EXTRAIT DU JOURNAL LE SIECLE
Bonne, affectueuse, exempte de toute morgue princière, opposant aux chagrins domestiques une douce résignation, à défaut de souvenirs de grandeur, la Reine des Belges laissera des souvenirs de bienfaisance et d'aménité. Elle était à la tête de toutes les souscriptions, de toutes les œuvres qui avaient pour but de secourir la misère. Lorsqu'elle visita, le 1" octobre 1847, l'exposition de l'industrie belge, on remarqua qu'elleexaminait avec un soin tout particulier des couvertures à bas prix, deslmées à la consommation des classes labo rieuses. Toutes les fois qu'un suppliant s'adressaità elle, il était sûr d'une réponse toujours favorable. Un ouvrier nomméGoossens, pèreetseulappuid'unefamillenombreuse.avaitétécondamnéà iroismois de prison pour coups portés dans un moment d'ivresse. Il avait en vain sollicité sa grâce à plusieurs reprises. Le 2 janvier 18U, un membre du conseil communal fit parvenir à la Reine, par l'intermédiaire d'une dame du palais, une nouvelle requête en faveur du détenu. La pétition fut remise à dix heures du malin; à trois heures Goossens était en liberté.
Le 10 mai 1847, la Reine avait failli être victime d'un accident : elle venait de
reconduire jusqu'à Verviers le roi Léopold, qui se rendait à Cologne, quand le convoi qui la ramenait heurta, près de la station d'Ans, celui qui arrivait de Bruielles. Le choc fut terrible. Plusieurs voyageurs, entre autres les généraux Chazal et d'Hanede Steenhuysen, furent blessés ou contusionnés. La berline de la Reine fut effondrée ; de l'argenterie, un chàle, des livres, qui se trouvaient auprès d'elle, furent plus ou moins endommagés, sans qu'elle reçût la moindre blessure. On pouvait regarder ce salut providentiel comme une sorte de garantie pour la conservation de ses jours; mais la Reine des Belges devait bientôt voir s'ouvrir pour elle la tombe où sa sœur et son frère aîné l'avaient déjà précédée. Atteinte d'une de ces maladies auxquelles la médecine n'oppose que d'impuissants palliatifs, elle languissait depuis dix-huit mois, lorsque la mort de Louis- Philippe vint porter à son cœur un coup fatal qui réagit cruellement sur sa santé ébranlée. A partir de cette époque, elle ne se releva plus.