MORTE A OSTENDE
Enfin, au sommet des tours flotteront deux immenses étendards semés d'éleiles et de lions d'argent.
Cette décoration funèbre aura réellement un aspect grandiose et lugubre. On devait également décorer le portail latéral qui donne sur la plaine de Sainte- Gudule et que l'on aurait consacré à l'entrée du Roi. Mais on a renoncé à cette idée, parce que, par mesure d'ordre et de sécurité, on a décidé que ce portail resterait fermé.
L'aspect de l'église à l'intérieur est magnifiquement lugubre. Depuis le porche intérieur placé sous l'orgue, derrière le grand portail, jusqu'au fond de l'abside, depuis le pavé jusqu'au-dessus de la galerie à ogives, qui régne tout autour de l'église au-dessus des grands arceaux à ogives, séparant la grande nef des bas côtés, l'église est entièrement revêtue d'une tenture noire.
Les piliers sont enveloppés d'une tenture noire. Les colonneltes de la galerie sont revêtues de noir, ainsi que le mur du fond de cette galerie. On n'a laissé à découvert que les saillies des arcs en ogive de chaque travée, les chapiteaux des colonnes et les statues placées devant chaque pilier. Ces ornements blancs laissés sur ce fond noir augmentent encore, s'il est possible, la tristesse de l'aspect général, et constituent cependant une décoration d'une grande richesse.
Les travées du chœur sont en outre voilées par d'immenses rideaux noirs, semés d'étoiles et de lions d'argent, descendant jusqu'au pavé et relevés contre les piliers à des patères d'argent par des torsades noir et argent.
Toutes les fenêtres seront masquées par des étoffes noires, sauf celles qui s'élancent de dessus les tribunes jusqu'à la voûte.
Dans le chœur comme dans l'église, on a laissé à découvert les chapiteaux, les nervures, les rinceaux et tous les ornements de l'architecture.
Le pavé du chœur est exhaussé par un plancher jusqu'à la hauteur de la dernière marche du maître autel.
La grille qui sépare le chœur a été enlevée, et un plancher en amphithéâtre, plus élevé que celui du chœur, régne circulairement dans ces bas côtés. C'est là que seront placées pendant le service funèbre les autorités invitées à cette cérémonie.
Le chœur tout entier restera réservé au clergé officiant qui sera très-nombreux. 11 sera composé de cent cinquante prêtres de tous les degrés de la hiérarchie sacerdotale. C'est S. E. le cardinal archevêque qui officiera. Il sera assisté par les cinq évêques du royaume.
L'autel recevra une décoration de tentures noires et de candélabres qui lui rendra la hauteur que lui fait perdre l'exhaussement du pavé.
Au centre de la croisée du transept et de la nef s'élève le catafalque. Ce catafalque, magnifiquement composé, est d'un aspect fort imposant.
Le sarcophage est placé sous une sorte de dais gigantesque, quadrangulaire, orné de draperies, de lambrequins et d'ornements funèbres. Les quatre faces de ce dais sont pareilles; il suffira de décrire l'une d'elles.
Les montants du dais portent au milieu une ligure d'ange, au-dessus et audessous de laquelle règne un cordon vertical d'écussons aux armes de toutes les villes de la Belgique. Chacun des festons du lambrequin porte alternativement un L et un M d'argent.
Au-dessus du lambrequin règne un couronnement au centre duquel est placée la couronne royale, voilée de crêpe.
Le dais est surmonté par une pyramide fort élevée, posée sur un socle cubique, pose lui-même sur l'entablement. Chaque face du socle est occupée par un bas-relief. Celui qui fait face à la porte d'entrée représente également des sujets allégoriques.
La pyramide est un mélange très-habilement composé d'urnes funéraires, d'ornements de deuil et de candélabres couverts de cierge».