment anglais mit à la voile et la fi:égate suédoise lui donna la chasse sans pouvoir l'atteindre. Si la rencontre eut eu lieu j on aurait peut-être vu les mers ensanglantées pour disputer la succession d'un paisible natura* , liste. J'ai possédé un beau portrait de Smith, au bas duquel était une vignette représentant les deux vaisseaux cinglant , l'un poursuivi , l'autre poursuivant. La firégate suédoise s'arrêta en vue d'un port d'Angleterre où le vaisseau anglais entra à pleines voiles. Que l'on cesse donc d'accuser le gouvernement suédois d'insouciance, il sentait tout le prix de ce qu'il perdait.
98. Un Livonien qui voyageait en Suède, en 1771, et qui visita Upsal, donne quelques détails sur la vie intérieure de Linné et sur les collections de ce naturaliste. « Linné me reçut, dit-il, avec une grande affabilité. Il mène une vie très-active, et je l'ai toujours trouvé à l'étude. Il s'occupe incessamment de faire de nouvelles découvertes en histoire naturelle. Sa collection de coquillages est nombreuse et renferme des choses précieuses, son herbier contient environ sept mille plantes , dont un grand nombre
BE LimiÉ. 3:21
«ont excessivement rares et fort curieuses. Elles sont classées d'après le système sexuel et renfermées dans deux armoires divisées par des rayons , suivant Tordre qu'il a lui-même indiqué dans la PhUoêophie Botanique. La collection de poissons , qu'il conserve coUés sur du papier, est aussi très-nombreuse, ainsi que celle de minéraux et de fossiles. Mais elles ne. peuvent être coniparées à la collection d'insectes. On y trouve la totalité de ceux qui ont été découverts en Suède , ainsi qu'une très-grande quantité d'espèces de la Chine , de la Palestine , de Surinam et de diverses autres parties du globe. Linné possède aussi bon nombre de squelettes et d'animaux empaillés. Dans le salon qu'il habite , sont peints les portraits de plusieurs botanistes et naturalistes célèbres ; on y voit aussi le plan des principaux jardins botaniques.
99. Smith conservait les collections linnéennes à JNprwich. L'herbier est en bon état ; il ne renferme aucune note, autographe. Les plantes qui viennent de l'herbier de Laponie sont plus petites que les autres. Le papier, n'a, dans sa plus grande largeur, que 14 pouces. Les synonymes manquent , et sont remplacés par un numéro qui renvoie au Species plantarum. Le nom des donataires , quand Linné n'a pas lui-mém9 recueilli la plante , est indiqué ,par une lettre grecque. Smith disait avoir la clef de ces signes. Deux armoires de sapin*, de 7 pieds de hauteur sur 4 de large y renferment les fkscicules. Chaque classe repose sur une planchette à coulisse. Linné a suivi pour la distribution et pour l'arrangement des plantes toutes les règles tracées dans la Philosophie botanique. Smith, jaloux de conserver son trésor, ne mettait à la disposi-r tion des vojrs^eurs qui lui étaient recommandés, qu'un
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5m IRRBfftl
OU deux genres à-Ia-fois , ce qui miisait un peu k Ift rapidité de Fexploratian. Au reste , il ëtait impossible de mettre plus de complaisance que n'en apportait le savant anglais dans ses rapports avec les étrangers qcd le visitaient. *
Il est inutile de chercher à faire apprécier toute l'importance de l'herbier de Linné, auteur de la synonymie botanique. Tout doit se rapporter aui ouvrages publiés par le naturaliste suédois , aussi les personnes qui publient des Flores ne peuvent-elles trop consulter ses collections. C'est de l'époque de leur acquisition par Smith , que date celle da la fimdatioa delà société linnéenne de Londres.
' He&bibr bb LlNNé *•
loo. Mon herbier est sans contredit le pluslprand qu'on ait jamais vu.
1. Dès ma plus tendre jeunesse j'ai fait collection de toutes les plantes sauvages et cultivées que je façons vais en Suède.
2. J'ai réuni avec un grand soin toutes les plantes de la Laponie.
3. Dans mes voyages à travers le Danemarck et l'Allemagne, en Hollande, en Angleterre , en France, j'herborisais continuellement.
4* Le jardin de Cliffort , qui a été à ma disposition pendant trois ans , et qu'il m'était loisible d'enrichir de toutes les plantes rares qu'on pouvait se procurer , m'en a fourni une grande quantité que je desséchais et collais avec soin.
5. Cliffort possédait lui-même un grand herbier^ €t me donna ses doubles.
f Cette note est autographe.
DB UlfHÉ. 323
6. Lorgne j^assistais Van Royen i dans sa classification du jardin académique de Leyde , j'en obtins beau« coup de plantes Vivantes^ il m'en donna en outre de sèches 9 tirées de sa collection.
7* En aidant le docteur Gronoyius dans l'examen des plantes de la Virginie (herbier de Clayton) j'en obtins la plupart des doubles.
8. Miller me permit d'en recueillir dans son jardin de Chelsea , et me donna en outre beaucoup de plantes sèches , récoltées dans l'Amérique du Sud par Houston>
. 9. Le jardin d'Oxford, dirigé par Dilleniusi m'en S^çdt aussi plusieurs d'intéressantes»
10. Jussieu m'en donna beaucoup de sèches, et yea recueiUis moi^ioém» une grande <pumtîté dans le jardin botanique de Paris.
11. lie professeur Sauvages^ qui avait reçu du fils M Magno) # botaniste célèbre , l'herbier de ison père» me le àof)m tout entier»
I2fi Omelin 9 4 son retour de Laponie 9 où U avait ^oyi^épendanjt jAusieurs années ,. m'envoya un échan*> jtiUQn4!^jcbjiii^un!^4£S plantes qu'il avait recueillies^ nfin d'javpir m^^ 4ç49s#rvation6>
ifi, Suil^t edjoini; 4 Gmelii^ , pendant. ses voyages 0jt mti fd:séBWP9ioos en Laponie , poussa jusqu'au KauHliEK^hajdML » explora la j^tie nord de l'Amérique , et MkQUirut.j^ son retour A Kjumeni. On s'empara de ses ^eoUectioas , et jdles itoent vendues à Demidoff , qui me les envoya pouc les déterminer ^ en me donnant ft^autorisalion de pcendre un éehaiivtiUp9> de chaque jplante»
\^* Bi>Qwne fit un herbier de plantes de la Jamaïr- (tp»»% et put>lM^ kft idfim^ des plus çurieusea, 4 ^W
$36 HlâiBIEK
est 8ëparëe et collëe sur des demi*feailles de papief ^ qui, toutes, sont réunies par genres dans une même feuille portant inscrit le nom du genre. Les genres aont rangés par ordres et classes dans deux armoires y ayee une séparation pour chaque classe ; de sorte que^ quand le genre et la classe sont connus , on trcnive immédiatement la plante qu'on désire examiner. On n'avait pas encore songé à une disposition aussi simple et aussi commode. Lorsqu'il fallait plusieurs-exentplaires pour une espèce, à cause des variétés ou dflt •sous-yariétés , j'ai intercallé des quarts de feuilles, que j'ai réunis à leurs espèces respectives , et fixés au bord de la feuille à l'aide d'une épingle^
Pour accroître mes collections, j'ai non-seulement parcouru la Suède, la Laponie, la Dalécarlie, ¥0^ iand , le Gottland , le West-Gothland , la Scanie , etc. etc. , mais j'ai conseillé en outre à mes élèves d'entreprendre des voyages sur divers points de Fanivers.
Suit une longue nomenclature de tous les élèves voyageurs. ( Voyez la note de la page 54 ^ ou la plupart d'entr'eux sont désignés. )
101. Giseke ayant demandé à Linné comment Q avait pu se procurer un aussi grand nombre de plantes d'Arabie, après la mort de Forskhall, en obtint la réponse suivante qu'il a consignée dans son journal. « J'en ai reçu, dit-il, par diverses voies, d'Italie et de Montpellier, par les soins de Bassi et de Donati dont l'histoire est assez singulière.
« Le roi de Sardaigne , l'avait envoyé en Orient et 4 Alexandrie d'Egypte où il devint amoureux d'une très-jolie personne. Ne pouvant l'obtenir qu'en acceptant le firère comme compagnon de voyage 9. il j
eODsentit ; mais peu après , celui-ci lui yola son ar^ gent et s'enfuit en France avec ses collections de plantes et de graines. Craignant d'être livre au roi de Sardaigne» il alla jusqu'à Constantinople ; mais avant son départ, et quoiqu'il ne m'eût jamais vu, il m'expédia de Marseille, toutes les semences qu'il avait recueillies. Plusieurs d'entr'elles étaient fort rares. Donati périt, dans un naufirage, le xi Juillet 1763; il était à peine âgé de 3i ans.
Muséum de Lihné.
(Hammarhy. )
1Ô2. Le roi voulant que les preuves de sa munifi-» £6noe fussent durables, décida que Linné , sa femme et ses enfans , auraient la jouissance viagère de deux fermes appartenant à l'académie. Linné n'a pas joui de cette faveur ; mais sa veuve est entrée en possession de ces deux fermes en 1783. Quoiqu'elle filt alors âgée, die les a possédées 23 aas, étant morte ea 1806, à l'âge de 94 ans. Après elle , les fermes passèrent à ses fiHee*
io5. A trois milles d'Upsal, ancienne capitale des Scandinaves , dans la commune de Dannack, on voit la demeure champêtre où Linné passa les dix dernières années de sa vie ; elle se nomme Hammarby. Le jardin que ce savant naturaliste avait créé près de eette habitation , et qu'il appelait son hortuê sibiri^ cus^ ne possède plus que quelques plantes comm^anes* Les arbres et les fleurs de Sibérie que Linné j avait rassemblés ont disparu. Des prairies s'étendent au bout de ce jardin jusqu'à un monticule aride où ce grand botaniste avait fait bâtir le pavillon destiné i renfermer les collections de plantes ^ d'animaux , de
528 COUBOnUïE voûtiqve
productions minérales et de fossiles. Cest un carré long, ouvert sur les trois faces par une grande croisée» et sur la quatrième par la porte d'entrée.
Au pied de ce muséum j se développe im paysage magnifique, coupé çà et là par de nombreux villages où logeaient les disciples de Linné. Upsal et le fleuve Sala apparaissent au loin , ainsi que les hautes montagnes de la Dalécarlie.
C'est là que Linné, entouré de ses nombreux dis* cjples et de ses amis , se livrait chaque jour à ses travaux; c'est là qu'il établissait ses classifications qui devaient ouvrir les véritables voies pour l'étude dessciences natureUes.
Ce bâtiment est aujourd'hui dépouillé des riches collections qui le décoraient. A la mort de Linné , elles furent presque toutes achetées parle docteur Smith , fondateur de la société linnéenne de Londres , qui obtint aussi la plus grande partie de ses mianuscrits. Les amis et les admirateurs du grand homme acquirent peu à peu ce qui restait , et Ton n'y voit plus que la chaire où Linné donnait ses leçons , et un crocodile du Nil , suspendu au plafond. Tout a été successivement enlevé par les naturalistes voyageurs, jaloux d'emporter un souvenir de Linné.
Sur la porte d'entrée , sont placées les armoiries qui furent imposées à Linné avec l'étoile polaire. Fabricius , son élève et son ami , nous sqpprend que ce grand homme , inaccessible à toute idée d'ambition, ne les reçut que parce qu'il regardait cette faveur d'un souverain conmie une victoire remportée par les sciences. Linné voulait aussi que l'espoir d'obtenir de pareilles distinctions servit de stimulant à la jeunesse avide d'instruction*
DE LINPÏÉ. 3^29
Sur la colline , on voit croître la Linnœa horealis iqu'on aime à cueillir ayant de quitter ce séjour de prédilection d'un grand honune.
Couronne poétique de Linné.
io4« Le nombre des éloges et des pièces , vers et prose, faits en l'honneur de Linné est fort considérable.^ Condorcet , Vicq-d'Azir et d' Aubenton écrivirent son éloge ^ Cuvier et Marquis, sa biographie ; on doit aussi à St. Amans (1791) un éloge de Linné ^ enfin nous lui avons nous-mêmes consacré une notice dans les Ephdmérides universelles. (Janvier 1828, i*' vol.)
io5. Gilibert, dans une séance publique de l'académie de Lyon ( 1786 )^ a tracé rapidement, dans un discours sur les malheurs attachés aux travaux des naturalistes, une partie de ceux qui ont affligé la vie de Linné. On lui doit aussi une notice latine qui fait partie de l'introduction de ses ouvrages.
io6. Delille, dans son poème de» Trois règnes de la nature a consacré à Linné des vers que nous ne pouvons nous dispenser de citer. Après avoir parlé delà génération des plantes, cet illustre poète s'exprime ainsi :
• Linné, surtout, Linné dévoila ces mystères ,
Leurs haines , leurs amoiu's , leurs divers caractères ,
Leurs tubes infinis, leurs ressorts délicats*
Flore même en naissant le reçut dans ses bras ;
Flore sourit d'espoir à sa première aurore \
Non point cette étemelle et ridicule Flore
Qui, pour les vieux amours , compose des bouquets,
Mais celle qui du monde enseigne les secrets.
Le Zéphyre, agitant ses ailes odorantes,
Porta vers son berceau les doux parfums des plantes;
Déjà ses yeux fixaient leurs formes, leurs couleurs,
53o GOUKORFE Pa&Tt<itÈ
]^t ses mains pour hochet demandèrent de$ fleiM. Faible enfant, on le vit dans le fond des campagnes^ Sur le flanc des rochers, au penchant des montagnes^ Braver la ronce aigUe et les cailloux tranchans , Et rentrer tout charge des dépouilles des champs. Aussi quel lieu désert n'est plein de sa mémoire! Il fit de cha(pie plante un monument de gloire; ]St Linné sur la terre , et Newton dans les eieux, D'une pareille audace étonnèrent les dieux.
Linné , réjouis-toi: le nord vit ta naissance, Mais ton plus bjeau trophée enorgueillit la France. Elle ne choisit point pour y placer tes traits, Ou Tombre d'un Lycée, ou les murs d'un palais ; Mais dans ce beau jardin , dont l'enceinte fécondé Accorde un6 patrie à tous les plants du nuxidey Où joignant sa récolte ^ tes amt>les moissons , Besfontaine embelliit le trône des saisons ; Où s'exilent pour nous de leurs terres natales Des règnes différens les familles royales , Le tigre , le lion , le cèdre aux longs rameaux Et l'énorme éléphant, et le roi des oiseaux ; Où l'œil voit rassemblés le trépas et la vie , La nature et les arts , l'instinct et le génie : Tranquille, tu vivras au lieu même où Jussieu Est présent par sa gloire et vit dans soyn neveu. Viens : .dans cet Elysée, autrefois son domaine , L'ombre du grand Buffpn attend déjà la tienne ; * Et de tous les climats , de toutes les saisons , Les fleurs briguent l'honneur de couronner vos fronts.
* Ce trait rappelle ces vers de Ghénier , adressés à Jean- Jacques Rousseau et à Voltaire qui, comme Linné et Bufibn, ne se comprirent pas.
Un moment divisés par l'humaine faiblesse , Vous recevez tous deux l'enceDS qui vous est dû ! Réunis désormais , vous avez entendu Sur les rives du fleuve ou la haine s'oublie La voix du genre humain qui vous réconcilie.
Ht 1AHK±. 35l
iO^. Madame Arnàble Tasta y Phonneur de notre parnasse, et la première femme yraiment poète qu'ait eue la France , a consacre à Linnë les premiers essais de son talent enchantent; ce sont des stances charmantes et trop peu connues. Nous allons en transcrire quelques-unes.
Le poète coimnence par faire connaître le ^climat de la Suède y et s'écrie :
Connaissez-votis les bords qu'arrose la Baltique ^ Et dont les souvenirs y aimés da Barde antique, Ont réveillé la harpe amante des torrens?
Connaissez-vous ces champs qu'un long hiver assiège, L'orgueil des noirs sapins que respecte la neige , Ces rocs couverts de mousse, et ces lac« transparens?
D'un rapide printemps la fugitive haleine Y ranime en passant et les monts et la plaine ; Un prompt été le suit, et prodigue de feux Se hâte de mûrir les trésors qu'il nous donne; Car l'hiver menaçant laisse à peine à l'automne Le temps de recueillir ses présms savoureux.
Mais <^es rares beaux jours, quel charme les décore! La nuit demi-voilée y ressemble à l'aurore, Une molle douceur se répand dans les airs; Et cette heure rapide où le soleil repose, Glisse avec le murmure et les parâtms de rose Des bouleaux agités par la brise des mers.
O terre beUiqueuse, âpre Scandinavie f
^ tes chantres guerriers renaissaient à la vîe^
Ils ne vanteraient plus nn courage indompté.
Tes enfans aujourd'hui , loin des champs de la guerre^
Trouvent une autre gloire, et la fleur passagère
Leur suffit pour fonder leur immcntalitë»
333 covAOïmir poétiqvi
O Linné! mon regard suivant ta vie entière , Peut-il compter les pas de ta noble carrière , Peindre tes premiers jeux, ton premier souvenir , Ce jardin I lieu si cher à ton adolescence?
Dirai-je tes débuts au sentier de l'étude, Alors que du malheur le joug pesant et rude.
Entravait tous tes pas d'obstacles renaissans? Où la main d'Olaiis, à ta noble indigence , Imposait ce fardeau de la reconnaissance Qui te suivit encor sous la glace des ans ?
Mais l'amour t'appàrait à-la-fois tendre et sage , Il paya de ses dons ce fortuné voyage, Qui t'ouvrit le premier le temple du savoir.
Bientôt, suivant des fleurs la déesse volage, Elle entraine tes pas chez le Lapon sauvage, Où ses traits sont cachés sous un voile glacé. Et t'appelant plus tard aux plaines du Batave , Elle étale à tes yeux, pompeusement esclave.
Le symétrique éclat de son front nuancé.
Près des murs de Harlem, temple chéri de Flore ^ Tu devais, 6 Linné, voir ton bonheur éclore!
La fortune t'ouvrait les jardins de ClifTort : Mais de ses premiers dons exigeant le salaire , Elle rompit les nœuds d'une amitié bien chère ^ Et du sage Artedi te fit pleurer la mort.
0! qui dira les fruits de tes veilles savantes! Le sexe, les amours et les tribus des plantes
BE LinicÉ. 535
Révèles à*la-fois à tes regards certains !
Et des règnes divers tous les sujets docités; L'insecte fugitif ^ les métaux, les fossiles G)urant obëissans se ranger sous tes mains !
L'auteur paraissant craindre que le sujet qu'il Teut chanter n'accable sa faiblesse, invoque les maîtres heureux de la Lyre j et les engage à célébrer ce grand honuue.
Oui, vous peindrez Linné, l'orgueil de sa patrie.
Entouré de ses fils, d*une épouse chérie ,
Riche à-'la-fdis de biens, et de gloire et d'honneur,
Et vous direz qu'alors la fortune bizarre,
A la voix du génie ouvrant sa main avare.
Pour la première ibis lui laissa le bonheur.
Quand un trépas tardif vint clore sa paupière.
Vous peindrez son pays, son roi , l'Europe entière ,
D'un regret solennel honorant ses adieux :
La nature voilée, immobile, muette,
Pleurant dans un long deuil, l'éloquent interprète
Qui lut de sjes secrets l'ordre mystérieux.
O fortuné pays, ô chère et noble France !
Doux climat, sol fécond, berceau de la vaillance ,
Asile accoutumé des talens immortels,
Du génie étranger honore la mémoire!
En vain le monde entier proclamerait sa gloire,
Si l'amour de tes fils manquait à ses autels !
io8. Gastel, quia dû quelque renommée à son IK)ème des plantes ^ ne pouvait se dispenser de parler 4e Linné ; et il en a parlé dignement i
334 GOUftOKfrB foArqub
Quel nom ^ mieux que le tien y a jamais miriU D^obtenir, ô Linné! cette immoi*talité * ?
Tu vins: l'ordre parut. Une rive lumière Rejaillit tout-à-Kxmp suf la nature entière.
Le lit sombre et profond des divers minéraux ^ L'af^U enfant de Tair et l'habitant des eaux y Les plantes que Zéphjre au printemps fait renaître | Tu vis y tu connus tout| et tu fis tout connaitre^
lesPlanleS| chant II.)
109. On doit à M. Deshayes , naturaliste di8tiiigué> rinscription suivante , destinée au bostç de Linnë :
'^ Amant de la nature, et son peintre fidèle ,
On lit dans ses regards esprit , talent, bonté. De la tendre amitié scm cœur fut le modèle ; £t pour récompenser la constance, le zèle.
Dont l'enfiamma toujours Tauguste vérité > Sur son fi:ont vénérable Apollon et Cybèle Ont placé le bandeau de l'immortalité.
1 10. Lord Baltimore 9 qui vit Linné à Upsal et qui «n reçut des leçons , a consacré y en 176g , quelques Fers de ses GatuUapoetica, à ce grand honune.
Vilis erat natura suis submersa tend^ris , ^ternaque dolens sapientia nocte jacebat.
Prodiit obscuro Linnœus , sapiensque sagaci Lustra vit Sophiâ tatumque laboribus orb^m.
Intravi thalamos trepidantibus ecce Cainenis^ OLinnœe! tuos, mitto eziguosque labor^s Lucreto. Tu parce, precor, quos Upsale versus iDter cunctantes scripsi> ve^erande, magistro8> Sed celd>er Suecorum flos et piscis et aies , 6it celeber densis et Sueciça Faqna sub umbriB;»
'^ Celle que donne la dédicace nominale d'une plànif «
Dt LnrAi. 535
111. Le distique latin suivant est àà au professeur Anriyilliers.
Hic iMe est, cui régna Irolens natura reclusit Quamquam ulli dederat plura videnda dédit.
X12. D'après l'immense réputation que Lintië s'est acquise dans tous les pays civilisés , on conçoit sans peine combien la Suède doit tenir à honneur sa mémoire. Les jeunes gens de l'université d'Upsal ont décidé, en 1823 , de lui ériger une statue^ cet ouvrage a été exécuté par un sculpteur suédois , et la ftatue de Linné a été posée i Upsal , en 1829. A cette occasion , une pièce de vers qu'on attribue au profe»êeur d'Abrial , a été publiée et est arrivée jusqu'à lious. Elle commence par ces vers :
Erexere suis statuas, bene Marte peracto , Gecropidum proies Romulidu roque genus $ I>fos statuant erigimus. Noiter tria régna subegit Naturœ, ing^oTictor et arte potens.
« Les anciens Grecs et les descendans de Romulus élevaient des statues à ceux des leurs qui s'étaient distingués dans les combats. Nous aussi nous élevons une statue à l'un des nôtres. Vainqueur par son génie, puissant par son talent, il a soumis à ses lois les trois règnes de la nature. »
Le reste du poème est consacré à raconter l'histoire delà vie de Linné , ses divers voyages^ la renommée qu'il s'était acquise et son heureuse influence sur les institutions de sa patrie. Vers la fin se trouvent les vera f uivans qui nous paraissent encore dignes d'être cit&«
Tempus erit quondam , quo diruta membra jacebunt
Marmoris effiicti. Guncta caduca cadent.
Sed Linnœa viret i statuâque porenuior omni ,
In sylvis niveo flore vigebit, olens.
Fiosniveus sanè : sed sunt niye signa ruboris^
S36 GOUaOMIB POÉTIQUE DE LIRlfÉ.
Haud secus atque nives, sole cadente, rubeat ,
Haud secus ac niveum tibi cor fuit^ atque modest»
Signatae roseo sœpe rubore genae.
Donec habet crispas frondes nernus , . aurœvolucres ,
Germen ager ^ yallis lilia -, gramen bumus ;
Tarn tuafama dlucrescet; solesque quotannis
Floribus inscribent nomen, ut antè , tuum.
Tu decus œternum studiis patriaeque dedisti ,
P^omina prœclaro non peritura tuo.
Teque Discoridem inulti dixere secundum
LinnsBUs primus, quodputa majus, eras.
a U viendra un temps oii les fragmens de ce marbre seront dispersés sur le sol. Tout ce qui est périssable doit finir. Mais la LinnakL sera toujours verte et plus durable que Contes les statues; elle continuera à épanouir dans les forêts sa fleur blancbe et odorante : oui, sa ileur a la blancheur de la neige; mais elle offre aussi des teintes rouges, comme les neiges elles-mêmes se colorent au soleil couchant. Ainsi fut le cœur de Linné , qui restait candide comme rinnocence , tandis que ses joues furent souvent colorées par le vermillon de la modestie. Tant que les forêts porteront des feuilles , que l'air sera peuplé d'oiseaux , les champs de moissons, les vallées de lis, les prairies de gazons , ta renommée croîtra toujours) et chaque année, le soleil , comme il l'a fait jusqu'ici, inscrira ton nom sur les fleurs. Tu as imprimé un honneur éternel aux sciences et à la patrie; ton nom illustre ne périra point ! On t'appela souvent le second Dioscoride ; mais, ce qui est bien plus, tu es Linné !
VIE