‹ Vie de Louise d'Orléans reine des BelgesChapitre 21 sur 28 · MANDEMENT DE MONSEIGNEUR LÉVÉQUE DE GAND · texte numérisé non relu

MANDEMENT DE MONSEIGNEUR LÉVÉQUE DE GAND

Quand nous vous demandions, il y a peu de jours encore, d'unir vos prières au\ ii(5tres pour la conservation de notre Reine bien-aimée, nous étions sans doute pénétrés de douleur et de crainte; mais il nous était permis d'espérer encore. Le Seigneur qui frappe cl guérit, qui conduit au tombeau et en ramène ', est aussi le Dieu qui nous a promis de ne rien refusera nos prières; pouvions-nous donc ne pas espérer de voir nos vœux exaucés, à la vue de tout un peuple prosterné aux pieds des saints autels, n'ayant cette fois qu'un cœur et qu'une âme, pour obtenir du Ciel la guérison d'une Souveraine vénérée? Notre espoir, hélas! fut de courte durée. La voix joyeuse des fêtes se taisait à peine dans une ville voisine, quand un cri lugubre, ce même cri qui retentit autrefois à la mort d'une autre princesse d'Orléans : La Reine se meurt ! la Reine est morte ! frappa tout le royaunie, comme un coup de foudre, d'effroi et de consternation.

Elle nous est donc enlevée celle princesse si chérie et si digne de l'être! elle s'est endormie paisiblement dans le baiser du Seigneur ; mais qui consolera sa royale famille et ce bon peuple qui était sa famille aussi, d'une perte si cruelle? Hélas! ces hommages que nos cœurs s'empressaient de lui rendre et qu'elle accueillait toujours avec une grâce si touchante, finissent aujourd'hui par celui de nos pleurs et de nos regrets !

C'est ici, N. T. C. F., une calamité nationale ; mais c'est en même temps une calamité domestique qui frappe chaque société, chaque famille et chaque Belge digne de ce nom : El domi mors similis est, comme parle le prophète **. Saint Ambroise, qui décrit le deuil de l'empire à la mort du jeune Valérien, semble

•l.ReglI.6.

*• Jer. Threni,!. 20.

peindre notre désolation : « Payons tous à ce bon prince, dit-il, le tribut de nos larmes; mais il n'est pas nécessaire de vous y exhorter. Tous le pleurent; les étrangers et ceux-là même qui paraissaient les ennemis de sa maison, le pleurent comme un père commun et gémissent de sa mort comme d'un malheur domestique...; et notre Jérusalem, c'est-à-dire l'Église catholique, ne cesse de pleurer pendant la nuit, parce qu'il n'est plus, celui qui ajoutait à sa splendeur par la vivacité de sa foi : Quoniam qui cam splendidiorem suâ fide faciebal, occubuit *. »

Et comment vous décrire les vertus royales et chrétiennes qu'avait nourries cette foi sainte dans le cœur de noire pieuse Reine ? Comment vous dépeindre cet ange de vertu et de paix, qui veillait près du trône et répandait partout la bonne odeur de Jésus-Christ? Cet éloge, que fait la sainte Écriture de cette femme forte qui délivra Béthulie, ne s'applique-t-il pas littéralement à notre vertueuse Princesse : « Tous admiraient sa vertu, et ils se disaient l'un à l'autre ; la terre ne possède plus de femme semblable. Mirabanlur sapientiam ejus et dicebani aller ad allevum : non est talis mulier super terrain ** ? »

Digne fille de la pieuse Marie- Amélie, que l'Europe ne nomme qu'avec respect, elle brilla dès sa jeunesse par son amour filial, par une douceur inaltérable et une piété tendre autant qu'active. Devenue bientôt la compagne de notre Roi bien-aimé et un gage de bonheur pour la Belgique renaissante, elle se montra toujours le modèle des reines. Quel respectueux amour pour son royal époux! Quels soins pour l'éducation de ses nobles enfants et quel zèle surtout pour leur inculquer des principes de religion et de piété! Quel dévouement à sa patrie adoptive! Sa charité était réellement inépuisable, et, comme elle savait que l'homme ne vit pas seulement de pain, elle établit dès son arrivée parmi nous ces écoles de charité, où l'instruction religieuse prime tout autre enseignement ***. Une humilité peu commune dans tous les rangs, mais rare surtout sous l'éclat du diadème, sanctifiait tant de vertus.

Pour les purifier davantage encore, le Seigneur éprouva la pieuse Reine comme l'or dans la fournaise, d'abord par la perte si douloureuse d'une sœur et d'un frère chéris, ensuite par les attentats sans cesse renouvelés contre la vie de son auguste père, par les ennemis de toute autorité, et plus tard par la chute et l'exil, dont la France paya les nombreux bienfaits de sa famille. Louise-Marie puisa dans la religion un soulagement à tant de maux et parut, comme ce patriarche, trouver sa consolation à se soumettre aux ordres sévères du Tout-Puissant ****.

• Une de ces écoles est confiée aux dignes Sœurs de Saint-Vincent de Pjule de Gyseghem : elle est établie à liruxelles, rue Haute, et fréquentée par 300 jeunes filles pauvres.

*' Ilœc mihi sit consolatio ut... non contradicam sermonibus Sancti. J. VI.

*" S. Ambros. In obitu Valer. lll. IV. V.

""•Judith, XI. 18 i-t 19.

Mais sa conslilulion ne répondait pas à la force de son âme ; elle ne résista pas à tant de cruelles secousses, et une mort sainte comme sa vie l'enlève trop tôt à notre amour.

Prions 31. C. F., pour notre Roi bicn-aimé, que Dieu seul peut consoler dans une douleur si poignante; prions pour ces jeunes princes, l'espoir de la patrie , afin qu'ils soient toujours dignes de leur vertueuse mère; et comme les jugements de Dieu sont impénétrables, prions encore pour Louise-Mario, afin qu'elle soii bientôt réunie à ces âmes sans tache qui sont devant le trône de Dieu *.

A ces causes, nous avons ordonné et ordonnons :

1° Un service solennel, pour le repos de l'âme de S. M. la Reine, sera célébré le 21 ou le 22 de ce mois dans l'église principale de toutes les villes et con»munes de notre diocèse. Tout le clergé y assistera, et on y invitera les autorités civiles et militaires.

Ce service aura lieu à Gand dans l'église cathédrale, le 21, à 10 heures 1/2. Nous y ofiîcierons poniilicalement. Une messe sera dite dans les autres églises paroissiales à la même heure. Les vigiles seront chantées la veille, à 3 heures.

2" On sonnera les cloches de toutes les églises : 1° la veille, à 6 heures; 2" une heure avant le service; 3" à midi et à 6 heures du soir.

3" Nous prions tous les prêtres du diocèse de célébrer une messe ou de réciter l'office des morts pour l'augusie défunte. Nous prions égalomeni les communautés religieuses de faire célébrer une messe dans leur chapelle, ou de faire une communion générale à la même intention.

Kt sera notre présent mandement lu au prône le dimanche, 20 octobre.

Donné à Gand, le 14 octobre 1850.

t LOUIS-JOSEPH, évêque de Gand.

Par mandement de Monseigneur l'Évéque, F. Sa r DAN, chan. -secret.

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